| concours

22.11.2007

Invitation Marché de Noël

L’Eglise Protestante  EPUB d’Ecaussinnesa le plaisir de vous inviter à son 2èmeMARCHE DE NoELQui se tiendra le samedi 1er décembreDe 10 à 22 heures33, rue de la Haie à 7190 – Ecaussinnes.


    Produits artisanaux, objets décoratifs, cadeaux,  cadeaux divers, cartes de vœux, etc… Toute la journée : Petite restauration, Bières artisanales, tartes, douceurs, Glühwein, boudins de Noël ! Cordiale invitation à tous ! 

07:33 Écrit par Pasteur J.-M. Demarque dans Annonces | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

12.09.2007

culte du dimanche 9 septembre 2007

PREDICATION Faire des choix, et surtout, faire « le bon choix » !C’est un peu notre histoire à tous.  Mais, malheureusement, nous n’en sommes que presque rarement les maîtres !D’autant plus que nous n’en connaissons ni les tenants, ni les aboutissants.Lorsque j’étais enfant, j’avais deux rêves : devenir soit garde forestier, soit vétérinaire. Le second rêve aurait pu, selon toute vraisemblance se réaliser, si du moins un praticien de cette discipline ne m’en avait, sans le vouloir, dissuadé : il m’avait dit, en effet, que pour parvenir à cette profession, il fallait être fort en maths. Les chiffres, et leurs arcanes n’ont jamais été au centre des projections de vie de l’adolescent que j’étais à l’époque ! Un adolescent qui dérivait d’ailleurs quelque peu, sans doute en réaction au milieu qui l’avait vu naître. Puis, j’ai espéré pouvoir reprendre le commerce de motos de mon grand-père, rue du Temple, à La Louvière. Là non plus, cela n’a pas été : mes parents voulaient me voir faire de « grandes études » : pas question de me lancer dans la mécanique !J’ai donc dû subir (et le terme, à l’époque, est presque un euphémisme !) des humanités classiques, que j’ai traînées en longueur, par faute de motivation. Lorsqu’on est enfant ou adolescent, il est rare que l’on puisse faire de véritables choix. Et plus tard, lorsque la vie nous impose ses exigences, il est parfois très difficile aussi d’en faire de véritables : il faut travailler, gagner sa vie, et, dans ce cas, ce sont les nécessités du moment, les opportunités qui nous dirigent. J’ai donc été amené à « bourlinguer » pas mal ! Et les professions se sont succédées, parfois éphémères. Pourtant, dans ma vie, j’ai fait au moins deux choix, qui se sont révélés décisifs : celui de mon épouse, avec laquelle nous avons, en 28 ans traversé bien des moments clés de notre vie commune, heureux ou malheureux, et celui de répondre, voici 17 ans, à l’appel d’un certain Jésus de Nazareth. Un drôle de choix, celui-là, qui m’a amené, un peu comme dans notre passage d’évangile de ce matin, à tout plaquer, à laisser là ma vie confortable d’alors et à me lancer, avec ma famille, dans une aventure dont personne ne pouvait ni ne peut, aujourd’hui encore, prédire les lendemains. Un choix qui m’a valu pas mal d’incompréhension, voire même de moquerie…Des amis, des proches m’ont souvent demandé si je ne regrettais pas ce choix de vie. Je les ai sans doute parfois déroutés quelque peu avec mon tempérament qui me pousse à dire les choses sans ambages ni fioritures :  Oui, quelque part, et d’un point de vue strictement humain, il m’arrive de regretter, ou du moins de me dire que les choses auraient pu être différentes. Si j’étais resté dans ma profession de l’époque, je serais sans doute devenu un chef d’entreprise aux affaires florissantes : le domaine des assurances a toujours eu bonne presse en la matière. Ma vie en aurait été très différente, et celle de mes proches aussi. Mais de quoi aurait-elle été faite, qu’est-ce qui l’aurait vraiment remplie, mises à part les affaires et le business ? Jésus lui-même, dans sa vie terrestre, s’est trouvé en butte à ces questions-là : s’il l’avait choisi, il aurait pu être un révolutionnaire puissant, un chef de guerre, il aurait pu devenir roi d’Israël et bouleverser l’histoire de son peuple, et, partant de là, bouleverser totalement celle du monde. Il a choisi une autre voie : non pas celle qui découlait de sa volonté propre, mais celle qui émanait de la volonté de son Père céleste.Une voie qui a fait de lui un humble parmi les plus humbles, et qui l’a mené au supplice, sur le bois d’ignominie, au Golgotha. Mais cette voie-là, si dure et difficile soit elle a été la seule, l’unique qui l’ait mené au matin de Pâques et à la résurrection !Depuis deux mille ans, Jésus n’a cessé d’appeler des humains à s’engager avec lui, à sa suite, sur le rude chemin de l’Evangile. Un chemin fait, sans doute, d’une certaine exaltation, où à tout le moins d’une paix intérieure difficile à exprimer, mais un chemin qui est aussi indissociable de la croix et des difficultés qu’elle implique ! « Celui qui vient à moi doit me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses soeurs, et même à sa propre personne. Sinon, il ne peut pas être mon disciple. Celui qui ne porte pas sa croix et ne suit pas ne peut pas être mon disciple. » Paroles dures, difficiles et souvent mal interprétées ! Qu’est-ce que Jésus veut dire ? Je ne crois pas qu’il nous invite, comme pourrait le faire le Gourou d’une secte, à rompre nos liens familiaux ou affectifs, ni même à larguer tout ce qui avait pu, jusqu’alors, constituer notre existence : il nous incite au contraire à faire un choix important et déterminant, et à le placer au centre de notre vie, et donc, par là même à nous décentrer nous-mêmes des choses qui très souvent nous emprisonnent.  Il nous invite à un glissement de sens, à un remise en cause de nos valeurs humaines : qu’est-ce qui importe le plus ? Réussir notre vie terrestre, qui prendra fin un jour et de laquelle nous n’emporterons rien, ou réussir notre entrée dans la vraie vie, celle qui ne prendra jamais fin et de laquelle nous n’avons à espérer que joie et bonheur ? Toute la question est là, et elle est loin d’être vaine : nous avons malheureusement trop souvent tendance à vouloir saisir l’instant et le concret et à considérer la Promesse de Dieu comme une hypothèse ! Or, c’est loin d’en être une, et le jeu, si on peut l’appeler ainsi, en vaut largement la chandelle. Bien sûr, dans l’option de suivre Jésus, il y a l’ombre de la croix !Et cela       , plus que toute autre chose, nous fait souvent très peur. Nous n’aimons pas souffrir, nous n’aimons pas non plus les problèmes ou les contrariétés de tout ordre ! Jésus ne les aimait pas non plus et, au moment crucial, il a lui-même demandé à son Père d’éloigner de lui cette « coupe » qu’il ne voulait pas boire.  Mais il a cependant fait totalement confiance à son Dieu et s’est remis pleinement à sa volonté.Frères et sœurs, si aujourd’hui nous ressentons en nous l’appel de Jésus, quoi qu’il puisse nous demander de faire ou de devenir en son Nom, ne faisons pas de calculs : sachons, comme lui, nous engager dans la confiance : il pourvoira toujours à nos besoins, bien au-delà de ce que nous pouvons croire ou imaginer.Et, quant à nos croix, elles ne seront jamais aussi lourdes que la sienne. Et quand bien même, il se trouvera toujours, sur nos chemins, un « Simon de Cyrène » qui nous aidera à les porter ! Amen

16:44 Écrit par Pasteur J.-M. Demarque dans Prédications | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

21.07.2007

Dieu n'est pas chrétien !

C'est un mensonge de dire que Dieu voulait que les USA interviennent en Irak.  Ils disent aussi que l'Islam est une religion violente.  C'est un mensonge !

Aucune religion ne dit qu'il est bien de tuer et de voler.

Nous sommes les derniers à avoir le droit de montrer quelqu'un du doigt. Nous sommes responsable de l'Holocauste, de l'apartheid, de l'Irlande du Nord, du bombardement d'Oklahoma, du Ku Klux Klan.

Pourtant personne ne dit que le christianisme est une religion violente.

Personne ne dit au Dalaï Lama, vous êtes presque au ciel, mais pas tout à fait puisque vous n'êtes pas chrétien !

Quel non-sens !

Et que dites-vous de Gandhi,

n'y aurait-il pas de place pour lui ?

Lorsque Jésus est allé au ciel,

il a fait de la place pour nous tous !

Pour nous tous !

Le savez-vous : Dieu n'est pas chrétien !

 

Mgr Desmond Tutu

08:35 Écrit par Pasteur J.-M. Demarque dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

18.06.2007

Prédication du dimanche 17 juin 2007

Evangile

36 Un Pharisien invite Jésus à manger avec lui.

Jésus entre dans la maison du Pharisien et il se met à table.

37 À ce moment-là, une femme de la ville arrive, c’est une prostituée.

Elle a appris que Jésus est dans la maison du Pharisien.

Elle apporte un très beau vase, plein de parfum,

38 et elle se place derrière Jésus, à ses pieds. Elle pleure.

Elle se met à mouiller les pieds de Jésus avec ses larmes.

Ensuite, elle les essuie avec ses cheveux, elle les embrasse

et elle verse du parfum dessus.

39 Le Pharisien qui a invité Jésus voit cela. Il se dit :

«Cet homme n’est sûrement pas un prophète !

En effet, la femme qui le touche est une prostituée, et il ne le sait pas !»

40 Alors Jésus dit au Pharisien : «Simon, j’ai quelque chose à te dire.»

Le Pharisien répond : «Parle, maître.»

41 Jésus dit : «Quelqu’un a prêté de l’argent à deux hommes.

L’un des deux lui doit 500 pièces d’argent, et l’autre 50,

42 mais ils ne peuvent pas rembourser. Alors celui qui a prêté l’argent supprime

 leur dette à tous les deux. Quel est celui qui l’aimera le plus?»

43 Simon répond : «À mon avis, c’est celui à qui il a supprimé la plus grosse

 dette.» Jésus lui dit : «Tu as raison.»

44 Puis il se tourne vers la femme, et il dit à Simon : «Tu vois cette femme?

Je suis entré dans ta maison, et tu ne m’as pas versé d’eau sur les pieds.

Mais elle, elle m’a mouillé les pieds avec ses larmes et elle les a essuyés avec ses cheveux.

45 Tu ne m’as pas embrassé, mais elle, depuis qu’elle est entrée,

elle m’embrasse sans cesse les pieds.

46 Tu n’as pas versé de parfum sur ma tête, mais elle, elle a versé du parfum sur

 mes pieds.

47 C’est pourquoi je te dis une chose : ses nombreux péchés sont pardonnés,

Parce qu’elle a montré beaucoup d’amour.

Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour.»

48 Et Jésus dit à la femme : «Tes péchés sont pardonnés.»

49 Ceux qui mangent avec lui se mettent penser :

«Qui est cet homme? Il ose même pardonner les péchés !»

50 Mais Jésus dit à la femme : «Ta foi t’a sauvée. Va en paix !»

8/1 Ensuite, Jésus va dans les villes et les villages. Il annonce partout la Bonne

 Nouvelle du Royaume de Dieu. Les douze apôtres sont avec lui.

2 Il y a aussi quelques femmes. Avant, elles avaient des esprits mauvais

et elles étaient malades, et Jésus les a guéries. Les voici :

Marie, appelée Marie de Magdala. Sept esprits mauvais sont sortis d’elle.

3 Jeanne, la femme de Chouza, un des fonctionnaires d’Hérode Antipas,

Suzanne et plusieurs autres.

Avec leur argent, elles aident Jésus et ses disciples.


PRÉDICATION  

 

L’Evangile de ce matin nous montre Jésus invité à un repas chez Simon, un riche pharisien. Un premier constat que nous pouvons faire à ce stade, c’est que Jésus ne fréquente pas que les pauvres ou les parias, et qu’il a aussi des amis dans le milieu des pharisiens.

Au cours du repas arrive une prostituée. Elle va laver les pieds de Jésus avec ses larmes, les essuyer de ses cheveux et les oindre d’un parfum de grand prix.

 

Avant d’aller plus loin, arrêtons nous aux détails de cet événement :

 

La femme est une prostituée. Inutile de faire un dessin, tout le monde sait de quoi il s’agit. Mais ne nous méprenons pas : il y avait à l’époque en Palestine deux sortes de prostituées : des femmes seules, sans statut marital, qui étaient obligées de se livrer à la prostitution pour survivre tant bien que mal. Il y avait aussi des prostituées sacrées, attachées à certains cultes païens comme celui d’Ishtar. Ces dernières étaient généralement riches. Ce qui semble être le cas de notre personnage, porteuse d’un vase précieux contenant un parfum de prix. Pour Simon, le Pharisien, qui voit Jésus la laisser faire sans mot dire, c’est donc un choc d’autant plus grand, une attitude qu’il ne peut admettre et qu’il ne peut justifier que par le fait que Jésus n’est certainement pas prophète, puisqu’il ne sait pas. Sinon il l’aurait chassée.

Or, la femme se jette aux pieds de Jésus et elle pleure. On peut donc en déduire qu’elle se repent. Elle a ses cheveux défaits, et s’en sert pour essuyer les cheveux de Jésus qu’elle a mouillé de ses larmes… Puis elle les oint avec son parfum.

Cette onction fait penser à celle que projetaient les femmes qui, au matin de Pâques, se rendaient au tombeau du Christ. On peut la voir comme une préfiguration de l’ensevelissement de Jésus.

 

Simon est choqué et il a le sentiment que ce que ses détracteurs disent de Jésus est vrai : c’est impossible qu’il soit un prophète !

Mais Jésus lit dans ses pensées et secoue son hôte d’une manière magistrale : ce dernier, pourtant riche, a manqué aux devoirs les plus élémentaires de l’hospitalité à son égard : il ne lui a pas lavé les pieds, il ne l’a pas embrassé, il n’a pas oint sa tête de parfum. La femme, elle, a fait tout cela, et elle l’a fait sans esprit d’intérêt, sans que ce soit pour elle une obligation : elle l’a fait par amour. Et comme elle a fait preuve de beaucoup d’amour, il lui sera beaucoup pardonné ! Et Jésus d’ajouter : « tes péchés sont pardonnés ».

 

Dans ce contexte de tensions et de controverses, c’est évidemment la phrase qui fâche, celle qu’il ne fallait surtout pas prononcer ! Pour qui se prend ce Jésus de Nazareth ? Seul Dieu a le pouvoir de remettre le péché ! Prétend-il donc être Dieu ?

Mais Jésus ne prétend rien : il est !

 

Puis, sans transition, Luc nous apprend que Jésus va évangéliser les villes et villages de la région, avec ses disciples et aussi avec plusieurs femmes, dont Marie Madeleine, Jeanne, Suzanne et quelques autres. Avant, ces femmes étaient toutes des pécheresses, des perdues. Aujourd’hui, elles collaborent activement avec Jésus et, riches, elles pourvoient aux besoins financiers de la troupe.

 

Voilà une histoire que bien sûr nous connaissons, mais qui nous incite à tenter de répondre à deux questions :

 

Celle de l’accueil inconditionnel de quiconque désire s’approcher de Jésus, et celle non moins cruciale de la place des femmes dans l’Eglise.

 

Même si nos évangiles et nos épîtres sont assez discrets sur la question, il existe en dehors de ces écrits de nombreuses attestations du fait que, dans les premiers temps de l’Eglise, des femmes ont tenu un rôle important dans la diffusion du message et même, selon toute vraisemblance, dans la direction de certaines communautés. Ce semble avoir été le cas de Marie Madeleine qui d’après certains textes dits « apocryphes » (ea les « Actes de Philippe ») aurait été missionnaire au même titre que Paul et  aurait exercé un rôle de premier plan. Du reste, les Actes des Apôtres et les lettres de Paul nous montrent aussi clairement que des femmes ont occupé, dans l’Eglise primitive, des postes à responsabilité.

Ce n’est qu’à partir du 4ème siècle, à une époque où l’Eglise devient aussi une puissance économico-politique, qu’elles vont être mises de côté et que l’on va détruire ou tenter de détruire la plupart des écrits qui mettent leur participation trop en exergue. Si pour nous protestants, aujourd’hui, les femmes ont généralement (du moins dans certaines églises officielles) une place égale à celle des hommes, ce n’est nullement le cas dans l’église romaine ni dans les églises orientales.

 

La question de l’accueil inconditionnel de quiconque et de sa capacité à recevoir le salut est aussi, de nos jours devenue une question cruciale, et lest d’autant plus que certains groupes chrétiens, parmi les plus nombreux optent aujourd’hui pour une fermeture au nom de ce qu’ils appellent les « valeurs chrétiennes ».

 

J’ai reçu cette semaine un mail du CCLJ appelant les hommes et les femmes de bonne volonté à manifester devant l’Ambassade de Pologne à Bruxelles contre certaines prises de position extrémistes . Je vous en livre la substance :

 

Depuis l’arrivée au pouvoir des ultraconservateurs du parti « Droit et Justice » et de la « Ligue des Familles », on constate une inquiétante régression dans la société polonaise. Elle se manifeste par :

 

·       des tentatives pour durcir encore la loi anti-avortement actuellement en vigueur en Pologne, déjà une des plus restrictives en Europe. L’avortement n’y est autorisé que pour des cas extrêmes (viol, inceste, danger grave pour la vie ou la santé de la femme, malformations graves du fœtus). Or, des femmes se voient refuser même les avortements thérapeutiques prévus par la loi. Le gouvernement cautionne ce non respect de la loi et a déposé une proposition visant à rendre l’avortement anti-constitutionnel. Récemment, l’état polonais a été condamné par la Cour Européenne des droits de l’Homme pour avoir refusé un avortement thérapeutique à une femme devenue depuis quasiment aveugle ;

 

·       une multiplication des discriminations et déclarations homophobes en Pologne. Cette montée de l’homophobie concerne plusieurs pays d’Europe. Mais en Pologne, les déclarations incitant à la haine et à la discrimination pour des motifs d’orientation sexuelle sont formulées par des dirigeants publics. Des projets de loi visant à interdire toute information sur l’homosexualité à l’école ou à écarter les homosexuels de certains emplois ont été déposés. Déjà en 2005, la Gay Pride avait été interdite dans la capitale par le maire de l’époque, un des leaders du parti actuellement au pouvoir ;

l

·       la virulence anti-juive du parti « Ligue des Familles » dans un pays où l’antisémitisme est fortement ancré ;

 

·       l’enlèvement de tous les monuments concernant la lutte contre le nazisme, ainsi qu’un projet de loi pour la suppression des pensions des anciens combattants des brigades polonaises en Espagne ;

 

Nous vous appelons donc à nous rejoindre pour manifester notre opposition à la dégradation de la situation en Pologne, Etat membre de l’Union Européenne.

Et pour dire oui à l’égalité, la laïcité et la mixité !

 

En tant que chrétiens, et que chrétiens Réformés, nous devons être attentifs à ces dérives et aux montées de ce que j’appelle souvent les idées de la « morale moralisante ». Nous avons à défendre les positions d’une éthique qui se doit d’être une éthique d’ouverture. Bien sûr nous ne saurions nous déclarer « pour » l’homosexualité, l’euthanasie, l’avortement, le divorce, etc.. Nous pouvons avoir à ce propos des positions très différentes et nuancées.

Mais nous ne pouvons en aucun cas nous déclarer « contre » les hommes et les femmes qui sont concernés par ces pratiques, ni surtout les exclure de nos églises.

Jésus, dans tout son ministère terrestre, a opté résolument pour l’accueil de quiconque venait à lui.

 

Si nous nous prétendons chrétiens, si nous nous réclamons de son enseignement et de sa discipline, nous ne pouvons que nous prononcer nous aussi pour cet accueil inconditionnel et cette absence de jugement. Du reste, si nous pouvons considérer certains choix de vie de nos contemporains comme des manifestations du péché, nous ferions bien de nous examiner nous-mêmes tout d’abord et de prendre la mesure de nos propres défauts, de nos propres failles : il n’y a pas de grand ou de petit péché : cette gradation dans la faute ne relève que de notre perception humaine, pas de celle de Dieu pour qui le péché n’est avant tout qu’une séparation de l’homme dans sa relation à Lui.

 

N’ajoutons donc pas à la peine des hommes, ne les jugeons pas.

 

Et soyons particulièrement vigilants lorsque d’aucuns parlent d’une « restauration des valeurs chrétiennes » ! Ces « valeurs » là sont surtout des valeurs pharisiennes, celles de gens qui se considèrent comme des purs et des justes, des « séparés » par rapport à la foule de ceux qui ne pensent ni n’agissent comme eux. C’est intolérable et ce n’est certainement pas conforme à l’attitude d’accueil et d’ouverture du Christ à l’égard de tout homme. Et partant de là, ce n’est pas chrétien !

08:34 Écrit par Pasteur J.-M. Demarque dans Prédications | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

11.06.2007

ECRITS INTERTESTAMENTAIRES ET APOCRYPHES CHRETIENS

Découvrir ensemble les Ecrits Intertestamentaires et les Apocryphes Chrétiens.

Nous vous proposons, à dater de ce mois de juin 2007, une série d’études sur le thème de ces « écrits interdits », parce que cachés et / ou oubliés, qui de près ou de loin non seulement défraient régulièrement la chronique, mais encore apportent souvent un éclairage nouveau sur notre connaissance biblique et particulièrement sur celle des milieux néotestamentaires ainsi que sur les premières communautés chrétiennes.

Les thèmes suivants seront abordés au cours de ces études :

*    Un aperçu de leur milieu de rédaction

*    Leur impact dans l’élaboration de certaines traditions

*    Des grandes découvertes de Nag Hammadi et de Qumran aux dérives du Da Vinci Code »

*    Lecture et analyse décrits apocryphes chrétiens (Evangile de Thomas, Actes de Philippe, etc…)

*    Le mystère de Talpiot.

*    De la LXX à l’élaboration du Canon chrétien actuel.

*    Etc…

Ces études auront lieu deux vendredi par mois, soit dans la salle André Lheureux, soit dans le Temple, de 19h30 à 21h00.

Prochaines séances : les vendredi  15 & 29 juin 2007

Thèmes abordés : introduction (bref survol de la formation du Canon) et lecture commentée de l’Evangile de Thomas.

Bienvenue à tous !

 

09:17 Écrit par Pasteur J.-M. Demarque dans Annonces | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

31.05.2007

Prédication Pentecôte 2007

Actes 2/1-13   

1    Quand le jour de la Pentecôte arriva,

les croyants étaient réunis tous ensemble au même endroit.

Soudain, un bruit vint du ciel, comme si un vent violent se mettait à souffler,

et il remplit toute la maison où ils étaient assis.

3    Ils virent alors apparaître des langues,      pareilles à des flammes de feu;

elles se séparèrent et se posèrent une à une sur chacun d'eux.

Ils furent tous remplis du St Esprit     et se mirent à parler en d'autres langues,

selon ce que l'Esprit leur donnait d'exprimer.

5    A Jérusalem vivaient des juifs, hommes pieux venus de tous les pays du monde.

6    Quand ce bruit se fit entendre, ils s'assemblèrent en foule.

Ils étaient tous profondément surpris,

car chacun d'eux entendait les croyants parler dans sa propre langue.

Ils étaient remplis d'étonnement et d'admiration, et disaient:

       - Ces hommes qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ?

8    Comment se fait-il que chacun de nous les entende parler dans sa langue maternelle ?

9    Il y a parmi nous des gens qui viennent du pays des Parthes, de Médie et d'Elam, de Mésopotamie, de Judée et de Cappadoce, du Pont et de la province d'Asie, de Phrygie, de Pamphylie, d'Egypte et de la région de Cyrène, en Libye;

il y a ceux qui sont venus de Rome;

il y a ceux qui sont nés juifs et ceux qui se sont convertis à la religion juive,

des gens de Crète et d'Arabie,

et pourtant, tous, nous les entendons parler dans nos diverses langues des grandes oeuvres de Dieu.

12    Ils sont tous très étonnés et ils ne savent pas quoi penser.

Ils se disent entre eux: Qu'est-ce que cela veut dire ?

13    Mais d'autres se moquent des croyants en disant:

Ils sont complètement ivres !

 

PREDICATION

 

Le chapitre 2 du Livre des actes nous relate un événement clé, considéré généralement comme fondateur de l’Eglise : celui de la descente de l’Esprit Saint sur les apôtres d’abord et sur les autres hommes ensuite, provoquant d’abord une immense effusion de joie et suscitant ensuite chez une foule de gens d’origine et de langue différentes une compréhension aussi subite que mutuelle…Ce qui provoque dans l’assistance des remous et des réactions allant de l’étonnement à la moquerie : « ils sont pleins de vin doux ».

Et comme pour renforcer encore l’événement se produisent autour des Apôtres une foule de prodiges !

 

Aujourd’hui, le mot « pentecôte » éveille dans les esprits plusieurs idées : d’abord, pour le commun des mortels, celle d’un week-end prolongé, d’une occasion de « faire la fête », comme c’est le cas ici à Ecaussinnes ou encore à Soignies, occasion aussi de prendre un peu de repos ou, pourquoi pas, les deux ? Tout cela est bel et bon, et on aurait tort de s’en priver… Mais d’un autre côté, on perd quelque peu le sens de la signification profonde de cette fête et, partant de là, on risque de passer à côté de l’essentiel !

 

Qu’attendons-nous, aujourd’hui, de la Pentecôte, en tant que chrétiens ?

 

A chacun de répondre pour lui-même, en son âme et conscience. Certains n’attendent rien de particulier, d’autres espèrent voir se poindre un retour à plus d’authenticité chrétienne, d’autres encore espèrent un renouveau, une sorte de « relance » de la vie de l’Eglise, sous la mouvance de l’Esprit.  D’autres enfin, qui se croient dans le « vrai », pensent qu’ils sont les élus et les gardiens d’une « Vérité » qui finalement n’appartient qu’à eux et qui sert leurs desseins finalement très humains.

 

Notre pensée, pétrie de plusieurs siècles d’enseignements reçus à ce propos n’a aucun mal à imaginer le tableau dont l’évocation produit chez nombre de chrétiens une sorte de nostalgie, exacerbée, surtout à notre époque de désertion par ces mots : « Le Seigneur ajoutait chaque jour à l’Eglise ceux qui étaient sauvés ».

 

Ah ! Effectivement, si l’Esprit pouvait descendre sur nous de cette manière, s’il se produisait une nouvelle Pentecôte, si des prodiges et des signes pouvaient conforter notre foi, pouvaient la démontrer aux hommes !

Si nos églises pouvaient voir leur nombre de fidèles croître comme en ce jour ! Comme ce serait bien ! Et j’ajouterais volontiers : comme ce serait simple et facile !

 

Certains « chrétiens » sont pourtant persuadés de la réalité de la chose. Mais cette réalité est souvent limitée pour eux à leurs cercles étroits et étriqués : ils s’imaginent avoir reçu des dons particuliers, être les seuls détenteurs autorisés de l’Esprit de Dieu et être les seuls bénéficiaires de ses bienfaits. Ils affirmeront entre autre que ceux qui ne sont pas baptisés dans l’Esprit ne sont pas sauvés, excluant de leur « secte » tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Ils attireront des foules de gens en difficultés ou en recherche en leur faisant croire en des fumisteries telles que guérisons instantanées, paillettes d’or tombant du ciel sur leurs orateurs ou « prophètes ». J’en passe et, sinon des meilleures, du moins des pires !

J’en parle à mon aise pour avoir fréquenté, à une époque heureusement passée de mon existence, certains de ces milieux qui étaient pourtant côtés parmi les plus « soft » du genre.

Une anecdote parmi d’autres : j’avais un ami, atteint d’un cancer très grave et malheureusement sans issue. Un jour, cet ami, lisant sa Bible, « tomba » par hasard sur un psaume qui disait « je ne mourrai pas, mais je marcherai pour toujours sur la terre des vivants ». Des membres d’une secte pentecôtiste qu’il fréquentait à l’époque, sans doute à cause de sa grande détresse l’ont persuadé qu’il lui fallait passer par le témoignage public et par l’onction d’huile, avec imposition des mains. En tant que son pasteur à l’époque, et par manque d’expérience, je me suis trouvé impliqué, à mon corps défendant dans cette parodie de foi chrétienne.

Quelques temps après, selon toute prévision et logique médicale, il décédait. J’étais présent dans sa chambre, avec mon épouse, à ce moment là.  Dans les minutes qui ont suivi, le gourou de cette secte, citée plus haut, est arrivé avec deux de ses acolytes et a fait sortir tout le monde de la chambre en disant à l’épouse du défunt : « ayez confiance ». Il prétendait avoir le pouvoir de le ressusciter ! Je ne regrette qu’une chose : celle de n’avoir pas eu le cran de lui botter les fesses et de le mettre à la porte !

Ces gens se disaient pentecôtistes, s’appelaient « prophètes », « apôtres » et se prétendaient détenteurs de la force de l’Esprit de Dieu ! Je pense qu’ils oubliaient que le Salut n’est pas plus tributaire d’une prétendue force ou de nos œuvres, et qu’il n’est, en tous les cas, qu’une Grâce totale et absolue que Dieu fait à tous les hommes. J’affirme que sur ce plan, ces hommes n’étaient en tous cas pas des protestants, voire même pas du tout des chrétiens !

 

Pourtant, il est vrai que l’histoire de l’Eglise est parsemée d’événements qu’on a souvent appelé des « nouvelles pentecôtes ». Je pense aux différents réveils de nos églises protestantes, je pense au mouvement du renouveau charismatique, doublé d’une volonté œcuménique. Mais je ne peux aussi que dénoncer tous les excès et débordements de certaines mouvances, qui s’apparentent plus à une soif effrénée de merveilleux ou de spectaculaire qu’à un véritable ressourcement spirituel.

 

Comment faire le tri dans tous cela, comment discerner le bon et le sincère du show et de l’attrape-nigauds ?

 

Peut être en essayant de comprendre la portée de ce qui pour moi, dans l’événement initial de la première pentecôte est le plus grand de tous les prodiges 

 

A l’origine, et dans son contexte historico-religieux, la fête de la pentecôte est une fête juive, la plus grande après celle de la Pâque. Elle draine une foule de gens, israélites autochtones et surtout pèlerins venus des quatre coins du monde connu, hommes et femmes de cultures et de langues parfois très différentes, réunis dans une foi juive aux multiples facettes et expressions.

Une foule bigarrée, disparate, qui ressemble à bien des égards à celle qui compose aujourd’hui les églises chrétiennes. Il y a bien sûr l’événement central de la mort et de la résurrection du Christ qui nous rassemble, mais il y a tant de choses qui nous divisent, nous opposent, nous empêchent de nous comprendre et de nous rassembler dans la joie de l’Evangile.

Il y a effectivement, à lire le Livre des Actes, des prodiges et des signes qui sont donnés lors de cette première « Pentecôte chrétienne ». Mais le premier de tous est peut-être le moins spectaculaire en soi : c’est d’abord la joie qui va être donnée : une joie débordante, effusive. Là où il n’y a pas la joie, il ne saurait y avoir non plus la vérité de l’Evangile.

Et le plus grand des prodiges ne me semble pas être le fait que tous se mettent à prophétiser, ni celui d’autres miracles, mais celui que tous ces gens qui s’expriment dans leur propre langue, c'est-à-dire à leur façon et dans le cadre de leur bagage culturel se comprennent et par là même dialoguent entre eux. C’est comme si la malédiction de Babel était subitement effacée : les différences subsistent, certes, mais au-delà des barrières qu’elles pouvaient dresser entre eux, les hommes se comprennent de nouveau et sont à même de partager dans la joie.

 

Joie et dialogue restauré viennent fonder une unité retrouvée, une unité qui ne vient pas d’une volonté humaine mais qui entre au cœur des hommes comme le plus grand cadeau de Dieu, un cadeau qui vient consacrer la réponse du Père à la grande prière de son Fils : «  Père, qu’ils soient Un pour que le monde croie ». Et de fait, cela fonctionne : « le Seigneur ajoutait chaque jour à son Eglise ceux qui étaient sauvés ».

 

Je pense qu’il est normal et légitime que ce texte évoque en nous un désir de changement, de renouveau, l’espérance d’une nouvelle pentecôte.

 

Mais je suis persuadé que, tout comme Dieu ne se trouve pas dans les fureurs de l’orage ou dans les effets d’un tremblement de terre, mais plutôt dans le souffle discret de la brise légère, c’est en nous que nous pouvons trouver le plus sûrement la réalité de la manifestation de la force de son Esprit, bien plus que dans des extravagances qui relèvent plus de défaillances psychologiques que d’une vie chrétienne équilibrée et authentique, fût-elle entachée des failles et des défauts inhérents aux limites de notre nature humaine.

La Pentecôte, rappel du don de l’Esprit n’est pas pour moi une simple commémoration, pas plus qu’elle n’évoque la possibilité de « prodiges » : nous pouvons la vivre vraiment  pleinement  et simplement à condition que nous redécouvrions ensemble la joie profonde de l’Evangile et que rassemblés dans cette joie, nous nous efforcions de renverser les trop nombreuses barrières qui trop souvent encore nous séparent, en tant qu’humains et en tant que chrétiens. Puisse l’Esprit saint, en ce jour de Pentecôte 2007 nous rendre perméable à sa joie parfaite et nous inciter à entrer vraiment dans l’écoute, le dialogue, le partage avec tous ceux qui se réclament de l’enseignement du Christ !

07:16 Écrit par Pasteur J.-M. Demarque dans Prédications | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

LA TOMBE DE TALPIOT

La Tombe de Talpiot

Débats, controverses et inquiétudes

A 23h20, mardi soir, TF1 diffusait le documentaire réalisé par Simcha Jacobovici, produit par James Cameron (le producteur de « Titanic ») , intitulé « le Tombeau de Jésus ».

La projection du film était suivie d’un débat auquel participaient Monseigneur di Falco (Eglise Romaine) et l’auteur du documentaire, Simcha Jacobovici.

LES FAITS :

En 1980, à Talpiot, petite ville située à mi-chemin entre Bethlehem et Jérusalem, lors de travaux entrepris dans le cadre d’un grand chantier de construction immobilière, une tombe familiale est mise à jour. Les travaux sont stoppés pour quelques jours, afin de permettre aux archéologues de faire, à la hâte, quelques relevés et d’exhumer 10 ossuaires. Le fait est courant en Israël où, depuis ces dernières décennies plus de 3000 ossuaires ont été découverts.

La tombe de Talpiot présente une caractéristique surprenante : son entrée est surmontée d’un fronton constitué d’un chevron marqué d’un cercle central. Un symbole, sans doute, mais à quoi peut-il bien pouvoir correspondre ? Nul ne le sait. Des recherches connexes dans la nécropole découverte par les franciscains du couvent « Dominus Flevit », à Jérusalem permettront cependant de découvrir un symbole identique sur un autre sarcophage, lui aussi marqué d’un nom : celui de « Shimon bar Jonas » ! C’est ainsi que dans l’Evangile, Jésus appelle Pierre à plusieurs reprises :

Matthieu 16:17  Jésus, reprenant la parole, lui dit : Tu es heureux, Simon, fils de Jonas ; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais c’est mon Père qui est dans les cieux.

Jean 1:42  Et il le conduisit vers Jésus. Jésus, l’ayant regardé, dit : Tu es Simon, fils de Jonas ; tu seras appelé Céphas ce qui signifie Pierre.

Jean 21:15  Après qu’ils eurent mangé, Jésus dit à Simon Pierre : Simon, fils de Jonas, m’aimes–tu plus que ne m’aiment ceux–ci ? Il lui répondit : Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit : Pais mes agneaux.

Jean 21:16  Il lui dit une seconde fois : Simon, fils de Jonas, m’aimes–tu ? Pierre lui répondit : Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit : Pais mes brebis.

Jean 21:17  Il lui dit pour la troisième fois : Simon, fils de Jonas, m’aimes–tu ? Pierre fut attristé de ce qu’il lui avait dit pour la troisième fois : M’aimes–tu ? Et il lui répondit : Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit : Pais mes brebis.

Si ce sarcophage est bien celui de Pierre, ce dernier n’est évidemment pas enterré sous la Basilique qui lui est dédiée à Rome ! Enfin, un autre sarcophage, découvert dans les années quarante porte aussi ce sigle. C’est celui qui a été identifié et reconnu comme appartenant à Simon de Cyrène.

Le symbole est donc vraisemblablement celui du groupe des disciples de Jésus. La croix, en effet, n’a vraiment commencé à devenir un symbole chrétien qu’au 4ème siècle. Auparavant, elle inspirait trop de répugnance, en tant qu’instrument de torture. C’est un peu comme si nous décidions de porter, en pendentif, une guillotine ou une chaise électrique… Cependant elle a pu être employée comme signe dans d’autres circonstances : elle correspond, en écriture araméenne, au « Tav » hébreu et à l’ »omega » grec. Elle a pu signifier quelque chose dans un cadre d’aboutissement ou d’accomplissement. Mais fermons cette parenthèse et revenons à Talpiot.

Les ossuaires sont soigneusement répertoriés et catalogués par le Musée Rockefeller de Jérusalem. Les ossements contenus dans ces derniers sont remis à la communauté Juive Orthodoxe, à la demande des institutions de cette dernière, afin qu’ils soient inhumés religieusement.

A l’arrivée au Musée, le listing de classement ne compte plus que neuf pièces. Un ossuaire a disparu. Probablement volé par un ouvrier qui espérait le monnayer contre une somme considérable à un collectionneur. Le fait est assez fréquent. D’après l’inventaire initial, cet ossuaire portait une inscription : « Jacques, frère de Jésus ».

Dans les années ’90, un collectionneur israélien révèle être en possession d’un ossuaire portant l’inscription suivante : « Jacques, frère de Jésus, fils de Joseph ». Cela va évidemment défrayer la chronique et engendrer bien des controverses. Certains spécialistes attesteront l’authenticité de l’ossuaire, d’autres diront qu’il a été falsifié et que l’inscription aurait été trafiquée par le collectionneur qui y aurait ajouté les mots « fils de Joseph », sans doute pour lui donner une plus grande crédibilité statistique. C’est possible, mais il n’empêche que l’ossuaire, lui, est d’époque.

Jacobovici va faire le rapprochement avec l’ossuaire manquant de Talpiot et demander une analyse spectrographique comparée de la patine des dix ossuaires. Celle-ci va permettre de démontrer qu’il provient bien de la tombe dont sont issus les neuf autres : c’est bien l’ossuaire qui manquait à l’appel. Aucun doute n’est plus possible sur ce point.

Les autres ossuaires de la tombe portent aussi des inscriptions, parmi lesquelles les plus frappantes sont: « Jésus, fils de Joseph » ; « Maria » ; « Mattiah », « Juda, fils de Jésus » ; toutes inscrites en langue hébraïque. C’est troublant, évidemment, et l’inscription « Maria » qui est une latinisation du prénom « myriam » l’est tout autant, de part sa très grande rareté.

Un autre ossuaire porte l’inscription « Mara Mariamnè ». Il contient les restes d’une femme, qui fut de son vivant un personnage important comme semble l’attester le titre de « mara », signifiant « maître ». Et le nom de Mariamnè est connu de la tradition chrétienne : il apparaît dans un apocryphe, les « Actes de Philippe » où il désigne Marie de Magdala, décrite comme très proche de Jésus et surtout comme Apôtre et missionnaire chrétienne importante… Des analyses de l’ADN mitochondrial (ADN de la lignée maternelle) démontrent qu’elle n’a pas de lien de parenté avec « Jésus fils de Joseph ». Or, si ces deux défunts ne sont pas de la même famille, que font-ils ensemble dans une tombe familiale ? La réponse la plus évidente serait de dire qu’ils sont…mari et femme ! Ce qui corroborerait certaines traditions bien ancrées dans le christianisme primitif. Une analyse du même type portant sur l’ADN mitochondrial des restes de « Juda, fils de Jésus », si elle confirmait une parenté mère-fil avec cette « Mariamnè » lèverait évidemment une grande part du mystère. Il est probable qu’elle pourra avoir lieu : Jacobovici a clairement indiqué, lors du débat, son intention de poursuivre son enquête.

 

LE DOCUMENTAIRE

Passionnant, fort bien construit, très bien documenté. Il n’y a pas grand-chose à critiquer au sujet des méthodes employées et mises en œuvre par Jacobovici. Bien sûr, il n’est pas archéologue, pas plus qu’il n’est spécialiste des questions religieuses. Il ne s’en cache d’ailleurs pas. Sa connaissance des textes du Nouveau Testament présente même quelques lacunes ou approximations regrettables qui pourraient par moment apporter de l’eau au moulin de ceux qui discréditent son enquête. Mais cette dernière est cependant magistralement menée, même si c’est le travail d’un journaliste. Sans doute une part des réticences qu’elle soulève notamment dans des milieux archéologiques patentés vient-elle en partie du fait que l’enquête ne provient pas du cénacle autorisé des archéologues. Le fait n’est pas nouveau. Souvenons-nous toutefois que, par le passé, de très grandes découvertes archéologiques ont été réalisées par des amateurs qui ne jouissaient pas loin s’en faut, des qualifications réelles de Jacobovici en la matière, ni des technologies de pointe qu’il a pu mettre en œuvre !

 

LE DEBAT

Plat et décevant ! Les deux seuls protagonistes présents sont Jacobovici et Monseigneur di Falco, représentant l’Eglise Romaine. (Il était auparavant conseiller psychologique dans une grande revue catholique).

On aurait aimé la présence de spécialistes de ces questions, tant juifs que chrétiens et surtout celle de théologiens chrétiens de toutes confessions. Les catholiques ne sont pas que je sache les seuls détenteurs des Evangiles et l’interprétation qu’ils en font, surtout à propos des faits de la conception, de la Passion du Christ et de sa résurrection n’est pas nécessairement à l’unisson de celles des différents courants protestants ou orthodoxes. On peut espérer qu’à l’avenir, d’autres débats plus étoffés soient programmés sur diverses chaînes au sujet de Talpiot !

D’autant que le seul chrétien présent, Monseigneur di Falco, s’il réfutait en bloc les arguments de Jacobovici, se faisant ainsi le porte parole officiel de son magistère et de sa ligne de pensée univoque, n’avait, en vérité, aucun véritable argument à avancer pour asseoir sa position négative. Et il lui est arrivé de faire de curieux amalgames, à propos de Qumrân et même du da Vinci Code, amalgames totalement inappropriés dans ce cas. Si le Da Vinci Code est un roman et n’a été écrit que dans cette intention par son auteur, les sarcophages de Talpiot sont, eux, des faits qu’il est, me semble-t-il plus difficile de mettre en doute que d’accepter. Et la question de Qumrân et de la main mise catholique sur le contenu de ses grotte est bien, quoi qu’en dise Monseigneur di Falco,  une réalité qui a sévi durant de très nombreuses années, durant lesquelles la plupart des savants Juifs ont systématiquement été écartés de la recherche. Ceux qui voudraient s’en convaincre devraient lire l’ouvrage de Lawrence Schifmann sur la question.

INQUIETUDE OU SERENITE ?

Il est clair que si, dans les semaines ou les mois qui suivent, des faits viennent étayer la thèse de Jacobovici et qu’il s’avère que la tombe de Talpiot est bien celle du Christ et de sa famille, et que ses restes mortels y sont restés enfermés jusqu’à la découverte de 1980, les milieux chrétiens fondamentalistes et/ou conservateurs vont réagir sans doute avec une certaine violence. D’autant que cette affirmation avaliserait d’autres faits : Jésus aurait été le fils charnel de Joseph, il aurait été marié, il aurait eu des frères, il aurait même eu un fils. Et surtout, il ne serait pas ressuscité, du moins pas « dans la chair » !

J’oserais dire : « et alors ? ». Plusieurs de ces questions sont débattues depuis fort longtemps, y compris d’ailleurs celle de la conception de Jésus et celle de la résurrection, du moins dans l’acception habituelle et traditionnelle du terme. Cela n’a jamais remis en question la foi de ceux qui se les posent et pour ma part, cela ne remettrait en tous cas pas la mienne en question.

Si nous admettons que Jésus est tout à la fois Dieu et homme, et s’il est pleinement cela, sa nature divine nous échappe totalement et n’est pas du niveau de notre compréhension. La question de la résurrection restera toujours un mystère que seule notre foi nous permet de recevoir comme une réalité. Du reste, il y a à ce propos bien des pistes dans les Evangiles qui nous mettent sur la voie : Jésus n’est pas reconnu d’emblée ; il apparaît « subitement » à ses disciples, y compris dans une pièce hermétiquement close. Son « corps » ne semble plus correspondre aux normes du nôtre, même s’il parle, s’il est visible, s’il mange, s’il se laisse toucher. Sans doute sont-ce les théologiens qui ont raison lorsqu’ils parlent, après la résurrection du « corps glorieux » de Jésus, corps qu’il avait déjà laissé entrevoir à certains de ses disciples lors de la Transfiguration.

D’autre part, si nous admettons aussi que Jésus soit pleinement homme, pourquoi ne pas l’accepter jusqu’au bout ? Les Evangiles, et celui de Jean en particulier nous montrent qu’il a éprouvé  à maintes reprises des sentiments humains. Pourquoi, dès lors en exclure celui de l’amour conjugal ? Du reste, un « rabbi », comme on l’appelle très souvent dans les Evangiles était normalement marié. Bien sûr, on pourra opposer à ceci le fait que les textes canoniques du Nouveau Testament ne parlent pas de ces « choses-là ». Mais d’autres écrits le font très explicitement. Lorsqu’on connaît les querelles et les tentions qui ont présidé à l’élaboration du canon, et notamment celle tendant à exclure les femmes de la direction de l’Eglise, lorsqu’on sait aujourd’hui l’intérêt majeur de la lecture de certains apocryphes pour une meilleure approche du milieu néotestamentaire, on est certes en droit de se poser des questions. Questions qui pourraient bien s’avérer un jour pertinentes et susciter des réponses inattendues !

Ceci, les chrétiens qui basent leur foi sur la lettre seule des écrits canoniques du Nouveau Testament ne pourront l’admettre, et sans doute en seront-ils très affectés et ébranlés. Mais c’est toute la question du fondamentalisme qui se pose ici : si je base ma foi sur la lettre, que deviendra-t-elle le jour ou la science ou l’archéologie démontreront que sur tel ou tel point la lettre se trompe ?

Dès lors je pense, et c’est ma profonde conviction qu’une foi solide doit d’abord se fonder sur l’Esprit, Celui « qui souffle où il veut » et qui tend à nous ouvrir plus largement et sûrement ! En cette matière, particulièrement, là où la lettre tue, l’Esprit vivifie !

 

Pasteur Jean-Marie Demarque

07:12 Écrit par Pasteur J.-M. Demarque dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

15.05.2007

"IL" REMET LE COUVERT !

« Il » remet le couvert !

 

Benoît XVI, dans sa visite aux catholiques d’Amérique du Sud, insistant sur les nécessités de l’Evangélisation et sur son bien fondé, a affirmé que jamais l’Eglise n’avait porté atteinte aux civilisations amérindiennes et que les populations autochtones s’étaient converties librement à Jésus, dont elles attendaient silencieusement la révélation.

 

Dimanche dernier, devant la Conférence des évêques d'Amérique latine (Celam) à Aparecida, au Brésil, le Pape affirmait que « L'annonce de Jésus et de son Evangile n'a comporté à aucun moment une aliénation des cultures précolombiennes et n'a pas imposé une culture étrangère. »

Il ajoutait, devant cette même conférence, que « le Christ était le sauveur auquel ils (les Amérindiens) aspiraient silencieusement" et que "l'utopie de redonner vie aux religions précolombiennes, en les séparant du Christ et de l'Eglise universelle, ne serait pas un progrès mais une régression".

Venant de n’importe qui d’autre, ces propos pourraient faire rire et faire dire à ceux qui les entendent qu’ils ont affaire à un inculte ou à un naïf.

Hélas, Joseph Ratzinger n’est rien de cela : il l’a maintes fois démontré, jusque dans un passé récent.

Après avoir, dès le début de son Pontificat, induit un retour vers le passé peu glorieux d’une Eglise mise en question par la Réforme et avoir remis en vogue la très controversée pratique des « Indulgences », après avoir honteusement blessé et agressé les Musulmans par des propos scandaleux à l’égard de l’Islam, voilà qu’il « remet le couvert » en s’attaquant à la mémoire collective des peuples amérindiens et en pratiquant ce qu’il convient  d’appeler un négationnisme à propos d’un véritable génocide perpétré « au nom de l’Evangile » !

Bien sûr, certains pourraient jouer les « avocats du diable » et porter à son crédit le fait qu’en tant que chrétien ( ?) il s’inquiète de la résurgence, en certaines régions d’Amérique du Sud, des cultes traditionnels que l’on croyait tombés dans l’oubli. C’est un constat d’échec, et il peut s’avérer frustrant. Mais n’est-ce pas cependant l’expression fondamentale du droit de tout homme libre, de se choisir la foi qui lui parle et qui lui convient, ou même d’opter pour une absence de foi ?

Le Pape semble avoir oublié les enseignements de l’Histoire et surtout la substance essentielle de Celui qu’il prétend représenter sur terre : le Christ.

On n’a jamais pu forcer les gens à croire et l’imposition de la foi chrétienne par les armes ou la force (comme celle d’ailleurs de toute autre foi) n’a jamais débouché que sur des massacres, des guerres et des larmes.

Pour un chrétien qui se respecte et qui se nourrit vraiment de l’Evangile, Jésus, l’Emmanuel n’a jamais été le parent, même très éloigné, du « Got mit Uns » qui semble avoir marqué l’esprit de Joseph Ratzinger qui paraît curieusement rêver à une sorte de « pureté de la race chrétienne »… Encore un retour aux sources ? Face à ses discours et à ses prises de position, face à son négationnisme, on est en droit de se poser ces questions et de s’en inquiéter !

Evitons toutefois de faire des amalgames : si le Pape reste le « chef » de l’Eglise romaine, et donc de la plus grande population chrétienne, il est toutefois aujourd’hui, pour nombre de catholiques un chef controversé, comme le sont d’ailleurs certains de ses évêques. Nous ne sommes plus au 16ème siècle, ni au Moyen-Âge ! Et si l’Eglise romaine conserve le pouvoir de faire taire, en son sein, certaines voix qui s’élèvent contre elle (je pense par exemple à Monseigneur Gaillot ou à Eugène Drewermann) elle ne peut empêcher l’expression du bon sens de sa « base » qui outre le fait qu’elle a pu effectuer, elle, un véritable « retour aux sources » par la lecture des Ecritures et leur étude profonde, commence à se poser bien des questions et à oser remettre en cause les prises de position de sa haute hiérarchie. Sachons donc, en tant que chrétiens issus de la Réforme y être attentifs et nous montrer solidaires de ceux qui s’insurgent contre ce qu’il convient d’appeler des abus de pouvoir ou des délires pervers.

Celui qui se réclame aujourd’hui de la succession de Pierre devrait se souvenir que la mission confiée à son illustre prédécesseur était avant tout celle du pardon et de l’humilité. En aucun cas celle de l’exercice d’un pouvoir dictatorial ou conquérant !

 

Pasteur J.-M. Demarque

08:31 Écrit par Pasteur J.-M. Demarque dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

13.05.2007

La lettre de Yossi Beilin

La lettre de Yossi Beilin
[Dans sa lettre ouverte adressée à ses sympathisants en diaspora, Yossi Beilin, président du Meretz-Yachad et initiateur israélien des Accords de Genève, commente l’actualité de son pays, intérieure et extérieure. Dans cette analyse, Yossi Beilin examine les suites politiques du rapport Winograd sur la guerre du Liban.]

mise en ligne : mercredi 9 mai 2007

Par Yossi Beilin - 3 mai 2007 - Traduction Kol Shalom

Chers Amis,

Je voulais vous envoyer brièvement quelques mots décrivant ma position sur les conclusions du rapport Winograd et de sa signification pour le parti du Meretz-Yahad, pour le camp de la paix et pour Israël.

Les conclusions du rapport, qui est lui-même un rapport partiel qui se concentre seulement sur les cinq premiers jour de la seconde guerre du Liban, constituent une accusation sévère pour le Premier ministre d’Israël, le ministre de la Défense et l’ancien chef de l’Etat-Major de l’armée. L’échec de la gestion par ces trois hommes de la crise qui a éclaté en juin dernier, soit l’enlèvement de deux soldats israéliens durant la guerre Israël/Liban et qui s’est transformée en guerre qui a duré 33 jours, est tellement grave que le rapport ne laisse plâner aucun doute sur ce qu’ils devraient faire. Le chef de l’Etat-Major a déjà démissionné il y a quelques mois et aussi bien Ehud Olmert que Amir Peretz devraient en faire autant.

Avec leur démission, un nouveau gouvernement devrait se former. Les candidats probables pour diriger un tel gouvernement sont deux anciens ministres de la classe dirigeante du parti Kadima - l’ancienne ministre Tzipi Livni et le Vice-Premier ministre Shimon Peres. Si le consensus est formé autour de l’un d’eux à l’intérieur de Kadima, ils pourraient être capables de former une nouvelle coalition et profiter d’une majorité à la Knesset.

Nous, dans le parti du Meretz-Yahad, pensons jouer un rôle dans la bataille pour la formation d’un meilleur gouvernement que le dernier en place, et je crois que soit Peres soit Livni ferait un meilleur Premier ministre qu’Olmert. Evidemment, notre soutien au nouveau gouvernement ne peut pas être pris comme allant de soi. La plateforme du nouveau gouvernement doit être en accord avec ce en quoi nous croyons, et le processus de paix doit devenir le point central. A cet effet, nous ferons de notre mieux afin que la nouvelle coalition n’incorpore pas les ultranationalistes de droite Yisraël Beitenu ou Avigdor Lieberman.

L’échec d’Olmert et Peretz ne nécessite pas d’élections anticipées pour le parlement. La constitution de la Knesset actuelle, qui a été votée au bureau seulement un an plus tôt, est relativement bonne. Elle peut offrir une majorité stable pour des coalitions politiques différentes avec un net avantage pour une coalition de centre gauche. Aussi loin que je le vois, la Knesset actuelle ne nous a pas laissés tomber et une chance doit être donnée afin de proposer un nouveau gouvernement. Il y a de bonnes raisons de croire qu’un nouveau et meilleur gouvernement peut être formé.

Les prochaines semaines amèneront du changement en Israël. Notre travail consiste à assurer que le changement soit un bon changement.

Bien à vous,

Yossi Beilin

  Mis en ligne par Shalom Archav le 09 mai 2007

08:57 Écrit par Pasteur J.-M. Demarque dans ISRAEL : Le Camp de la Paix | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

Le temps des petits juges

Ilan Greilsammer : Le temps des ’petits juges’
[Ilan Greilsammer, professeur de sciences politiques à l’Université de Bar-Ilan tient une rubrique dans deux revues juives - Regards (Belgique) et l’Arche (France). Dans cette tribune d’humeur et d’humour, Ilan Greilsammer nous parle des scandales qui frappent les plus hauts échelons de la société, mis en cause pour des questions de sexe et de corruption.]

mise en ligne : vendredi 13 avril 2007

Par Ilan Greilsammer - L’Arche - Avril 2007

Vous souvenez-vous de Z, l’excellent film de Costa-Gavras qui traitait d’événements tragiques survenus en Grèce, au temps où les militaires y faisaient la pluie et le beau temps ? A la fin du film, dans une scène surprenante et inoubliable, tous ces hauts gradés qui se croyaient intouchables défilent, un par un, devant le « petit juge » courageux qui, à leur totale stupéfaction, ose les incriminer et les renvoyer devant la justice.

C’est tout à fait l’impression que nous avons, ces derniers temps, en Israël. L’un après l’autre, d’importants responsables de l’Etat ou des forces de sécurité sont soupçonnés ou incriminés, démissionnent ou finissent par passer en jugement. Dans le rôle du « petit juge », on trouve tantôt le conseil juridique du gouvernement, Méni Mazouz, tantôt le contrôleur de l’Etat, Micha Lindenstrauss, tantôt le procureur général, tantôt les juges de tel ou tel tribunal ... Et les personnes visées, suspectées, démissionnaires ou en voie d’être jugées ne sont pas du « menu fretin », bien au contraire : le président de l’Etat, Moshé Katsav, le ministre de la justice, Haïm Ramon, le premier ministre, Ehoud Olmert, le ministre des finances, le commandant en chef de l’armée, le chef de la police ...

Mes amis de France et d’ailleurs, juifs et non juifs, amis et soutiens inconditionnels de l’Etat d’Israël, m’envoient des mails affolés : mais que se passe-t-il donc dans ce pays que nous adorons, Israël ? Pourquoi ces scandales qui frappent les plus hauts échelons de la société ? Pourquoi tant de personnalités sont-elles mises en cause pour des questions de sexe ou de corruption ?

Plutôt que de répondre à chacun de ces amis, je vais essayer - ce n’est pas facile - de formuler ici des éléments de réponse.

Un fossé énorme

Tout d’abord, c’est vrai, il semble qu’il y ait aujourd’hui un fossé énorme entre la société civile israélienne d’une part, et la classe dirigeante d’autre part. La société civile, les gens, le peuple, recèlent des trésors humains d’une incroyable qualité. Qu’on pense à l’inventivité des Israéliens dans tous les domaines de la high-tech, au niveau de la médecine et des hôpitaux ; au caractère exceptionnel de la recherche et des universités ; au volontariat de tant de citoyens qui se dévouent corps et âme pour les défavorisés et les handicapés ; au courage de tous ces jeunes patriotes qui s’engagent dans les unités combattantes les plus dangereuses ; à la bravoure de ces blessés de guerre, amputés de bras ou de jambes, qui disent à celui qui leur rend visite : « Ce n’est rien, je l’ai fait pour mon pays » ; bref, qu’on pense à beaucoup de choses merveilleuses que recèle le « petit peuple » de ce pays, à ces gens qu’on découvre au détour d’un documentaire télévisé ou d’un article dans le journal et qui font des choses incroyables, des choses qu’on ne fait qu’en Israël.

Et à côté de cela, une classe politique et des dirigeants qui sont, excusez-moi, d’une terrible médiocrité, pour ne pas dire pire. Pourquoi ? Comment expliquer ce fossé ? D’où vient l’échec de la classe dirigeante ?

Il y a, je crois, plusieurs éléments d’explication.

Premièrement, je pense que la génération des Pères fondateurs n’a pas su transmettre ses valeurs à ceux qui l’ont suivie. Les géants, les David Ben-Gourion, Golda Meïr, Lévi Eshkol, Itzhak Rabin et autres, étaient de vrais idéalistes, des leaders légendaires qui ne s’intéressaient pas du tout aux aspects matériels de leur fonction, à l’argent et au statut, qui se contentaient de très peu et ne recherchaient que le bien du pays. Cette génération a complètement échoué à transmettre ses valeurs à la génération suivante.

Ensuite, j’incriminerai les effets pernicieux de la guerre de 1967, qui certes plongea le pays dans l’euphorie mais apporta également une confiance en soi (« Nous sommes les plus forts, les plus géniaux ») qui a mené à la catastrophe de la guerre de Kippour. Entre 1967 et 1973, le pays a découvert l’enrichissement sans peine. Une couche de population a énormément profité des territoires et de la main-d’œuvre arabe bon marché.

Puis la guerre de Kippour a plongé beaucoup de gens dans la désillusion. Ils se sont dit : si la classe dirigeante s’est dévoyée à ce point, c’est qu’en fait on nous a trompés sur les valeurs sionistes ! Alors, beaucoup sont arrivés à la conclusion : désormais, cultivons notre jardin, laissons tomber les grands idéaux, ne pensons qu’à nous-mêmes.

Des gens « bien »

Il y a aussi le problème causé par la culture « familiale » des Israéliens, cette culture qui fait qu’on pardonne tout et trop vite, qu’on ne démissionne jamais de son plein gré, qu’on compte trop sur ce que fera le voisin. Itzhak Rabin désignait cette culture du mot hébreu smo’h, un mot qu’on pourrait traduire par : « compte sur moi », ou encore : « pas besoin de se fatiguer, puisque les autres s’en occuperont ». D’où la négligence, l’imprudence, la légèreté, dont on a vu les effets lors de la dernière guerre du Liban.

Enfin, il faut bien comprendre le processus d’accès aux responsabilités politiques dans le système israélien. Ici, point d’ENA, pas de concours, pas besoin de connaître les langues étrangères, d’avoir lu un livre et encore moins d’avoir fait ses preuves. Il faut simplement entrer dans un parti politique et s’arranger pour être sur la liste de ce parti à la Knesset, moyennant promesses, alliances et arrangements. Je t’appuie, tu m’appuies, je te soutiens, tu me soutiens, etc. Le système électoral, dans lequel les électeurs votent pour des listes « fermées » concoctées par les partis, listes au sein desquelles l’électeur n’a aucune possibilité de choisir les meilleurs et les plus compétents, fait qu’on trouve finalement à la Knesset des gens qui ne devraient certainement pas s’y trouer. Sans compter que le système des « primaires », largement pratiquées par les partis, donne un avantage évident à ceux qui disposent pour leur campagne non pas d’idées mais de moyens financiers.

Certes, il ne faut pas « jeter le bébé avec l’eau du bain ». Il y a aussi, au sien de la Knesset, des gens « bien » dans tous les partis. Mais il devient de plus en plus difficile de séparer le bon grain de l’ivraie ...

Cela étant, lorsqu’on évoque « les scandales », il faut quand même donner un très bon point à la presse israélienne - une presse d’investigation, curieuse et incisive - ainsi qu’à la justice, qui fait son boulot et ne recule pas devant le pouvoir.

Le problème est sérieux, parce que l’impression du « tout pourris » qui submerge actuellement la société israélienne entraîne deux phénomènes négatifs. Le premier est la dépolitisation, le fait que de plus en plus de gens, notamment parmi les jeunes, se désintéressent carrément de la vie publique. Cela s’est manifesté lors des dernières élections, en 2006, par le taux élevé des abstentions et par un vote « anti-système » en faveur du Parti des retraités. Mais, plus grave encore, il y a une méfiance croissante envers le système démocratique. Une méfiance dont les politologues israéliens constatent déjà certains signes. Ainsi, la faveur dont jouissent les « hommes forts » comme Avigdor Lieberman ou le nouveau venu Arcadi Gaïdamak. On entend trop d’Israéliens dire : « Il faudrait que quelqu’un à poigne donne un grand coup de balai et nettoie enfin les écuries d’Augias ».

Je pense, malgré tout, qu’il n’est pas trop tard pour que le pays se ressaisisse et se choisisse, enfin, des dirigeants dont nous tous, Israéliens et Juifs de la diaspora, puissions être fiers. Quelqu’un n’a-t-il pas dit que l’Etat d’Israël devait être, par l’exemple qu’il donne, une « lumière pour les nations » ?

 

Mis en ligne par Shalom Archav le 13 avril 2007

08:55 Écrit par Pasteur J.-M. Demarque dans ISRAEL : Le Camp de la Paix | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

Remerciez...

Remerciez…


Réjouissez-vous toujours,
Priez continuellement,
Rendez grâces en toute circonstance…
1 Thessaloniciens 5, 16-18.

I

En toute circonstance, rendez grâce. Nous désirons placer ces mots au centre de notre méditation. Cette exhortation est-elle nécessaire? Le mot « merci », n’est-il pas l’un des mots les plus fréquemment employé de notre langue ? Nous l’utilisons constamment à l’occasion du moindre service rendu : pour un mot amical, pour des paroles nous félicitant ou faisant l’éloge de nos actions. Nous l’employons en éprouvant ou non un sentiment. Dire merci est devenu une simple formule. C’est pourquoi, il faut beaucoup insister, et user de paroles fortes, quand il faut remercier réellement. Quiconque connaît le comportement des milieux religieux – des pasteurs et des laïcs – est habitué à leur tendance à remercier Dieu, presque aussi souvent que leur prochain. En conséquence, il semble important de s’interroger sur les raisons de ce comportement vis-à-vis de nos semblables et de Dieu. Pourquoi remercions-nous ? Qu’est-ce signifie remercier, ou recevoir des remerciements ? Ce fait de la vie quotidienne - et de la vie religieuse quotidienne - doit-il être compris comme un fait profond et élevé, ou comme un automatisme superficiel ? Si on prouve qu’il est profond, on pourra découvrir, que ce mot dont on use et abuse peut révéler les niveaux les plus profonds de notre être.
   
Dire merci n’est pas simplement une forme de la relation sociale. Nous sommes souvent poussés par une émotion réelle ; nous-nous sentons presque obligés de remercier quelqu’un, qu’il s’y attende ou non. Quelquefois l’émotion nous empoigne tellement, que nous remercions en des termes trop forts pour le don que nous avons reçu. Ce n’est pas malhonnête. C’est honnêtement ressenti sur le moment. Mais, peu après, nous-nous sentons un peu vide, un peu honteux, non pas trop, mais tout de même un peu ! Il peut arriver, occasionnellement, que nous nous éprouvions un moment un sentiment de gratitude très fort. Mais, si pour des raisons extérieures, nous n’avons pas l’occasion immédiate de l’exprimer, nous l’oublions, et il n’atteint jamais celui que nous voulions remercier. Aucun des dix lépreux, guéris par Jésus, ne manquait de gratitude à son égard, mais, un seul est revenu le remercier après s’être présenté aux prêtres. Et Jésus s’en est étonné et en a été déçu (1).

Non seulement une émotion profonde peut nous pousser à remercier, mais nous avons un profond besoin de recevoir des remerciements, quand nous-nous sommes beaucoup, ou peu donnés, aux autres. Quand les remerciements ne viennent pas, nous ressentons en nous une sorte de vide, une vacuité dans notre être intérieur, que des paroles ou des actes de remerciements auraient pu remplir. De même que, précisément, que nous-nous sentons honteux d’exprimer trop fortement notre gratitude, nous-nous sentons également mal à l’aise, quand on nous adresse des remerciements exagérés. Il n’y a pas en nous de place où les recevoir ; que nous l’admettions ou non. Il est toujours difficile de recevoir des remerciements sans éprouver de résistance.Les Américains disent : Vous êtes bienvenus et les Allemands répondent, s’il vous plait ! pour exprimer leur refus d’accepter des remerciements sans manifester d’hésitation. N’en parlons plus, est façon la plus simple d’exprimer cette résistance à accepter les remerciements… qu’on accepte!

Ces incertitudes concernant l’acte tout simple de donner ou de recevoir des remerciements nous renseignent sur nos relations avec les autres, et sur notre situation. Chaque fois que nous remercions, ou que nous recevons des remerciements, nous acceptons, ou nous rejetons, quelqu’un, et nous sommes acceptés et rejetés par quelqu’un. Ni nous, ni les autres, n’en sommes toujours conscients. Si nous sommes sensibles, nous le sentons souvent, et nous réagissons avec joie ou avec tristesse, avec honte ou orgueil, le plus souvent avec un mélange de ces sentiments. Un simple merci peut être une attaque ou un repli. Il peut exprimer le fait que nous faisons place à l’autre, ou que nous réussissons à nous protéger de celui qui cherche à trouver une place en nous. Un mot de remerciement peut exprimer un rejet complet de celui que nous remercions, ou, au contraire, que notre cœur lui est ouvert. Bien souvent, c’est, probablement, une façon polie de dire que celui que nous remercions ne nous concerne réellement pas beaucoup.

Le Psaume cinquante dit : En sacrifice à Dieu offre la reconnaissance, et : Celui qui en sacrifice offre la reconnaissance me glorifie… (2) Ici le sens originel du remerciement est clair. Remercier est un sacrifice. C’est le sens littéral de « remercier » (3). Le remerciement s’exprime par un acte sacrificiel. Des objets précieux prélevés de leur usage ordinaire sont offerts aux dieux. L’homme reconnaît ainsi qu’il ne s’est pas créé lui-même ; que rien ne lui appartient ; que nu, il est venu au monde, et que, nu il en sera retiré. Il possède ce qui lui a été donné. L’acte sacrificiel exprime sa conscience de ce destin. Il donne une partie de ce qui lui a été donné, mais quelque chose d’ultime ne lui appartient pas. En sacrifiant avec action de grâce, il est le témoin de sa finitude de sa vie éphémère. L’homme capable de remercier avec sérieux accepte d’être une créature, et en l’acceptant, il, montre qu’il est religieux, même s’il nie la religion. L’homme, capable d’accepter honnêtement et sans embarras les remerciements fait preuve de maturité. Il connaît sa finitude autant que celle des autres ; il sait que les sacrifices d’action de grâce mutuels confirment qu’il est, comme l’autre, une créature.

II

L’objet de notre gratitude est ordinairement apparent chaque fois que nous exprimons nos remerciements aux autres. Nous savons, au moins, qui nous remercions et pourquoi, bien que nous ne sachions pas souvent comment remercier. Mais, il existe aussi une gratitude sans objet défini à proprement parler. Non pas, parce que nous nous ne connaissons pas son objet, mais parce qu’il n’y a pas d’objet. Nous sommes simplement reconnaissants. La reconnaissance nous a saisi, non en raison de ce qui nous est arrivé quelque chose, mais, simplement, parce que nous le sommes, parce que nous participons à la gloire et à la puissance de l’être. C’est une disposition à la joie, et plus qu’une disposition, plus qu’une émotion éphémère. C’est un état de l’être. Et c’est plus que de la joie. C’est une joie qui inclut le sentiment que quelque chose est donné, que nous ne pouvons accepter sans offrir un sacrifice,  autrement dit, sans remercier. Mais, il n’y a personne à qui le présenter. Il demeure en nous, à l’état de gratitude silencieuse.

Vous pouvez demander : Pourquoi Dieu n’est-il pas l’objet de cette gratitude ? Cela n’explique pas ce qui se produit chez beaucoup d’hommes- Chrétiens ou non, croyants ou non. Ils éprouvent de la gratitude. Mais ils ne s’adressent pas directement à Dieu, avec les paroles d’une prière. Ils sont juste remplis par une pure gratitude. Si on leur dit de d’adresser à Dieu avec une prière de remerciement, ils sentent qu’un tel commandement pourrait détruire leur expérience spontanée de la gratitude. Comment juger un état d’esprit, qu’à un moment ou à un autre, beaucoup d’entre ont éprouvé? Dirons-nous, qu’il s’agit d’une action de grâce sans Dieu, et, par conséquent, qu’il ne s’agit pas d’un remerciement véritable? Dirons-nous, que dans cet état d’esprit, nous ressemblons à ces païens, dont Paul dit qu’ayant connu Dieu, ils ne l’ont pas glorifié comme Dieu et ne lui ont pas rendu grâce?  (4) Certes, non! L’abondance d’un cœur reconnaissant fait honneur à Dieu, même quand elle ne s’adresse pas à lui en paroles. L’incroyant plein de reconnaissance pour son être, cesse d’être un incroyant. Son allégresse obéit spontanément à l’exhortation de notre texte : Réjouissez-vous toujours !

Il est alors possible de comprendre pourquoi notre texte dit: Réjouissez-vous toujours, Priez continuellement, Rendez grâces en toute circonstance ! Cela ne veut pas certainement dire: Ne soyez jamais tristes, prononcez jours et nuits des prières et des actions de grâce ! Jésus caractérise cette façon de s’imposer à Dieu, comme une perversion de la religion. Que signifient donc ces exhortations ? Elles désignent précisément, ce que nous appelons un état de gratitude silencieuse, lequel peut, ou non, s’exprimer par des prières. Nous n’avons pas à raconter à Dieu sans arrêt ce que nous désirons, ou ce qu’il a fait pour nous. Il nous est demandé de nous élever sans cesse vers Dieu, et en toute circonstance. Il ne sera jamais absent de notre conscience. En vérité, il est présent de façon créatrice en chacun, à tout moment, que nous en soyons, ou non, conscients. Mais, quand nous sommes dans l’état de gratitude silencieuse, nous sommes conscients de sa présence. Nous faisons l’expérience d’une élévation de la vie, qu’il ne s’atteint pas par une profusion de paroles de remerciements, mais qui peut advenir en nous, si nous lui sommes ouverts. Un jour, qu’on demandait à un homme s’il priait, celui-ci répondit : Toujours et jamais ! Il voulait dire qu’il était conscient de la présence divine, mais qu’il formulait rarement des prières et des actions de grâce pour exprimer cette conscience. Il n’était pas du nombre de ceux qui ne remercient pas, parce qu’ils ne sont jamais conscients de la présence divine, mais au nombre de ceux qui croient connaître Dieu et qui s’adressent à lui constamment. Il pensait que les paroles adressées à Dieu viennent avec l’élévation de l’esprit, de la gratitude silencieuse. On a demandé à un autre homme, s’il croyait en Dieu ; ce dernier répondit : Je ne sais pas, mais s’il m’arrive quelque chose de bien, j’ai besoin de remercier. Cet homme, comme le précédent, avait fait l’expérience de l’élévation dans la gratitude, mais il était poussé à exprimer directement son sentiment avec des paroles de remerciement. Il avait besoin d’un autre à qui sacrifier. Ces deux hommes représentent le fait, que remercier Dieu, c’est à la fois s’élever vers lui sans parole et désirer sacrifier avec des paroles adressées à Dieu.

Ces deux manières de remercier rendent manifestes deux types de relation avec Dieu. Dans l’une, Dieu est l’autre, auquel nous-nous adressons avec des paroles de remerciements, et dans la seconde, il est l’autre au-dessus de moi et de tout autre ; celui auquel je ne peux parler, mais qui peut se manifester à moi dans l’état de gratitude silencieuse.

L’une des expériences les plus grandes et les plus libératrices des Réformateurs Protestants fut de réaliser que notre relation avec Dieu ne repose pas sur la répétition continuelle de prières et d’actions de grâce, de sacrifices et d’autres rites, mais sur la sérénité et la joie qui répondent à la bonne nouvelle que Dieu nous cherche et qu’il nous a accepté, sans tenir compte de ce que nous disons, ou faisons, dans l’Église et hors de l’Église.

III

Pourquoi remercier? remercier aurait-il des limites ? Notre texte dit : en toute circonstance, remerciez … Cela ne signifie pas, remercier pour tout, mais, remercier en toute situation ! Les occasions sont sans limites, par contre, les choses pour lesquelles remercier sont, elles, limitées. La réponse à cette nouvelle question peut nous conduire à comprendre d’une manière renouvelée notre condition d’homme.

Nous lisons dans la première lettre à Timothée: que tout ce que Dieu a créé est bon, et rien n’est à rejeter, pourvu qu’on le prenne avec actions de grâce, car tout est consacré par la parole de Dieu et la prière.  (5) Remercier reçoit avec ces paroles une nouvelle fonction. C’est consacrer tout ce qui a été créé par Dieu. Le remerciement est une consécration ; elle transfère quelque chose du monde appartenant au monde séculier dans la sphère du sacré. Cette chose n’est pas transformée, comme le voudrait la superstition, dans et hors de la foi chrétienne, mais elle est élevée en représentant du divin. Elle devient porteur de la grâce. C’est pourquoi, nous disons merci, quand nous sommes reconnaissant pour notre nourriture et, ainsi, nous la consacrons. Toute ce qui est créé peut-être porteur de sainteté, objet d’action de grâce, objet de consécration. À cet égard, il n’y a pas de limite au remerciement. Nous pouvons remercier pour nos forces corporelles ou mentales, pour l’obscurité de notre inconscient et pour la lumière de notre conscience, pour l’abondance de la nature, pour les créations de l’histoire, pour tout ce qui est et qui manifeste son pouvoir d’être. Nous pouvons remercier pour tout cela, en dépit de son rejet par tous ceux qui haïssent le monde par ascétisme, ou par puritanisme fanatique, et qui blasphèment contre le Dieu de la création. Tout ce pourquoi nous remercions avec bonne conscience est consacré par nos remerciements. Ce n’est pas simplement une vision théologique profonde ; c’est aussi un principe pratique pour les situations, où nous sommes incertains quant à leur acceptation ou à leur rejet. Si après les avoirs acceptés, nous pouvons remercier à leur sujet, nous sommes les témoins de la bonté des créatures. En remerciant avec sérieux, nous les consacrons à la source sacrée de l’être dont elles proviennent. Nous prenons le risque, que les Chrétiens protestants doivent prendre : le risque que leur conscience se trompe et consacre quelque chose qui devrait être rejeté.

Il n’y a pas de limite à l’action de grâce dans la création. Mais notre vie n’a t-elle pas des limites ? Pouvons-nous honnêtement rendre grâce pour les frustrations, les accidents et les maladies qui nous frappent ? Nous ne le pouvons pas au moment où elles nous saisissent. C’est l’une des nombreuses situations, où la piété peut dégénérer en malhonnêteté. Car nous résistons justement contre ces maux. Nous voulons les éliminer ; nous éprouvons de la colère à l’égard de notre destin et du fondement divin. Il existe des souffrances, corporelles ou mentales profondes, pour lesquelles la question de remercier, ou non, ne se pose pas. Le psalmiste crie à Dieu : Depuis les profondeurs, je t’invoque, SEIGNEUR (6)  ; il ne le remercie pas. C’est honnête, réaliste ; c’est d’un réalisme issu de la présence divine. Je crois que nous tous,  à un moment ou à un autre,  nous avons fait l’expérience que ce qui nous arrivait n’était rien que du mal, mais que cela devenait plus tard du bien et l’objet de remerciements honnêtes.

Et nous ne pouvons pas rendre grâce pour les actes, qui nous ont rendu coupables, ou pour ceux qui nous ont rendus meilleurs. Nous ne pouvons pas rendre grâce pour ce qui nous rend coupable ; Il arrive que ce pourquoi nous avons rendu grâce est devenu mauvais par notre propre faute. De même, nous ne devons pas remercier pour les choses, qui nous ont rendus meilleurs. Les remerciements du pharisien pour ses bonnes œuvres sont un exemple éminent de remerciement à ne pas faire (7). En fait, il ne remercie pas Dieu, par reconnaissance de sa bonté, mais il se remercie lui-même. Combien d’entre nous se remercient en remerciant Dieu ! On ne peut pas se remercier soi-même, parce qu’un sacrifice d’action de grâce, s’il s’adresse à soi-même, cesse d’être un sacrifice. Se remercier soi-même, ce n’est pas remercier, même quand des prières de remerciement à Dieu se dissimulent dans les remerciements qu’on s’adresse à soi-même. Par exemple, après avoir réussi un travail, ou après un succès durement remporté.    

Lire la Bible avec ces questions à l’esprit nous ménage des surprises –la troisième partie du livre des Psaumes, en particulier. On découvre, que la louange de Dieu remplit maintes pages décrivant en même temps de façon très dramatique, la misère des hommes – y compris, de ses auteurs. Nous avons l’impression de pénétrer, en les lisant, dans un autre domaine. Nous ne pouvons pas reproduire en nous ce qui est arrivé à ces hommes. (Nous voyons notre situation et nous n’y trouvons que peux de raisons de louer et de remercier. Et si nous pensons que c’est un devoir de rendre grâce Dieu, ou si nous prenons part dans une église à un culte de louange et d’action de grâce, nous n’avons pas vraiment le sentiment d’exprimer notre état d’esprit. Bien que cette expérience ne soit pas invariable, elle est un trait dominant dans la situation religieuse aujourd’hui. Le message des meilleurs prédicateurs, et des meilleurs théologiens contemporains l’exprime. C’est un thème dominant, chez nos grands poètes et chez nos grands philosophes. Nous ne sommes pas appelés à juger ces hommes. Nous-nous reconnaissons en eux. Ils nous expriment autant qu’ils s’expriment. Nous devrions remercier ceux qui le font avec sérieux et souvent au prix d’une profonde souffrance.

La différence entre notre situation et celle des périodes précédentes devient visible quand nous considérons la passion, et la force avec lesquelles les membres de l’Église primitive ont rendu grâce pour le don du Message chrétien, dans le monde des gloires païennes destructives et désespérantes. Avons-nous la même passion et la même force quand nous remercions Dieu pour le don qu’il nous a fait en Christ et dans son Église ? Qui peut, honnêtement, répondre « oui » ?

Ne sentons-nous pas le sentiment d’une même différence, quand nous lisons comment les protagonistes de la Réformation remerciaient Dieu pour la redécouverte de la bonne nouvelle de l’acceptation divine des pêcheurs ? Avons-nous la même préoccupation infinie? Qui peut répondre, honnêtement, « oui » ? Par conséquent, nous devons être reconnaissant, à l’égard de ceux qui expriment notre situation présente avec honnêteté.

Il existe une consolation : nous ne sommes pas séparés de la présence toujours active de Dieu, et nous pouvons en devenir conscients à chaque instant. Nos cœurs peuvent se remplir de louanges et de remerciements, sans les exprimer avec des mots ; quelquefois, nous pouvons trouver des mots pour l’exprimer. Mais ce n’est pas le premier pas, ni même souvent le dernier. Ne suivons pas ceux qui utilisent le soi-disant « renouveau religieux » pour nous forcer à revenir à des formes de prière et d’actions de grâce, que nous ne pouvons honnêtement accepter, ou qui crée la joie et la gratitude par autosuggestion. Mais restons ouverts à la puissance, qui soutient notre vie ici et maintenant et à tout moment, et qui vient à nous dans la nature et avec le message de Jésus-le Christ. Puissions-nous lui rester ouverts, remplis de gratitude silencieuse pour le pouvoir d’être présent en nous.Alors, les paroles de remerciement, les paroles du sacrifice et de la consécration, pourront, peut-être, venir sur nos lèvres, afin qu’à nouveau nous puissions rendre grâce avec vérité, et honnêteté.

PRIÈRE


Dieu tout-puissant ! Nous élevons nos cœurs à toi pour te louer et te remercier.
Nous ne nous sommes pas faits nous-mêmes, et nous n’avons rien, sauf ce que tu nous as donné. Nous sommes dans la finitude ; nous n’avons rien apporté dans notre monde ; nous n’emporterons rien de notre monde. Tu nous as donné la vie que nous avons tant que c’est ta volonté. Nous te remercions d’être et de partager, dans les petites et les grandes choses,  les richesses inépuisables de la vie,. Nous te louons, quand nous éprouvons de la force dans notre corps et dans notre âme. Nous te remercions quand la joie emplit nos cœurs. Nous sommes conscients de ta présence avec gratitude, silencieusement, ou en paroles.

Éveille cette conscience, quand notre vie journalière nous cache ta présence, et que nous oublions combien tu es, toujours et partout, proche de nous, plus proche de nous que tout ce qui est auprès de nous, plus proche de nous, que nous le sommes de nous-mêmes. Ne nous laisse pas nous détourner de ta présence donatrice et créatrice, pour les choses que les dons que tu nous as faits. N’oublions pas le créateur derrière la création. Rends-nous toujours prêts au sacrifice d’action de grâce.

Tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons est à toi. Nous te le consacrons. Reçois nos remerciements quand nous te disons « Merci mon Dieu », pour notre nourriture et avec elle, pour tout ce que nous recevons chaque jour. Garde-nous de la routine et des pures conventions, quand nous osons te parler.

Nous te remercions en revoyant tout ce que notre vie, longue ou brève, nous a permis de rencontrer. Nous te remercions, non seulement pour ce que nous avons aimé et qui nous a donné du plaisir, mais aussi pour ce qui nous a déçu, peiné, et fait souffrir, parce que nous savons maintenant, que cela nous a aidé à réaliser pourquoi nous étions nés. Et si de nouvelles déceptions et de nouvelles souffrances s’emparent de nous, et que les paroles de remerciement meurent sur nos lèvres, rappelle-nous, qu’un jour, nous serons prêts à te remercier pour la route obscure où tu nous as conduit.

Nos paroles de remerciement sont pauvres ; souvent nous ne trouvons pas les mots pour les exprimer. Pendant des jours des mois et des années, nous avons été incapable de te parler, et cela continue. Donnes-nous la force, à ces moments-là, de maintenir nos cœurs ouverts à la surabondance de la vie, et de faire l’expérience ta présence éternelle et immuable dans la gratitude silencieuse. Reçois le sacrifice silencieux de nos cœurs, quand les paroles de reconnaissance se font rares en nous. Accepte notre gratitude silencieuse et garde nos cœurs et nos esprits toujours ouverts pour toi !

Nous te remercions pour tout ce que tu as accordé à cette nation, plus qu’à tout autre! Restons-en reconnaissants afin de surmonter les dangers d’une vie superficielle et d’un cœur vide, qui menacent notre peuple. Préserve-nous de transformer tes dons en cause de préjudices et d’autodestruction. Que la gratitude nous protège de la désagrégation de nos personnes et de notre nation. Tourne-nous vers toi, Dieu éternel, source de notre être ! Amen.

Paul Tillich.

08:37 Écrit par Pasteur J.-M. Demarque dans Ecrits de Paul Tillich | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

Le sens de la joie

Le sens de la joie

Quand le Seigneur a rétabli Sion,
Nous étions comme des gens qui font un rêve.
Alors notre bouche était pleine de rires,
Et notre langue poussait des cris de joie ;
alors on disait parmi les nations ;
Le SEIGNEUR a fait pour eux de grandes choses !
Le SEIGNEUR a fait pour nous de grandes choses ;
Nous-nous réjouissons.
SEIGNEUR, rétablis notre situation,
comme les torrents dans le Néguev !
Ceux qui sèment avec des larmes
moissonneront avec des cris de joie.
Celui qui s’en va en pleurant, quand il porte la semence à répandre,
revient avec des cris de joie, quand il porte ses gerbes.

Psaume 126 (1).

Amen, amen, je vous le dis, vous, vous pleurerez et vous-vous lamenterez, tandis que le monde se réjouira : vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie. La femme, lorsqu’elle accouche, a de la tristesse, parce que son heure est venue, ; mais quand elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus de la détresse, tant elle a de joie qu’un homme soit venu au monde. Ainsi, vous, maintenant, vois éprouvez de la tristesse, mais je vous reverrai, votre cœur se réjouira et personne ne vous enlèvera votre joie.
Jean 16, 20-22.

Je vous ai parlé ainsi pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit complète.
Jean 15, 11.

La Bible abonde d’exhortations à la joie. Les paroles de Paul aux Philippiens : Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; je le répète, réjouissez-vous ! (2), évoquent un élément sans cesse présent dans la religion biblique. Le manque de joie est pour les hommes de l’Ancien et du Nouveau Testament une conséquence de la séparation d’avec Dieu, et la présence de la joie une conséquence de la réunion avec Dieu.

La joie est exigée et elle peut être donnée. Ce n’est pas une chose qu’on a tout simplement. Elle n’est pas facile à atteindre. Elle est, et elle a toujours été, une chose rare et précieuse. Elle a toujours été un problème difficile parmi les Chrétiens. Les Chrétiens sont accusés de détruire la joie de vivre, ce don naturel de toute créature. Le plus grand des adversaires modernes du Christianisme, Frédéric Nietzsche, lui-même fils d’un pasteur protestant, a exprimé son jugement sur Jésus en ces termes : Ses disciples devraient avoir l’air plus rédimé. Nous devrions nous plier à la vigueur percutante de ces paroles, et, nous demander si notre manque de joie tient au fait que nous sommes Chrétiens, ou, au fait que nous ne le sommes pas assez. Peut-être, pouvons-nous nous défendre de façon convaincante d’être des gens qui méprisent la vie, et dont la conduite met en accusation la vie en permanence. Peut-être, pouvons-nous montrer, que c’est une distorsion de la vérité.


Mais soyons honnêtes. Cette critique est-elle sans fondement ? D’innombrables Chrétiens – pasteurs, étudiants en théologie, évangélistes, missionnaires, éducateurs, travailleurs sociaux, pieux et pieuses laïcs, et même leurs enfants de ces parents –  s’enveloppent d’un air pesant et d’une sévérité étouffante, et manquent d’humour et d’ironie à l’égard d’eux-mêmes ? C’est indéniable ! Nos critiques en dehors de l’Église ont raison. Mais, nous pourrions peut-être nous montrer plus critiques qu’eux, avec plus de profondeur.

Comme Chrétiens, nous connaissons nos conflits intérieurs à propos de l’acceptation ou du refus de la joie. Nous-nous défions des dons naturels, qui concourent à la joie, parce que nous nous défions de la nature, tout en confessant, qu’elle est une création divine dont Dieu a dit : C’était très bon !  (3) Nous nous défions des créations de la culture, qui concourent à notre joie, parce que nous-nous défions de la créativité de l’homme, tout en confessant que Dieu lui a commandé de cultiver le jardin de la terre, et qu’il le lui a soumis. Si nous dominons notre défiance et si nous déclarons que nous acceptons les dons de la nature et les créations de la culture, nous le faisons souvent avec mauvaise conscience. Nous savons que nous devrions être libre pour la joie, comme l’a dit Paul: Tout est à vous, mais notre courage n’est pas à la hauteur de notre savoir. Nous n’osons pas assumer notre monde et nous assumer nous-mêmes, et si nous l’osons, en des moments de courage, nous essayons de nous racheter en éprouvant en nous culpabilisant et en nous en punissant ; nous attirons sur nous la critique malicieuse de ceux qui n’ont jamais osé le faire. C’est pourquoi, de nombreux Chrétiens essayent de faire des compromis. Ils s’efforcent de cacher leur sentiment de joie, ou essayent d’éviter les joies trop fortes, pour n’avoir pas à se les reprocher trop rudement. Cette expérience d’élimination de la joie, de la culpabilité à cause de la joie, dans certains milieux Chrétiens, m’a presque conduit à rompre avec le Christianisme. Ce qu’on tient dans ces milieux pour de la joie est insipide, squelettique, délibérément infantile, sans enthousiasme, sans couleur et sans danger, sans élévation et sans profondeur.

Il est indéniable que c’est un état de fait dans beaucoup d’Églises chrétiennes. Mais, maintenant, écoutons une question posée à la fois du côté des Chrétiens et du côté des non-chrétiens. « La joie mentionnée par la Bible, est t-elle complètement différente de la joie qui manque à beaucoup de Chrétiens ? Le Psalmiste, Paul, et le Jésus du Quatrième Évangile,  ne parlent-ils pas d’une joie qui transcende la joie de vivre naturelle ? Ne parlent-ils pas de la joie en Dieu ? Être chrétien n’est-ce pas se décider pour la joie en Dieu au lieu de la joie de vivre ? »

La première, la plus simple des réponses à ces questions, est que la vie est de Dieu, et que Dieu est le fondement  (4) créateur de la vie. Il est infiniment plus que tous les processus de la vie. Mais il est à l’œuvre en tous de façon créatrice. Donc, il n’y a pas nécessairement de conflit entre la joie en Dieu et la joie de vivre. Mais, cette première réponse, aussi joyeuse et magnifique qu’elle est, ne suffit pas, car la « joie de vivre » peut désigner bien des choses.

La joie semble l’opposé de la souffrance. Or nous savons que joie et souffrance peuvent coexister. Ce n’est pas la joie mais le plaisir, l’opposé de la souffrance. Certains croient que la vie humaine est un évitement continuel de la souffrance et une recherche constante du plaisir. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un en qui cela soit vrai. Ce n’est vrai que d’êtres ayant perdu leur humanité ; dans une complète désintégration, ou dans la maladie mentale. L’être humain ordinaire est capable de sacrifier les plaisirs et de prendre sur soi la souffrance pour une cause, pour quelqu’un ou quelque chose, qu’il aime, qu’il juge digne de sa souffrance et de son sacrifice. Il peut ne pas tenir compte à la fois de la souffrance et du plaisir, parce qu’il n’est pas orienté par ses plaisirs, mais par ce qu’il aime et auquel il veut être uni. Si nous désirons quelque chose à cause du plaisir qu’il peut nous procurer, nous pourrons obtenir ce plaisir, mais nous ne trouverons pas la joie. Si nous cherchons quelque chose pour nous éviter la souffrance, nous pourrons éviter la souffrance, mais nous n’éviterons pas la tristesse. Si nous essayons de nous servir d’autrui pour nous protéger de la souffrance, nous pourrons être protégés de la souffrance, mais nous ne serons pas protégés de la tristesse. Le plaisir peut être obtenu et la souffrance peut être évitée, en usant ou en abusant d’autrui. Mais, la joie ne peut-être ainsi obtenue et la tristesse ne peut être vaincue. La joie est seulement possible quand nous sommes attirés par les personnes et par les choses pour ce qu’elles sont, et non pour ce que nous pouvons obtenir d’elles. La joie de notre travail est gâtée, quand nous l’accomplissons, non pour ce qu’il accomplit mais pour le plaisir qu’il peut nous procurer, ou pour la souffrance qu’il nous permet d’éviter. Le plaisir de l’expérience de la beauté et de la vérité sont gâtées, quand nous ne nous réjouissons pas de la vérité et la beauté, mais du fait que nous, nous en obtenons de la jouissance.

Le pouvoir ne donne de la joie, qu’affranchi du plaisir d’avoir du pouvoir, et s’il est le moyen de créer quelque chose de valable. Les relations amoureuses, spécialement les relations entre les sexes, demeurent sans joie, si nous-nous Cette menace pèse sur toutes les relations humaines. Nous ne sommes mis en garde par une contrainte extérieure contre certaines formes de ces relations, mais par la sagesse issue des expériences passées, qui nous enseigne que certaines expériences peuvent procurer du plaisir sans donner de la joie. Elles ne donnent pas la joie parce qu’elles n’accomplissent pas ce que nous sommes, et ce que nous recherchons. Toute relation humaine est sans joie, quand l’autre n’est pas recherché pour ce qu’il est, mais pour le plaisir qu’il peut nous procurer, ou pour la protection qu’il peut nous assurer contre la souffrance.

La recherche du plaisir pour le plaisir évite la réalité, celle des autres et la nôtre. Mais, seul l’accomplissement de ce que nous sommes réellement peut nous procurer la joie. La joie n’est rien d’autre que la conscience de l’accomplissement de notre être véritable, dans le centre de notre personne. Cet accomplissement n’est possible que si nous-nous unissons à ce que sont les autres réellement. C’est la réalité qui donne la joie, et elle seulement. La Bible parle souvent de la joie, parce qu’elle est le plus réaliste de tous les livres. Réjouissez-vous ! Cela signifie. « Passez de ce qui vous semble réel, à ce qui est réellement réel ! » Le pur plaisir, en nous et chez les autres, reste dans le domaine des illusions sur la réalité. La joie naît de l’union avec la réalité elle-même.

L’une des racines du besoin de plaisir est le sentiment de la vacuité et la souffrance de l’ennui qui en découle. La « vacuité » est un manque de relation avec les choses, les personnes et les significations: c’est même un manque de relation avec soi-même. C’est pourquoi, nous essayons de nous fuir et de fuir notre solitude, mais, nous n’atteignons pas ainsi, dans une relation authentique, les autres et leur monde. Aussi, nous-nous servons d’eux, pour ce genre de plaisir qu’on appelle « l’amusement. ». Mais, ce n’est pas l’amusement inventif souvent lié au jeu, mais une façon frivole, avide, folle, de « s’amuser». Ce n’est pas hasard, que ce genre d’amusement peut être facilement commercialisé ; il repose sur des réactions prévisibles, sans passion, sans risque, sans amour. C’est le plus dangereux, de tous les dangers qui menacent notre civilisation. Le désir d’échapper à la vacuité en s’ « amusant » rend la joie impossible.

Réjouissez-vous ! Cette exhortation biblique est plus utile à ceux qui s’ « amusent » beaucoup et y trouve beaucoup de « plaisir », qu’à ceux qui éprouvent peu de plaisir et beaucoup de souffrance. Car il est souvent plus aisé d’unir la souffrance avec la joie, que d’unir l’« amusement » avec la joie.

Le commandement biblique de se réjouir interdit-il le plaisir ? La joie et le plaisir s’excluent-ils mutuellement ? D’aucune manière ! L’accomplissement du centre de notre être n’exclut aucunement accomplissements partiels, à la périphérie. Nous devons l’affirmer avec autant d’insistance que lorsque nous avons opposé la joie et le plaisir. Non seulement, nous devons combattre ceux qui recherchent le plaisir pour le plaisir, mais aussi ceux qui rejettent le plaisir parce c’est du plaisir. L’homme se réjouit de manger et de boire au-delà de ses besoins physiologiques. C’est la manifestation partielle et répétée de son désir de vivre ; c’est pourquoi, c’est un plaisir, et il peut donner la joie de vivre. L’homme se réjouit de la danse du jeu et du jeu, de la beauté de la nature et des transports amoureux ; ils réalisent certains des désirs les plus forts de la vie ; c’est pourquoi ce sont des plaisirs, qui donnent la joie de vivre. L’homme se réjouit de son pouvoir de connaître et de son attirance pour l’art ; ils réalisent certaines des plus hautes aspirations de la vie ; c’est pourquoi ce sont des plaisirs qui donnent la joie de vivre. L’homme se réjouit de la communauté humaine, de la famille, de l’amitié, de son milieu social ; ils réalisent certaines des aspirations fondamentales de la vie ; c’est pourquoi, ce sont des plaisirs, qui donnent la joie de vivre.

Cependant toutes ces relations soulèvent la question : Notre façon d’éprouver ces plaisirs est-elle juste ou fausse ? Les recherchons-nous pour le plaisir qu’elles nous donnent, ou parce que nous désirons que l’amour nous unisse à tout ce auquel nous appartenons ? Nous ne le savons jamais avec certitude. Comme ceux qui au cours de l’histoire du Christianisme en ont éprouvé de l’angoisse, beaucoup préfèrent renoncer aux plaisirs, en dépit du fait que Dieu les a créé bons. Ils cachent leur angoisse sous des interdits parentaux, sociaux, ou ecclésiastiques, et ils disent que ces interdits sont des commandements de Dieu. Ils justifient leur peur d’affirmer la joie de vivre, en en appelant à leur conscience, qu’ils estiment être la voix de Dieu, ou à leur besoin de discipline, de maîtrise de soi et de désintéressement, qu’ils appellent une « imitation du Christ ». Pourtant, à la différence de Jean-Baptiste, Jésus a été traité de glouton et de buveur par ses détracteurs (5) . Malgré tout, dans ces mises en garde contre les plaisirs, il y a un mélange de vérité et de non-vérité. Dans la mesure où elles renforcent notre responsabilité,  elles sont vraies ; dans la mesure où elles minent notre joie, elles sont fausses. Permettez-moi d’indiquer un autre critère d’acception, ou de rejet, des plaisirs : celui que donne notre texte. Sont bons, les plaisirs qui vont de pair avec la joie ; sont mauvais, ceux qui interdisent la joie. À la lumière de cette norme, nous devrions oser prendre le risque d’assumer les plaisirs, même s’il est prouvé que ce risque a été une erreur. Il n’est pas plus Chrétien de rejeter les plaisirs, que de les accepter. N’oublions pas que leur rejet implique un rejet de la création, ou, comme le nommaient les Pères de l’Église : un blasphème contre le Dieu créateur. Chaque Chrétien devrait savoir ce que dont beaucoup de non-chrétiens sont vivement conscients : la répression de la joie de vivre engendre une haine de la vie, dissimulée ou effective qui peut mener à l’autodestruction, comme le montrent beaucoup de maladies physiques et mentales.

La joie est plus que le plaisir, et elle est plus que le bonheur. Le bonheur est un état d’esprit, qui dure plus ou moins longtemps, et qui dépend de beaucoup de conditions extérieures et intérieures. Les Anciens estimaient que c’est un don que les dieux accordent et reprenent. La « poursuite du bonheur » est un droit humain fondamental dans la Constitution américaine. Le plus grand bonheur du plus grand nombre est le but de l’activité humaine, selon l’Économie. Les contes de fées disent : Ils vécurent heureux et longtemps. Le bonheur peut supporter beaucoup de souffrances et le manque de plaisir. Mais le bonheur ne peut supporter le manque de joie. Car la joie est l’expression de notre accomplissement central essentiel. Aucun accomplissement périphérique, ni aucune condition favorable, ne peuvent remplacer l’accomplissement central. Une grande joie peut transformer le malheur en bonheur, même dans une situation misérable. Qu’est-ce, alors, que la joie ?

Demandons-nous, d’abord, à quoi elle s’oppose. C’est à la tristesse. La tristesse est le sentiment d’être dépossédé de notre accomplissement central, parce que nous sommes privés de quelque chose qui nous appartient, et qui est nécessaire à notre accomplissement. Nous pouvons être privés de parents et d’amis proches, d’un travail créateur, du soutien d’une communauté enrichissante pour notre vie, d’un foyer, de l’honneur, de l’amour, de la santé mentale ou physique, de l’unité personnelle, ou de bonne conscience. Tout cela provoque de la tristesse, sous toutes ses formes : la tristesse du chagrin, la tristesse de la dépression, la tristesse du dénigrement de soi. Mais, c’est précisément dans ce genre de situation, que Jésus dit à ses disciples, que leur joie est en eux et qu’elle sera parfaite. Paul rappelle, que si la tristesse peut être la tristesse du monde, qui produit la mort  (6) et l’extrême désespoir ; elle peut être aussi la tristesse selon Dieu, qui conduit à une transformation et la joie. La joie a quelque chose au-delà de la joie et de la tristesse ; c’est ce qu’on appelle : félicité (7).

La félicité est dans la joie l’élément éternel, qui lui permet d’intégrer, quand elle surgit, la tristesse et de la prendre sur soi. Dans les Béatitudes, Jésus déclare « heureux » : les pauvres, ceux qui pleurent, ceux qui ont faim et soif, ceux qui sont persécutés. Il leur dit : Réjouissez-vous et soyez transportés d’allégresse !  (8) La joie dans la tristesse est possible à ceux qui sont « heureux  (9) », à ceux dont la joie à la dimension de l’éternel.

Il faut répondre encore à ceux qui critiquent le Christianisme parce qu’il détruirait la joie de vivre. Considérant les Béatitudes, ils disent que le Christianisme mine la joie de la vie présente, en annonçant et en préparant une autre vie. Ils dénoncent la promesse de la félicité, comme une forme subtile de report de la recherche du plaisir dans une vie future. À nouveau, reconnaissons, que de nombreux Chrétiens repoussent la joie à après la mort, et que, certains versets de la Bible apportent cette réponse. Néanmoins, c’est faux ! Jésus a donné maintenant sa joie à ses disciples. Ceux-ci la trouvent après son départ, ce qui signifie, dans cette vie. Paul demande aux Philippiens d’être joyeux maintenant. Comment pourrait-il en être autrement, puisque la félicité est l’expression de l’accomplissement éternel de Dieu. Heureux ceux qui participent, ici et maintenant, à cet accomplissement. Certes, cet accomplissement éternel ne doit pas être considéré seulement comme la présence de l’éternité mais aussi comme le futur de l’éternité. Si on ne voit pas cela dans le présent, on ne le voit pas du tout.

La joie, qui en elle a la profondeur de la félicité, est prescrite et promise dans la Bible. Elle maintient en elle la tristesse, son opposé. Elle donne un fondement au bonheur et au plaisir. Elle est présente à tous les niveaux du désir d’accomplissement de l’homme. Elle les sanctifie et elle les oriente. Elle ne les diminue pas, et elle ne les affaiblit pas. Elle n’écarte pas de la joie de vivre les risques et les dangers. Elle rend possible la joie de vivre dans le plaisir et la souffrance, dans le bonheur et le malheur, dans l’enthousiasme et la douleur. Là où est la joie. La finalité de la vie, le sens de la création, et le but du salut, se réalisent dans l’accomplissement et dans la joie.
Paul Tillich

08:31 Écrit par Pasteur J.-M. Demarque dans Ecrits de Paul Tillich | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

La profondeur de l'existence

LA PROFONDEUR DE L’EXISTENCE


C’est à nous que Dieu l’a révélé par l’Esprit. Car l’Esprit sonde tout, même les profondeurs de Dieu.

1 Corinthiens 2, 10

Depuis les profondeurs, je t’invoque SEIGNEUR !
Psaume 130, 1.

Concentrons notre attention sur un seul verset de la lettre de Paul aux Corinthiens : l’Esprit sonde tout, même les profondeurs de Dieu. Et résumons ce verset avec le mot : « profondeur ». sujet de notre méditation.

Concentrons-nous aussi sur un seul verset du Psaume 130 : Depuis les profondeurs, je t’invoque SEIGNEUR, et résumons-le avec le mot « profondeur », sujet de notre méditation.

Les mots « profond » et « profondeur » s’emploient dans la vie quotidienne, en poésie, en philosophie, dans la Bible, et dans beaucoup d’autres documents religieux, pour désigner une attitude spirituelle, bien que ces mots eux-mêmes soient empruntés à l’expérience de l’espace. La profondeur est une dimension de l’espace, et, pourtant, elle est en même temps le symbole d’une qualité spirituelle. Nombre de nos symboles religieux ont ce caractère qui nous rappelle notre finitude et notre asservissement aux choses visibles. Nous sommes et nous restons des êtres liés à leur sens (1),  même quand nous-nous occupons de choses spirituelles. Il y a, d’autre part, une grande sagesse dans notre langage. Il intègre d’innombrables expériences du passé. Ce n’est pas au hasard, que nous employions certains symboles tirés du domaine des choses visibles, plutôt que d’autres, C’est pourquoi, il est souvent utile de chercher la raison des choix collectifs des générations précédentes. Cela peut avoir pour nous une signification ultime de découvrir ce qu’implique pour nous l’emploi de mots comme « profond », « profondeur » et « abyssal (2) ». Cela peut nous donner l’impulsion de rechercher de notre propre profondeur.

« Profond »,  au sens spirituel, a deux significations, soit il s’oppose à « superficiel », soit à « élevé (3) ». La vérité est profonde et non pas superficielle ; la souffrance est profonde, et non pas « élevée ». La lumière de la vérité et les ténèbres de la souffrance sont toutes deux profondes. Il y a une profondeur en Dieu, et il y a une profondeur d’où le psalmiste crie vers Dieu. Pourquoi la vérité est-elle profonde ? Pourquoi la souffrance est-elle profonde ? Pourquoi emploie t-on le même symbole spatial pour les deux expériences ? Ces questions guideront notre méditation.

Toutes les choses visibles ont une surface. La surface est le côté des choses qui nous apparaît en premier. Si nous le regardons, nous savons ce que semblent être les choses. Mais, si nous agissons d’après ce que les choses et les personnes semblent être, nous sommes déçus. Nos attentes sont frustrées. Alors, nous essayons de pénétrer sous la surface des choses afin d’apprendre ce que les choses sont réellement. Pourquoi les hommes ont-ils toujours cherché la vérité ? Parce que la surface les décevait, et qu’ils ont appris, que la vérité qui ne déçoit pas, réside sous la surface, dans la profondeur. C’est pourquoi, les hommes ont creusé niveaux après niveaux. Ce qui leur semblait vrai un jour, ils le trouvaient superficiel le lendemain. Quand nous rencontrons une personne, elle nous fait une certaine impression,  souvent nous réagissons en fonction de cette impression, et nous sommes déçus par son comportement effectif. Nous pénétrons un niveau plus profond de son caractère, et, pour quelque temps, nous sommes moins déçus. Mais, vite, cette personne peut faire quelque chose de contraire à nos attentes ; nous réalisons alors, que ce que nous connaissons d’elle est encore superficiel. À nouveau, nous creusons plus profondément dans son être véritable.

La Science s’est développée de cette manière. La science met en question les affirmations ordinaires qui semblent vraies aux yeux de tous, des profanes comme des savants. Vient un génie, qui interroge les bases de ces affirmations admises ; quand il a prouvé qu’elles ne sont pas vraies, un tremblement de terre intervient dans la profondeur. Un tremblement de terre de ce genre s’est produit quand Copernic a mis en question qu’on puisse fonder l’astronomie sur les impressions des sens, et quand Einstein a cherché d’il existait un point absolu, à partir duquel le mouvement de toute chose deviendrait visible. Un tremblement de terre s’est produit, quand Marx a mis en question l’existence d’une histoire intellectuelle et morale indépendante de ses bases économiques et sociales. Un tremblement de terre très violent s’est produit quand les premiers philosophes (4)  mirent en question le sens de l’être-même, considéré de mémoire d’homme comme une évidence. Quand on a pris conscience du fait étonnant, que sous tous les faits, il y a quelque chose et non pas rien, la pensée a atteint un niveau de profondeur insurpassable.

À la lumière de ces pas importants et audacieux vers les choses profondes de notre monde, nous devrions nous interroger sur nous-mêmes et sur les opinions, qui nous paraissent aller de soi. Et nous verrions en tout cela ce qu’il y a de préjugés découlant de nos préférences individuelles et à notre milieu social. Nous devrions être scandalisés par la découverte que peux de choses dans notre univers spirituel se trouvent au-dessous de la surface, et combien peux résisteraient à un coup de vent. Il se produit quelque chose de terriblement tragique à toutes les périodes de la vie spirituelle de l’humanité : les vérités profondes et fortes, que les plus grands génies ont découvertes au travers de souffrances profondes et d’un travail incroyable, deviennent les banalités superficielles des discussions de tous les jours. Comment cela est-il possible ? Comment se peut-il, qu’une telle tragédie se produise? Elle se produit et se reproduira inévitablement, parce qu’il ne peut y avoir de profondeur sans chemin vers la profondeur. La vérité, sans chemin vers la vérité, est morte ; on peut encore s’y référer, mais elle n’apporte de contribution qu’à la surface des choses. Voyez cet étudiant, qui connaît le contenu des cent livres les plus important sur l’histoire mondiale, et, cependant, sa vie spirituelle demeure aussi superficielle qu’auparavant, et, peut-être, l’est-elle devenue encore plus. Puis, voyez cet ouvrier sans instruction, qui accomplit jour après jour une tâche machinale, et qui se demande soudain: Qu’est ce que ça veut dire, que je fasse ce travail? Qu’est ce que ça veut dire dans ma vie ? Quel est le sens de ma vie ? Parce qu’il pose ces questions, cet homme est sur la voie de la profondeur, alors que l’autre, l’étudiant en histoire, demeure à la surface parmi les corps pétrifiés exhumés des profondeurs par un tremblement de terre spirituel passé. Le simple ouvrier peut comprendre la vérité, même s’il ne parvient pas à répondre à ses questions ; l’étudiant instruit peut ne posséder aucune vérité, même s’il connaît toutes les vérités du passé.

La profondeur de la pensée fait partie de la profondeur de la vie. Une grande part de notre vie se déroule à la surface. Nous sommes les esclaves des routines de la vie quotidienne, de notre travail et de nos plaisirs, de nos occupations et de nos distractions. Nous sommes dominés par des hasards innombrables, à la fois bons et mauvais. Nous sommes menés par les choses beaucoup plus que nous ne les menons. Nous n’arrêtons pas de regarder les sommets au-dessus de nous, ou les profondeurs au-dessous de nous. Nous allons toujours de l’avant, bien que nous tournions en rond, et revenions finalement à notre point de départ. Nous sommes constamment en mouvement, et nous ne nous arrêtons jamais pour plonger dans la profondeur. Nous parlons beaucoup, et nous n’écoutons jamais les voix, qui parlent des profondeurs à notre profondeur. Nous-nous acceptons tels que nous estimons être, sans nous soucier de ce que nous sommes réellement. Comme des chauffards roulant à toute vitesse, nous blessons nos âmes, et nous les abandonnons seules et meurtries au bord de la route. Nous passons à côté de notre profondeur et de notre vie véritable. Quand l’image que nous-nous-nous sommes faites de nous-mêmes se brise complètement ; quand nous découvrons que nous avons agi à l’encontre de toutes nos attentes ; quand un tremblement de terre ébranle et bouleverse la superficialité de notre connaissance de soi, alors, et alors seulement, nous acceptons de voir un niveau plus profond de notre être.

La sagesse des nations de tous les temps, parle de la voie de la profondeur. Elle la décrit d’innombrables manières. Tous ceux qu’elle a préoccupé – mystiques et prêtres, poètes et philosophes, ignorants et savants – ont témoigné dans leurs confessions, leurs prières ou leurs contemplations d’une même expérience. Ils ont découvert, qu’ils n’étaient pas ce qu’ils croyaient être, même après l’apparition d’un niveau plus profond après que la surface est évanouie. Ce niveau plus profond devient lui-même superficiel, après la découverte d’un niveau plus profond, et cela se reproduit sans cesse au cours d’une vie, tant qu’on se tient sur la voie de leur profondeur.

Aujourd’hui, une forme nouvelle de cette méthode est devenue célèbre, sous le nom de « psychologie des profondeurs ». Elle conduit de la surface de la connaissance de soi aux niveaux où sont enregistrées ce que nous ignorons à la surface de notre conscience. Elle nous montre des traits de caractère qui contredisent tout ce que nous croyons savoir sur nous-mêmes. Elle peut nous aider à trouver le chemin de notre profondeur, mais elle ne peut pas nous aider de façon ultime, parce qu’elle ne peut pas nous guider jusqu’au fondement (5)  le plus profond de notre être, et de tout être, la profondeur même de la vie.

Le nom de cette profondeur et de ce fondement infini et inexhaustible est Dieu. Cette profondeur est ce que le mot Dieu signifie. Si ce mot n’a pas grand sens pour vous, traduisez-le, et parlez des profondeurs de votre vie, de la source de votre être, de ce qui vous préoccupe de façon ultime, de ce que vous prenez au sérieux sans restriction. À cette fin, vous devrez, peut-être, oublier tout ce que traditionnellement vous avez appris sur Dieu, et jusqu’au mot lui-même. Mais, si vous savez que « Dieu » signifie « profondeur », vous en savez déjà beaucoup sur lui. Vous ne pouvez pas vous déclarer athée ou incroyant. Vous ne pouvez pas dire : La vie n’a pas de profondeur ! La vie est superficielle. L’être-même n’est que surface. Si vous pouvez le dire cela avec le plus grand sérieux, vous êtes « athée ; sinon vous ne l’êtes pas. Celui qui connaît la profondeur connaît Dieu.

Nous avons considéré la profondeur du monde et la profondeur de nos âmes. Mais, nous ne sommes au monde qu’au sein d’une société humaine. Nous ne pouvons découvrir nos âmes que dans le miroir de ceux qui nous voient. La vie n’a pas de profondeur sans la profondeur de la vie en communauté. Nous vivons habituellement dans l’histoire aussi superficiellement que nous vivons en tant qu’individus. Nous comprenons notre existence historique telle qu’elle nous apparaît, et non pas telle qu’elle est en réalité. Les courants de l’actualité, les vagues de la propagande, les marées des conventions et de la recherche du sensationnel, occupent nos esprits. Le bruit de ces averses nous empêche d’écouter ce qui retentit dans les profondeurs, ce qui se produit réellement dans le fondement des structures de la société, dans les aspirations du cœur des masses, dans l’esprit militant de ceux qui sont sensibles aux changements de l’histoire. Nos oreilles sont aussi sourdes aux cris venus des profondeurs de la vie sociale, qu’elles le sont aux cris des profondeurs de nos âmes. Nous laissons seul sans entendre leurs cris dans le brouhaha de la vie quotidienne, les victimes blessées de notre système social, après les avoirs meurtris ; aussi seules que nos propres âmes blessées. Nous croyions que nous vivions une époque de progrès inéluctable pour la condition humaine. Mais, dans les profondeurs de la structure de la communauté, les forces de destructions avaient déjà rassemblé leurs efforts. Il avait semblé que la raison humaine dominait la nature et l’histoire. Mais, ce n’était qu’en surface ; dans la profondeur de notre vie en communauté, la révolte contre la surface avait déjà commencé. Nous avions fabriqué les instruments et les moyens les meilleurs et les plus parfaits pour la vie de l’homme. Mais, dans les profondeurs, ils étaient déjà changés en instruments et en moyens d’autodestruction. Il y a quelques décennies, certains esprits prophétiques ont regardé dans la profondeur. Des peintres ont brisé l’apparence de l’homme et de la nature pour exprimer leur sentiment d’une catastrophe imminente. Des poètes ont usé de mots, et de rythmes étranges et violents, pour éclairer le contraste entre ce qui semble être et ce qui est réellement. Une sociologie des profondeurs est apparue, à côté de la psychologie des profondeurs. Mais, c’est seulement, maintenant, au cours de cette décennie où est intervenu le plus terrible tremblement de terre de tous les temps, qui ait secoué toute l’humanité, que les yeux des nations se sont ouvert sur les profondeurs au-dessous d’elles, et sur la vérité de leur existence historique. Il y a encore des gens, même hauts placés, qui se détournent de cette profondeur et qui souhaitent rester à la surface disloquée, comme si de rien n’était. Mais, nous savons, que la profondeur de ce qui s’est produit, ne se contentera pas de rester au niveau que nous avons atteint. Ce serait désespérer de soi et se mépriser !

Plongeons plus à fond dans le fondement de notre vie historique, dans le fondement ultime de l’histoire. Le nom du fondement infini et inexhaustible de l’histoire est Dieu. C’est ce signifie ce nom, et c’est aussi ce que signifient les mots Royaume de Dieu et Providence divine. Si ces mots n’ont plus grand sens pour vous, traduisez-les, et parlez de la profondeur de l’histoire, du fondement et du but de la vie sociale, de ce que vous prenez au sérieux sans restriction dans votre action politique et morale. Vous pourrez peut-être nommer cette profondeur : espérance, tout simplement espérance. Si vous trouvez l’espérance dans le fondement de l’histoire, vous êtes unis aux grands prophètes, qui furent capables de regarder en face la profondeur de leur temps. Ils essayèrent d’éviter la catastrophe, car ils ne pouvaient pas soutenir l’horreur de leurs visions ; cependant, ils eurent la force de voir un niveau plus profond et d’y trouver l’espérance. Leur espérance ne les pas confondu. L’espérance ne nous confondra pas, si nous ne la cherchons pas à la surface, où les fous cultivent leurs vains espoirs, mais dans la profondeur, où les cœurs frémissants et contrits reçoivent la force d’une espérance, qui est vérité.


Ces derniers mots nous conduiront à l’autre signification des mots « profonds » et « profondeur », à la fois dans le langage profane et dans le langage religieux : à la profondeur de la souffrance, qui est la porte, la seule porte de la profondeur de la vérité. Vraiment, il est facile de vivre à la surface tant qu’elle n’est pas ébranlée. Il est douloureux de s’en détacher, et de descendre vers un fondement inconnu. La formidable résistance que tout être humain oppose à cet acte, et les nombreux prétextes qu’il invente, pour éviter la route des profondeurs, sont très naturels. La souffrance qu’on éprouve à la vue de ses propres profondeurs est trop forte à beaucoup de gens. Ils préfèrent plutôt revenir à la surface ébranlée et dévastée de leur vie et de leurs pensées antérieures. Il en va de même des milieux sociaux, qui créent toutes sortes d’idéologies et de rationalisations, pour résister à ceux qui veulent les conduire sur la voie de la profondeur de leur existence sociale. Ils préfèrent colmater les fissures de la surface avec de petits expédients, plutôt que creuser dans la profondeur. Les prophètes de tous les temps peuvent nous parler de la résistance haineuse que rencontraient leurs tentatives courageuses de dévoiler les profondeurs de l’injustice et de l’espérance dans la société de leur temps. Qui peut réellement supporter la profondeur ultime, le feu dévorant au fondement de tout être, sans dire avec le prophète : Quel malheur pour moi ! Je suis perdu… et mes yeux ont vu le SEIGNEUR des Armées.  (6)

Nos tentatives pour éviter le chemin conduisant à cette profondeur de la souffrance, et les prétextes que nous utilisons pour l’éviter sont toute naturelle. La méthode la plus superficielle de toutes, consiste à affirmer que les choses profondes sont trop complexes et  trop incompréhensibles pour les esprits inéduqués. Pourtant, la marque de la profondeur réelle est sa simplicité. Si vous dites : C’est trop profond pour moi, je n’y comprends rien. Vous-vous trompez vous-mêmes. Car vous devriez savoir, que rien de réellement important n’est trop profond pour personne La vérité n’est pas trop profonde ; elle est plutôt inconfortable ; c’est pourquoi on fuit la vérité. Ne confondons pas les choses complexes avec les choses profondes de la vie. Les choses complexes ne nous concernent pas de façon ultime ; il est sans importance que nous les comprenions, ou non. Mais les choses profondes doivent nous concerner toujours, parce qu’elles nous concernent infiniment, qu’elles nous saisissent, ou non.

Un fait plus sérieux peut-être présenté comme excuse, par ceux qui veulent éviter le chemin de la profondeur. Dans le langage religieux, le mot profondeur désigne souvent le séjour des forces du mal, des puissances démoniques (7) de la mort et de l’enfer. Le chemin des profondeurs n’est-il pas contrôlé par ces forces ? Ne sont-elles pas les éléments destructeurs et morbides de la pulsion de mort ? Lorsqu’un de mes amis Américains exprimait devant un groupe de réfugiés allemands son admiration pour la profondeur germanique, nous-nous sommes demandés si nous pouvions admettre cet éloge. Cette profondeur n’a t-elle pas été le terrain où surgirent les forces les plus démoniques de l’histoire moderne ? Cette profondeur n’était-elle pas une profondeur morbide et destructrice ? Permettez-moi de répondre à ces questions avec un mythe antique magnifique. Quand l’âme quitte le corps, elle doit traverser plusieurs sphères dominées par les forces démoniques ; seule l’âme connaissant la parole juste et efficace peut poursuivre son chemin vers la profondeur ultime du fondement divin. Aucune âme ne peut éviter cette épreuve. Il suffit de considérer les luttes des saints, des prophètes, des réformateurs et des grands créateurs dans tous les domaine, pour qu’apparaisse la vérité de ce mythe. Chacun doit affronter les profondeurs de la vie. Que ce soit dangereux n’est pas une excuse. Le danger doit être vaincu par la connaissance de la parole libératrice. Le peuple allemand, et beaucoup de peuples parmi les nations, ne connaissaient pas la parole ; c’est pourquoi, manquant de la profondeur salutaire ultime, ils ont été rattrapés par les forces malfaisantes de la profondeur.

Aucune excuse ne permet d’éviter la profondeur de la vérité, dont la seule voie se trouve dans la profondeur de la souffrance. Que la souffrance vienne de l’extérieur, et qu’on la prenne sur soi comme la voie de la profondeur ; qu’on la choisisse, volontairement, comme la seule voie menant aux choses profondes ; qu’elle soit la voie de l’humilité, ou la voie de la révolution ; que la « croix » soit intérieure, ou qu’elle soit extérieure ; cette voie mène à l’opposé des chemins que nous préférions suivre auparavant. C’est pourquoi, Ésaïe loue Israël, serviteur de Dieu dans de profondes souffrances. C’est pourquoi, Jésus déclare « bénis », ceux qui pleurent, qui sont persécutés, qui éprouvent la faim et la soif dans leur corps et dans leur esprit ; c’est pourquoi, il nous demande de perdre notre vie pour trouver notre vie. C’est pourquoi, deux grands révolutionnaires, Thomas Müntzer, au seizième siècle, et Karl Marx, au dix-neuvième siècle, ont parlé en termes semblables de la vocation de ceux qui se trouvent aux marges de l’humanité – dans le vide le plus profond, dit Münzer, dans l’inhumanité la plus profonde, dit Marx - ce prolétariat, qu’ils pensaient être porteur du salut à venir.    

Il en va de notre vie, comme de notre pensée: Tout semble y être mis sens dessus dessous. On a souvent accusé à la Religion, et le Christianisme d’êtres irrationnels et paradoxaux. C’est clair, qu’on leur a associé nombre d’inepties, de superstitions et de fanatismes. Le commandement de sacrifier sa raison est plus démonique que divin. L’homme cesse d’être humain, quand il rejette la raison. Mais la profondeur du sacrifice, de la souffrance et de la Croix est demandée à la pensée. Tout pas avancé sur la voie de la profondeur de la pensée rompt avec la surface des pensées précédentes. Quand cette rupture a eu lieu, chez Paul, Augustin et Luther, ceux-ci ont ressenti une souffrance extrême, qu’ils ont éprouvé comme une mort et comme un enfer. Mais, ils ont accepté cette souffrance comme la voie menant aux profondeurs de Dieu, comme la voie de la spiritualité, comme la voie de la vérité. Ils ont énoncé en langage spirituel la vérité, qu’ils entrevoyaient, autrement dit, en des termes opposés à ceux des raisonnements de surface, mais en harmonie avec la profondeur de la raison, qui est divine. Le langage paradoxal de la religion révèle que la voie de la vérité est la voie de la profondeur, et, par conséquent, la voie de la souffrance et du sacrifice. Seul celui qui désire suivre ce chemin peut comprendre les paradoxes de la religion.

La dernière chose que je veux dire au sujet du chemin de la profondeur concerne l’un de ces paradoxes. La fin du chemin est la joie. La joie est plus profonde que la souffrance. Elle est ultime. Permettez-moi d’exprimer ce point avec les mots d’un homme qui a cherché passionnément la profondeur, mais dont les forces destructrices se sont emparées, car il ignorait la parole qui permet de les vaincre. Frédéric Nietzsche écrit : Le monde est profond, plus profond qu’aucun ne peut le dire. Son malheur est profond. La joie est plus profonde encore que le chagrin. Le malheur dit : va t-en ! Mais, la joie veut toute l’éternité. Elle veut profondément l’éternité abyssale.

La joie éternelle est la fin des voies de Dieu. Le message de toutes les religions est que le Royaume de Dieu est paix et joie. C’est aussi le message du Christianisme. Mais, on ne parvient pas à la joie éternelle en vivant à la surface. On n’y parvient qu’en traversant la surface, en pénétrant profondément dans les choses profondes de notre vie, de notre monde, et de Dieu. Le moment où atteignons la profondeur dernière de nos vies est le moment où nous pouvons avoir l’expérience de la joie qui contient l’éternité, de l’espérance indestructible, et de la vérité sur laquelle la vie et la mort sont bâties. Car, dans la profondeur est la vérité, dans la profondeur est l’espérance, et dans la profondeur est la joie.

Paul Tillich

08:30 Écrit par Pasteur J.-M. Demarque dans Ecrits de Paul Tillich | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

12.05.2007

prédication du 6 mai 2007

EVANGILE         Jean 13/31-35

31  Le jour de la Cène, après que Judas fut sorti, Jésus dit:

       "Maintenant apparaît la gloire du Fils de l'homme

et la gloire de Dieu apparaît en lui.

32      Et si la gloire de Dieu apparaît en lui,

Dieu aussi fera apparaître en lui-même la gloire du Fils, et il le fera bientôt.

33      Mes enfants, je ne suis avec vous que pour peu de temps encore.

Vous me chercherez, mais je vous dis maintenant ce que j'ai dit aux juifs:

vous ne pouvez aller là où je vais.

34  Je vous donne un commandement nouveau: Aimez-vous les uns les autres.

       Il faut que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés.

35  Si vous vous aimez les uns les autres,

alors tous sauront que vous êtes mes disciples.

 

PREDICATION

 

Les gens qui pratiquent un sport, ceux qui appartiennent à un groupe, à une association, aiment à afficher sur eux ou sur leur véhicule leur appartenance. C’est en quelque sorte un façon de se distinguer, un moyen de s’affirmer, d’afficher ses choix et ses convictions…

Ainsi, dans la vie courante, dans le trafic routier, on repère facilement un ami des chiens ou des chevaux, un supporter d’un club de football, un sympathisant d’un parti politique.

Les chrétiens n’échappent pas à cette mode :  étant gamin, je me souviens avoir vu nombre de voitures qui portaient un autocollant bleu avec une croix blanche marquée d’un SOS. C’étaient des catholiques qui demandaient, en cas d’accident grave, l’assistance d’un prêtre. Aujourd’hui, certains protestants affichent une croix huguenote, d’autres, protestants et catholiques confondus arborent un poisson, nu, ou avec une croix, ou encore marqué d’un mot ou d’une phrase du style « j’aime Jésus ».

Après tout, pourquoi pas ? C’est aussi une forme de retour aux sources puisque le mot « poisson », en grec, recèle l’anagramme d’une confession de foi et fut utilisé comme signe de reconnaissance par les premiers chrétiens. Se distinguer ou s’affirmer comme chrétien, c’est aussi une manière de dire sa foi, de la proclamer. Du reste, lors de ses adieux à ses disciples, Jésus les invite clairement à s’affirmer de manière à ce que le monde sache qu’ils sont ses disciples. Et il leur donne un signe de reconnaissance, pas n’importe lequel : celui de s’aimer les uns les autres de la même manière que lui, le Christ les a aimés.

 

On connaît ces paroles, on en a fait des cantiques. Mais quel sens leur donne-t-on vraiment ? Quels sentiments, quelles véritables attitudes suscitent-elles en nous ?

 

Dans l’Evangile, Jésus parle beaucoup d’amour : il en fait même le commandement essentiel : « tu aimeras ton prochain comme toi-même ».  Ici, au moment de ses adieux à ses disciples, il leur donne un commandement particulier : celui de s’aimer entre eux comme lui les a aimés. C’est différent au niveau de l’objectif, comme à celui de l’imitation, ce fameux « comme » qui apparaît souvent et qui doit toujours susciter notre attention.

 

C’est un commandement essentiel, un appel à une vraie fraternité, à une unité vécue, une sorte d’écho à d’autres paroles que Jésus prononce dans le même évangile de Jean, lors de sa grande prière où il supplie son Père pour que ses disciples soient Un, afin que le monde croie.

 

Hélas, c’est aussi le premier commandement qui sera violé, dès les premiers temps de l’Eglise où déjà surgiront des divergences qui se traduiront très vite en divisions. Les judéo-chrétiens se querelleront très tôt sur des questions de circoncision ou de viandes sacrifiées aux idoles. Paul aura fort à faire pour tenter d’éviter ces divergences, et il aura bien du mal de faire passer chez les hellénistes l’idée d’une solidarité matérielle avec les chrétiens de Jérusalem.

Par la suite, dans l’histoire de l’église, de grands schismes se produiront : celui de 1054 avec la séparation de l’église orientale, celui de 1517 avec la Réforme.

 

D’autres surgiront aussi au sein même des grandes familles ecclésiastiques : L’Eglise orthodoxe compte aujourd’hui plusieurs patriarcats qui s’opposent parfois violemment, dans l’Eglise romaine surgiront de grandes querelles par exemple entre dominicains et franciscains et chez nous, chrétiens issus de la Réforme, l’éclatement est devenu parfois si grand qu’on parle plus volontiers de la « nébuleuse protestante » que d’une Eglise.

 

Ainsi, dans mes relations avec des chrétiens catholiques ou orthodoxes, je suis très souvent confronté à un véritable dilemme lorsqu’il s’agit de répondre à des questions du style : « que pensez-vous, protestants, de la Sainte Cène, ou de tel ou telle question éthique ? »

Et, la plupart du temps de m’en tirer à la manière juive en répondant par une autre question : « quels protestants ? ».

 

On attribue à Luther cette parole qui veut que « tout protestant soit un pape, bible en main ». Chacun a le droit d’interpréter la Parole de Dieu à sa manière et d’en tirer ses propres conclusions. Certains, dont je suis, diront que c’est un signe de maturité, une prise de responsabilité.  Ceci est vrai, de notre point de vue, et dans la mesure où cela ne débouche pas sur des polémiques, des discordes, voire des anathèmes. Or, nous sommes des êtres humains, et en tant que tels, nous avons tous tendance à considérer notre raison comme la meilleure qui soit, et, partant de là, à considérer celle des autres comme fausse !

 

C’est ainsi qu’on en arrive à se replier sur soi-même, à se regrouper dans telle ou telle mouvance de pensée, et à créer des sectes, au sens strict et fort du terme ! Ainsi, même le mot « chrétien » en arrive à ne plus signifier pour certains que « catégorie de gens qui pensent comme je pense ». on est loin de la définition qui voudrait qu’il s’agisse de « disciples du Christ » . Et on peut se poser la question de savoir quel impact un tel « christianisme » peut encore avoir comme impact sur ceux qui ont tant besoin qu’on leur annonce une vraie « bonne nouvelle ».

Comment accorder un réel crédit à l’enseignement de gens qui prônent un amour qu’ils ne pratiquent pas eux-mêmes ?

 

Je pense que la réponse à ces questions réside en fait dans la double perception que nous avons chacun de Dieu et de nous-mêmes :

 

Je ne nie pas que le fait, pour nous protestants, d’avoir la totale liberté d’interpréter la Bible à notre manière soit un plus. Si nous considérons vraiment que la Bible est la Parole de Dieu, et si nous sommes convaincus que Dieu est, par nature indéfinissable et incompréhensible, qu’il est, comme il le dit lui-même à Moïse « Celui qui est  qui il sera », alors il est évident que sa Parole ne saurait être cadrée définitivement dans les limites de notre pensée humaine. Là où la lettre tue, l’Esprit vivifie : on peut toujours aller au-delà, pourvu qu’on le fasse sur base de la seule règle valable : celle de l’amour d’un Dieu qui s’est lui-même « dépassé », allant jusqu’à offrir sa propre vie pour notre bien à tous.

Aimez-vous les uns les autres « comme » moi-même je vous aime !

 

C’est ce « comme » -là qui devrait être la mesure de nos relations intra-chrétiennes. Bien sûr nous avons chacune et chacun le droit d’avoir une perception personnelle de la Parole de Dieu. Mais nous n’avons pas celui de nous en approprier la seule et unique vérité !

 

Dans les années soixante, quelqu’un a chanté « si tous les gars du monde pouvaient se donner la main, le bonheur serait pour demain ». Je crois que si tous les chrétiens du monde pouvaient saisir la seule et unique main de l’amour total et parfait du Christ pour tous les hommes, ce bonheur-là serait pour aujourd’hui !

 

Les doctrines, les catéchismes, les dogmes, les points de vue théologiques sont en soi de bonnes choses dans la mesure où ils reflètent le fruit d’une réflexion humaine sur Dieu et l’enseignement de sa Parole.

 

Ils deviennent par contre des armes redoutables et destructrices dès lors qu’ils servent  à affirmer la raison de ceux qui les établissent, à en faire des vérités absolues. Il n’y a qu’une seule vérité : c’est Jésus .

 

C’est en Lui et en lui seul, c’est dans son Evangile, dans son attitude que nous pouvons trouver nos références. Pas dans notre raison, ni dans notre réflexion, si profonde et fondée puisse-t-elle être. Le Christ, qui nous appelle à être vraiment ses disciples, nous invite à marcher dans ses traces, à aimer comme lui. Il n’y a aucune limite, aucune restriction à cet amour là, et si nous voulons vraiment arborer un signe distinctif de notre foi en Lui, nous ne le trouverons ni dans des symboles, des croix, des poissons ou des slogans divers : il réside totalement dans une attitude à adopter, qui soit résolument dans la ligne de celle de notre Maître : celle d’un amour vraiment fraternel et inconditionnel, entre nous d’abord, et à l’égard de tous les hommes ensuite.

Puissions nous nous efforcer d’entrer dans ce chemin-là !

07:55 Écrit par Pasteur J.-M. Demarque dans Prédications | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

05.05.2007

prédication du 29 avril 2007

Jean 10/22-30

 

22     C'était l'hiver et on célébrait à Jérusalem la fête de la Dédicace.

23     Jésus allait et venait dans la galerie à colonnes de Salomon dans le Temple.

24     Les Juifs se rassemblèrent alors autour de lui et lui dirent :

« Jusqu'à quand vas-tu nous maintenir dans le doute ? 

Si tu es le MESSIE, dis-le nous clairement ». 

          Jésus leur répondit : Je vous l'ai déjà dit, mais vous ne me croyez pas. 

          Les oeuvres que je fais avec l'autorité de mon Père parlent en ma faveur.

26     Mais vous ne me croyez pas parce que vous ne faites pas partie de mes brebis.

27     Mes brebis écoutent ma voix; je les connais et elles me suivent.

28     Je leur donne la vie éternelle, elles ne mourront jamais

          et personne ne les ravira de ma main.

29     Ce que mon Père m'a donné est plus grand que tout

          et personne ne peut rien arracher de la main du Père.

30             Le Père et moi, nous sommes un.

 

PRÉDICATION

 

Deux récits de controverses ce matin, et tous deux de controverses violentes…

Dans le Livre des Actes, les apôtres s’attirent les foudres de la bonne société juive d’Antioche de Pisidie. Dans l’Evangile selon Jean, c’est Jésus lui-même qui est la cible de cette même bonne société, qui veut le lapider, au Temple de Jérusalem.

Ses faits et gestes le désignent clairement, auprès du peuple, comme le Messie attendu en réponse à la promesse de Dieu. Sa présence en ces lieux sacrés suscite une agitation certaine, qui ne va pas sans inquiéter ceux que Jean désigne par le vocable « les juifs ». Lorsqu’il parle ainsi, il désigne non pas l’ensemble du Peuple d’Israël, mais la faction de ce dernier qui refuse de croire en Jésus, qui le rejette et le persécute, ceux que les autres évangélistes désignent comme les scribes, les pharisiens, les sadducéens…

Ces derniers sont d’autant plus hostiles à Jésus que, par son enseignement, il les jette au bas du piédestal qu’ils se sont bâtis en se désignant comme seuls autorisés à interpréter la Loi. Ces gens là ressemblent curieusement ceux qui, aujourd’hui encore s’arrogent ces mêmes droits dans certaines églises chrétiennes.

Constamment, ils cherchent à piéger Jésus et à le pousser à dire des choses qui leur permettraient de le condamner sans appel : à cette question : « Es-tu le Messie », s’il répond directement et de manière positive, il risque fort d’être condamné pour imposture. S’il répond par la négative, il passera pour quelqu’un qui a trompé le peuple et tombera sous la vindicte de ce dernier.

Alors, à son habitude, et en vrai juif qu’il est, Jésus « passe par la bande » et répond par une sorte de parabole :

« Je vous ai déjà répondu, et ce que je fais parle en ma faveur. Mais vous ne me croyez pas parce que vous ne faites pas partie de mes brebis »…

 

Des brebis, des moutons… De là à dire que les chrétiens sont un « troupeau bêlant », il n’y a qu’un pas, que de tous temps se sont empressés de franchir les détracteurs de la foi chrétienne ! A les entendre, nous serions des hommes et des femmes « conditionnés », des sectaires sous l’emprise d’un « gourou » et de ses doctrines. Une situation fort peu gratifiante, qui nous ravalerait au niveau d’une bande de naïfs, prompts à croire des choses invraisemblables, à prendre, comme on dit vulgairement « des vessies pour des lanternes ».

 

C’est d’autant plus vrai aujourd’hui, à notre époque où tout est mis en question et où l’homme, sous le couvert de ses connaissances scientifiques, n’hésite plus à refranchir les barrières de la connaissance, posées dès les débuts du Livre de la Genèse. On nie volontiers l’existence de Dieu, d’autant qu’on perce de plus en plus profondément les mystères de la vie et qu’on se substitue de plus en plus au créateur. Les histoires de vie éternelle, de résurrection recoupent aujourd’hui les thèses sur le génome humain, le clonage, les expériences génétiques. Même les « psy » se mettent de la partie en avançant des théories fort crédibles sur l’absence d’un siège ou d’un support « physique » de la pensée chez l’être humain.

De plus en plus de voix s’élèvent pour affirmer « qu’il y a quelque chose », mais de moins en moins de voix prétendent que ce même « quelque chose » est lié à l’enseignement d’un homme qui vivait il y a deux mille ans en Palestine, et qu’on appelait Jésus de Nazareth…

 

C’est curieux : parmi la foule des humains non chrétiens ou plus simplement non croyants, un nombre grandissant est enclin à croire à ce que nous enseigne notre foi, mais refuse tout autant de reconnaître que Jésus soit le Messie et que son surgissement dans l’histoire soit la clé qui ouvre les portes à toutes nos questions existentielles.

 

Pourquoi ?

 

Peut-être parce que, justement, les hommes ne veulent pas être considérés comme des moutons qui rejoindraient un troupeau bêlant. Une défiance renforcée à mon avis par l’expérience passée ou par les prises de positions actuelles de certaines factions chrétiennes rétrogrades ou sectaires, au sein desquelles on cherche à cadrer l’expression de la pensée et de la réflexion humaines, en les canalisant dans le couloir de doctrines ou de dogmes particulièrement étroits, au nom d’une lecture littéraliste des Ecritures.

 

Or, à bien lire Jean et son Evangile, on s’aperçoit que les brebis dont il est question sont loin d’être les animaux stupides et naïfs que nous imaginons : Ces brebis ont une particularité : elles « connaissent » la voix de leur Berger. Le verbe grec employé dans l’Evangile nous met sur la piste : cette « connaissance » des brebis ne relève ni d’un réflexe, ni d’un conditionnement : il s’agit d’une connaissance profonde, intime, résultante d’une fréquentation et fruit d’un enseignement reçu, assimilé et compris. Ces brebis-là ne se sont pas fait « laver le cerveau », elles ne sont pas les membres conditionnés d’une secte quelconque : elles ont une connaissance qui fonde en elle de réelles convictions : elles savent reconnaître la voix de celui qui les appelle à vivre une vie parfaite et sans fin. Et cette connaissance découle d’un dialogue vrai, d’une relation profonde avec Dieu, qui va bien au delà des dogmes et des conventions humaines !

 

Mais ceci a un prix, que vont d’ailleurs payer les apôtres à Antioche de Pisidie : celui de l’affrontement avec les prétendus gardiens d’une vérité qui n’appartient qu’à eux. L’histoire de l’Eglise est parsemée de leur multitude, et ils sévissent encore de nos jours. Ils ont généralement réponse à tout, et ils fondent leur enseignement souvent simpliste sur la base de la lettre des Ecritures. Vous les avez déjà tous entendus : ils se font forts d’affirmer que, à tel ou tel propos, « La Bible dit que »…

 

C’est fort bien, fort intéressant et…fort restrictif !

 

La Bible, que nous reconnaissons comme Parole de Dieu, ne saurait être limitative. Elle est à lire et à relire encore et toujours comme le moyen d’enter vraiment en relation avec Celui qui l’a inspirée. Et les questions qu’on peut lui poser ne sauraient jamais trouver de réponse définitive qui en limiteraient son enseignement. Souvenons-nous de ces passages que les spécialistes de l’exégèse appellent les antithèses matthéennes : Jésus enseigne à propos de la Lettre et dit, en substance : « les Ecritures disent… Et mois je vous dis que… » ; Les Ecritures disent « tu ne commettras point de meurtre, et moi je vous dis que celui qui se met en colère contre son frère a déjà commis le meurtre ; Les Ecritures disent : tu ne commettras pas l’adultère, et moi je vous dis que celui qui regarde une femme avec envie a déjà commis l’adultère ; Les Ecritures disent : tu ne voleras point ; et moi je vous dis que celui qui regarde les biens de son frère avec envie a déjà commis le vol…

 

Si la Bible était une sorte de « code de la route » du croyant, nous donnant des règles immuables pour conditionner notre vie, ce serait un peu trop facile, ce serait simpliste et cela nous ravalerait, à tous les coups à être vraiment un stupide troupeau bêlant.

 

 Toutes les situations, toutes nos décisions seraient codifiées et stéréotypées. Mais comme Parole de Dieu, elle ne peut être vraiment comprise et appliquée qu’au cas par cas, dans l’écoute et le dialogue avec celui qui l’a inspirée à ses rédacteurs.

Si certains chrétiens justifient aujourd’hui leurs positions éthiques, ouvertes ou fermées, sur base de la Lettre aujourd’hui, ils sont « à côté de la plaque » et ils rejoignent, souvent à leur insu, un autre troupeau bêlant : celui des pharisiens, des scribes et des détracteurs de l’enseignement du Christ.

 

Deux exemples, choisis parmi mille autres :celui de l’avortement et celui de l’euthanasie.

 

L’Eglise Romaine est formelle sur ces deux points : elle rejette globalement ces deux pratiques sur la base du commandement « tu ne tueras point ».

Les Eglises protestantes, du moins les églises « officielles », elles, ne se prononcent pas. On le leur reproche en disant, de manière un peu simpliste qu’en termes d’éthique, les protestants ne savent pas se décider. C’est aussi absurde que faux ! Tout au plus sont ils sans doute plus matures et ont-ils compris que ce qui touche à l’humanité doit être entendu en prenant en compte cette dernière. Et sans doute aussi reconnaissent-ils, comme brebis, la voix de leur berger qui dans bien des cas tombant sous la férule de la Loi a montré qu’en prenant en compte l’aspect humain, il convenait de transiger.

 

Le plus frappant pour moi reste celui de la femme adultère : prise en flagrant délit, elle aurait dû selon la loi, être lapidée. Jésus ne l’a pas contredit ; il a simplement dit : que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre. Et le châtiment lui a été épargné, forcément !

 

Je suis personnellement contre l’avortement, dans tous les cas. Je considère que quelles que soient les circonstances, l’enfant, s’il n’a pas demandé à naître, n’a pas non plus demandé à mourir. Je suis contre l’euthanasie dans la mesure où je considère la vie comme sacrée et où je crois que Dieu peut toujours, contre toute attente, nous épargner l’épreuve ou nous donner les moyens et la force de la subir. Mais je ne porte aucun jugement.

Mes convictions personnelles m’appartiennent mais ne sont pas pour les autres une règle absolue. Je peux comprendre qu’une femme désire avorter si on lui dit que son enfant sera anormal ou s’il est le fruit d’un viol ; je peux comprendre aussi celui ou celle qui préfère mourir que de continuer à endurer des souffrances insupportables. Et je crois que si je puis le comprendre, c’est que, quelque part, je reconnais dans toute souffrance humaine la voix de mon berger qui est le premier à les comprendre et à les prendre en compte.

Etre chrétien aujourd’hui comme hier, ce n’est certes pas rejoindre un troupeau bêlant, ce n’est pas s’astreindre au respect de règles dogmatiquement établies : c’est accepter la lourde responsabilité de la liberté que nous confère notre appartenance au troupeau du Christ : c’est vivre chaque moment de notre vie, chaque décision sous son regard en nous posant sincèrement cette question : « et Lui, à ma place, comment agirait-il ? » Si nous vivons ainsi notre vie de tous les jours, nous constaterons rapidement que tout sera transformé et renouvelé, tant pour nous que pour les autres, et dans nos relations avec eux. Nous contribuerons ainsi à implanter un peu plus, déjà ici et maintenant, un peu du royaume de Dieu sur notre terre.

07:51 Écrit par Pasteur J.-M. Demarque dans Prédications | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

24.04.2007

prédication du 22 avril 2007

ÉVANGILE       Jean 21/1-19 

1           Quelque temps après, Jésus apparut de nouveau à ses disciples, au bord du lac de Tibériade. Voici comment il leur apparut :

Simon Pierre, Thomas, Nathanaél, les fils de Zébédée, et deux autres disciples de Jésus, étaient ensemble.  Simon Pierre leur dit : - Je vais à la pêche ! Ils lui dirent : - Nous allons avec toi. Ils partirent donc et montèrent dans la barque. Mais ils ne prirent rien cette nuit-là.

4           Quand il commença à faire jour, Jésus parut au bord de l'eau,

mais les disciples ne savaient pas que c'était lui.

Jésus leur dit alors : - Avez-vous pris du poisson, mes enfants ?  - Non, répondirent-ils.

5    Il leur dit : - Jetez le filet du côté droit de la barque et vous en trouverez.

       Ils jetèrent donc le filet, et ils ne pouvaient plus le retirer de l'eau, tant il était plein.

7    Le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : - C'est le Seigneur !

       Quand Simon Pierre entendit ces mots : "C'est le Seigneur", il mit son vêtement (car il s'était déshabillé) et se jeta à l'eau. Les autres disciples revinrent en barque, en tirant le filet plein de poisson : ils n'étaient pas très loin du bord, à cent mètres environ.

9           A terre, ils virent un feu avec du poisson et du pain.

10      Jésus leur dit : - Apportez quelques-uns de ces poissons que vous venez de prendre.

11  Simon Pierre monta dans la barque et tira à terre le filet plein de gros poissons :

       cent cinquante-trois en tout. Et quoiqu'il y en eût tant, le filet ne se déchira pas.

12  Jésus leur dit : - Venez manger. Aucun des disciples n'osait lui demander :

       « Qui es-tu ? »    car ils savaient que c'était le Seigneur.

13  Jésus s'approcha, prit le pain et le leur partagea; il leur donna aussi du poisson.

14  C'était la 3e fois que Jésus apparaissait à ses disciples,

       depuis qu'il était passé de la mort à la vie.

15  Après qu'ils eurent mangé, Jésus dit à Simon Pierre :

       - Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ne m'aiment ?

- Seigneur, répondit-il, tu sais que je t'aime. Jésus lui dit : - Prends soin de mes agneaux !

16  Puis il lui dit une deuxième fois : - Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ?

       - Oui, Seigneur, répondit-il, tu sais que je t'aime. Jésus lui dit : - Prends soin de mes brebis !

17  Puis il lui dit une troisième fois : - Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ?

       Pierre fut attristé de ce que Jésus lui avait demandé pour la troisième fois :

"M'aimes-tu ?" et lui répondit : - Seigneur, tu sais tout; tu sais que je t'aime !

       Jésus lui dit : - Prends soin de mes brebis !

18      Je te le déclare, c'est la vérité : quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais; mais quand tu seras vieux, tu étendras les bras, un autre te mettra ta ceinture et te mènera où tu ne voudras pas aller.

(Par ces mots, Jésus indiquait de quelle façon Pierre allait mourir et rendre gloire à Dieu.)   

Puis Jésus lui dit : - Suis-moi !   

 

PRÉDICATION

 

Lorsqu’on lit attentivement le passage de l’Evangile de Jean de ce matin, on s’aperçoit qu’il est rempli d’autant de symboles que de paradoxes.

Le premier de ces paradoxes, c’est qu’il nous ramène à une sorte de plate banalité, celle d’un « retour à la case départ ».

 

Dans la proximité immédiate des événements de Pâques, nous l’avons lu la semaine dernière, Jésus est apparu par deux fois à ses disciples, alors qu’ils étaient encore bloqués à Jérusalem par les effets de leur peur. Et il leur a confié la mission chrétienne par excellence : celle de sortir de leurs murs, de sortir d’eux-mêmes pour aller au devant des hommes, leur apporter l’essentiel de l’Evangile : le pardon de Dieu et l’assurance de leur salut.

 

Pour ce qui est de sortir, oui, ils sont sortis. Mais qu’ont-ils fait ? Ils sont purement et simplement retournés à leurs occupations d’avant, à leur « train-train » quotidien !

Sept parmi eux ont repris leur métier de pêcheur et les aléas qu’il comporte, parmi lesquels compte la fameuse « bredouille » que tout pêcheur connaît et appréhende encore de nos jours.

 

Tout cela n’est pas très logique : On se serait plu à les imaginer galvanisés par les événements qu’ils avaient vécus, habités de l’Esprit reçu du Christ lui-même, prêchant et évangélisant autour d’eux, dans cette Jérusalem bouillonnant encore de tout ce qui s’était passé.

 

Mais non, ils sont retournés à leur quotidien. Que voulez-vous, c’est la vie, elle est difficile et il faut la « gagner ».

Or, c’est justement au cœur de leur quotidien, de leur difficile lutte pour la vie que Jésus va, pour la troisième fois, apparaître à ces sept-là.

 

Remarquez bien qu’il y a déjà ici toute une symbolique dans cette présence de ces deux chiffres clé que sont le sept et le trois, souvent présents dans les Ecritures pour attirer l’attention du lecteur sur une lecture à faire en profondeur, entre les lignes. Et c’est bien le cas ici !

 

Jésus est soudainement présent au cœur même de ce qui peut paraître à ces hommes de plus anodin et de moins « divin » : leur travail. Comme s’il voulait leur faire comprendre que plus rien, dans leur vie de tous les jours n’est désormais profane, à condition qu’ils reconnaissent sa présence et qu’ils le perçoivent agissant dans les plus petits détails de leur vie.

 

Un peu comme dans cette petite histoire que je vous livre :

 

De savants personnages s'interrogeaient sur le lieu où Dieu habite.

L'un d'entre eux, un agnostique,  dit; "dans la nature", bien sûr.

Le vieux sage du groupe sourit, hochant la tête d'un signe négatif.

Le juif qui était là répondit alors: "dans le Temple, bien sûr".

Ce que s'empressa de corriger le musulman: "dans la mosquée, évidemment".

Le chrétien se sentit obligé de dire: "je crois que c'est dans les églises".

Mais le vieux sage n'était toujours pas d'accord.

Finalement il déclara : Dieu est partout où tu le laisses entrer.

Si Dieu ne te semble pas présent quelque part, ce n’est pas de sa faute mais de la tienne : c’est toi qui n’as pas daigné lui ouvrir la porte !

 

Quoi qu’il en soit, nos sept gaillards sont loin de ces considérations : la nuit a été longue et difficile, ils n’ont rien pris et, alors qu’ils s’apprêtent à replier leur matériel, apparaît sur la rive un promeneur qui leur pose cette question qui a le don d’énerver tous les pêcheurs bredouilles et que l’on pourrait transposer en parler moderne : « alors, ça mord ? ». En outre, ce quidam est un donneur de leçons : « jetez le filet à droite de la barque » !

 

Alors, dans ce contexte, un déclic se produit dans l’esprit des pêcheurs : cela leur rappelle quelque chose, un événement du tout début de leur aventure avec Jésus. Et ils le reconnaissent : c’est Lui, c’est le Seigneur.

La « pêche miraculeuse se reproduit alors, mais un peu différente de sa première édition : ils ramènent leur filet plein de … 153 poissons !

 

Lorsqu’on connaît un peu Jean et son Evangile, on se dit d’emblée que quelque chose d’important doit se cacher sous ce chiffre étrange qui, de prime abord ne nous dit rien, même si, comme certains l’ont fait, on tente de le décortiquer pour le faire parler par toutes sortes d’opérations plus ou moins mathématiques.

 

Pourtant le symbole est là, tout comme d’ailleurs le paradoxe !

 

On sait, par la découverte de certains écrits, qu’il y avait déjà, à l’époque de Jésus des « naturalistes » avant la lettre qui avaient recensé les espèces animales connues. En matière de poissons, ils avaient dénombré…153 espèces. Ils avaient aussi distingué, selon les écritures, parmi ces 153 poissons, ceux qui étaient permis, autorisés parce que considérés comme purs, et les autres, interdits, inconsommables car décrétés impurs. Ainsi notamment l’anguille et les poissons sans écailles, ainsi les écrevisses et les crustacés en général, considérés alors comme des « poissons », c'est-à-dire des animaux aquatiques.

 

Commence alors le second volet de notre épisode, axé principalement sur Pierre qui avait ouvertement renié le Christ par trois fois : souvenez-vous de sa réponse invariable et terrible : « je ne connais pas cet homme ».

 

Un dicton moderne dit fort justement que l’amour naît de la connaissance, et la connaissance de la fréquentation. En clair : On ne peut pas aimer ce que l’on ne connaît pas, et on ne peut pas connaître ce que l’on ne fréquente pas…

 

Or, par trois fois, Jésus va poser cette question à Pierre : « m’aimes-tu », comme s’il voulait indiquer par cette répétition qu’il lui offre la possibilité d’obtenir le pardon de son triple reniement.

 

Et à chaque réponse, positive et même finalement un peu excédée de Pierre, Jésus lui dit : prend soin de mes brebis !

 

Il lui transmet le soin et la responsabilité de son troupeau, un troupeau symbolisé par les 153 poissons pris au filet de ces disciples qu’il a appelés, au début de son ministère, à devenir pêcheurs d’hommes. Un troupeau immense, celui de l’humanité toute entière, sans réserve ni exclusion.

Pierre lui-même le constatera bientôt, lui qui à Césarée s’exclamera avoir enfin compris qu’aucun homme, quel qu’il soit ne peut, sous le regard de Dieu être déclaré ni souillé, ni impur !

 

Ce passage nous donne plusieurs leçons, dont nous pouvons tirer parti pour notre vie chrétienne :

 

La première, c’est que le vécu véritable et surtout l’impact de l’Evangile ne réside pas tant dans des cadres conventionnels comme des cultes, des campagnes programmées que dans notre quotidien. Le Christ n’est pas tant présent dans les lieux conventionnels que nous lui assignons que dans la réalité du monde où il nous invite à être présent.

 

La seconde, c’est que la pêche qu’il nous donne de faire nous appelle à tirer dans la barque de l’Eglise tous les hommes, sans jugement  de valeur préalable ni préférence.

 

La troisième, c’est que quoi que nous ayons pu être, dire ou faire dans un passé plus ou moins proche ou lointain n’a aucune importance aux yeux de Jésus : seul compte l’amour que nous lui portons réellement et qui nous met au bénéfice de son pardon total. Cela ne relève pas de notre dignité mais de l’amour véritable que nous pouvons éprouver pour Jésus et, au travers de lui pour chaque humain qui nous renvoie l’image de son incarnation.

 

La quatrième enfin, qui est peut-être la plus importante, et qui découle des trois autres, c’est que dans notre témoignage de l’évangile, nous sommes tous appelés à paître un troupeau qui ne nous appartient pas mais qui est le sien, à lui, le Christ. En d’autres termes, nous avons moins à travailler pour « nos chapelles » que pour le Corps du Christ dans sa dimension universelle !

 

Que cette quadruple leçon de l’Evangile de ce matin nous fortifie dans notre vie de foi et nous aide à persévérer dans le témoignage, même là où nous aurions tendance à juger un peu vite que c’est inutile ou que c’est du temps perdu. Qu’elle nous aide aussi à discerner la présence de Jésus partout où nous voulons bien lui ouvrir la porte : il n’y à pas un seul moment de notre existence qui ne soit sous son regard !

08:08 Écrit par Pasteur J.-M. Demarque dans Prédications | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

prédication du 15 avril 2007

       Jean 20/19-31

19  Le soir de la première Pâque chrétienne, tard dans la soirée,

les disciples étaient dans une maison dont ils avaient soigneusement verrouillé les portes: ils avaient peur des Juifs. 

       Jésus survint : tout à coup, il se trouvait là, debout au milieu d'eux,

       et leur dit : "Que la paix soit avec vous!"

20  Après ces mots, il leur montra ses mains et son côté. 

       Les disciples furent remplis de joie parce qu'ils revoyaient le Seigneur. 

       -"Que la paix soit avec vous, leur répéta-t-il.  Comme mon Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie."  Après avoir dit cela, il souffla sur eux et continua : - Recevez le Saint Esprit.  Ceux à qui vous pardonnerez leurs péchés, en seront effectivement tenus quitte;

       et ceux à qui vous refuserez ce pardon, resteront chargés de leur péché.

21      L'un des douze, Thomas, surnommé le Jumeau, n'étaient pas avec eux lorsque

Jésus était  venu les voir.  Les autres disciples racontèrent:

"Nous avons vu le Seigneur !"

       Mais il leur répondit: "Si je ne vois, de mes propres yeux, l'empreinte des clous dans ses mains, si je n'enfonce pas moi-même mon doigt  à la place des clous et si je ne mets pas main dans la plaie de son côté, je n'en croirai rien."

26      Huit jours plus tard, les disciples étaient de nouveau réunis.

Cette fois-ci, Thomas était avec eux.  Jésus survint, toutes portes closes. 

       Soudain, il était là, debout au milieu d'eux, et leur dit :

       - Que la paix soit avec vous! Puis il se retourna vers Thomas :

27  - avance ton doigt, lui dit-il, mets-le ici, regarde mes mains. 

       Avance aussi ta main et pose-la dans la plaie de mon côté.  Cesse de douter et crois! Thomas s'écria : "Mon Seigneur, mon Dieu!"

29      Parce que tu m'as vu, tu crois! lui dit Jésus.

Heureux ceux qui croient sans avoir vu.

30      Jésus a accompli sous les yeux de ses disciples, encore beaucoup d'autres

miracles qui n'ont pas été rapportés dans ce livre.  Ceux qui y sont mentionnés ont été consignés par écrit pour que vous puissiez croire que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et que, par cette foi, vous possédiez la vie dans la Communion avec sa personne.

 

PREDICATION

 

Ce récit de Jean, que nous venons de lire ensemble, est à la fois étonnant et très dense. Il contient beaucoup de choses, beaucoup d’informations qui, à elles seules, mériteraient une prédication. Nous avons donc l’embarras du choix, mais sans doute est-il utile d’énumérer au moins chacun de ces éléments, afin qu’ils puissent nourrir notre réflexion de cette semaine.

Le premier élément est un élément de temps, un repère temporel.

L’auteur de l’Evangile selon Jean est manifestement un Juif, et il a donc l’habitude de compter les journées en les faisant commencer par le soir.

Pour un juif, le soir de la Pâques, tard dans la soirée, cela le situe dans la nuit du vendredi au samedi. Evidemment, l’apparition du Christ ressuscité à ce moment là ne correspondrait ni avec les Ecritures, ni avec notre foi. Mais Jean précise bien qu’il s’agit de la première Pâque Chrétienne ! ce qui nous situe bien dans la nuit du samedi au dimanche et donc déjà le dimanche, mais avant le lever du jour, avant que les femmes n’aient été au tombeau pour accomplir les rites d’ensevelissement. A en lire Jean, Jésus ressuscité serait donc d’abord apparu à ses disciples !

 

Des disciples qui sont encore sous le choc des événements, qui ont toujours peur pour leur vie et leur sécurité, et qui se sont réfugiés dans une maison soigneusement verrouillée.

Or, dans ces circonstances là, tout à coup Jésus est au milieu d’eux ! Le texte grec de l’Evangile est particulièrement clair et précis sur ce point et rend extraordinairement cette soudaineté. Il y a des mots qui ne peuvent laisser aucun doute : nous sommes bien devant une apparition, aussi subite qu’humainement inexplicable : soudain Jésus est là, au milieu d’eux et de leurs angoisses et il leur parle. Ce n’est ni un fantôme ni une hallucination : il les salue à la manière juive : « Shalom alerhem » et il leur prouve qu’il est bien réel en leur montrant les traces de son supplice.

Et Jean de nous préciser qu’ils sont « remplis de joie ».

Mais Jésus ne se contente pas de les saluer, même s’il le fait par deux fois : il leur confie une mission qui est tout à fait en porte à faux avec leur humanité et les sentiments de peur qui les ont poussés à s’enfermer :

 

« comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » !

 

Une fois encore, tout réside dans ce « comme » que nous avons déjà rencontré maintes fois dans nos lectures, dans nos méditations, dans notre prière aussi. Ce n’est pas n’importe quel « comme », ce n’est pas le « comme » de nos jeux d’enfants où l’on s’évertue à jouer un rôle : c’est le « comme » de l’imitation du Christ qui nous enjoint de marcher dans ses voies : celles de l’abandon, de l’oubli et du dépassement de soi. Celles aussi du dépassement des règles et des lois humaines qui vont si souvent à l’encontre du pardon gratuit.

Les disciples vont devoir sortir de leur emmurement, ils vont devoir laisser là leurs peurs et leurs angoisses pour aller dehors proclamer l’Evangile de la résurrection et du Salut.

 

Ce ne sera pas facile, et Jésus le sait, lui qui a vécu ces mêmes peurs, ces mêmes angoisses durant son ministère terrestre lorsqu’il avait accepté de se revêtir de notre fragile nature humaine.

 

Alors, comme le Créateur l’a fait lui-même au tout début de notre histoire, il envoie sur eux son souffle divin, son Esprit, et il leur communique la raison même de ce « Comme », qui sera le leitmotiv de la mission chrétienne : Jésus, Dieu, le « Verbe fait chair » ne s’est incarné et n’est venu dans le monde, n’a souffert, n’est mort et n’est ressuscité que dans la seule et unique perspective du pardon gratuit et total de l’humanité tout entière.

 

C’est cette mission qui désormais incombe à ceux qui se réclament de lui. Etre « comme » Jésus, c’est pardonner, inconditionnellement ! Evangéliser, prier ou témoigner en public, sortir de nos murs pour annoncer le Salut, c’est une chose qui n’est pas facile et qui nous expose, surtout dans le monde où nous vivons, à bien des contrariétés : si nous ne risquons guère, dans nos sociétés occidentales modernes, d’être encore persécutés dans notre chair, nous nous exposons à tout le moins à l’incompréhension, aux moqueries et aux railleries. Et cette perspective nous bloque le plus souvent.

 

Mais pardonner ! Cela, c’est encore plus difficile, surtout lorsqu’il s’agit de le faire, comme le dit Jésus autre part dans l’Evangile, jusqu’à 70 fois 7 fois, c'est-à-dire sans conditions et à l’infini !

 

C’est là surtout que nous avons besoin d’être animés par l’Esprit du Christ, lui seul capable, au travers de nous qui ne sommes que son instrument, de pardonner vraiment.

Souvenons nous ici de l’anecdote de Corrie Ten Boom, qui n’arrivait pas à pardonner à son ex-tortionnaire SS, et qui pourtant y est parvenue dès qu’elle a compris que Jésus, vivant en elle, avait déjà, lui, pardonné à cet homme !

 

Ne nous y trompons pas : le récit de Jean que nous venons de lire ne nous renvoie pas qu’au vécu des apôtres, ni seulement à une anecdote du passé : il nous plonge au cœur même de notre vécu quotidien, et nous pouvons transposer aisément chacune de nos personnes dans la chambre close de cette première manifestation du Ressuscité. Même si nous ne le voyons pas, même si nous n’entendons pas physiquement sa voix, Jésus surgit tout aussi soudainement au milieu de nous, au tréfonds de nos angoisses et de nos impossibles, et s’il ne fait pas, comme d’aucuns le souhaiteraient sans doute, le miracle de nous transformer, de balayer nos peurs et nos soucis, il nous adresse les mêmes paroles et les mêmes consignes, et nous revêt de son esprit pour nous fournir les « armes » nécessaires à notre mission.

 

Mais, avant de continuer et de conclure, revenons à notre histoire, et à son second volet qui concerne Thomas. Thomas que l’on associe si souvent à l’image du doute, à celle d’une foi faible.

 

Une première remarque qu’il convient de faire, c’est qu’il est le seul absent lors de la première apparition de Jésus. Et donc qu’il est le seul a avoir osé sortir du refuge.  Thomas a déjà osé vaincre sa peur, il a osé aller à l’extérieur. Il s’est montré bien plus courageux que les autres.

Je le vois un peu comme un fonceur, une forte tête, quelqu’un à qui « on ne la fait pas », un anticonformiste avant la lettre.

Ce qui explique sans doute un peu son attitude face à ce que ses « collègues » lui annoncent à son retour : comment, il irait croire les délires et les divagations de cette bande de poltrons ? Certainement pas ! Il croira ce qu’ils disent lorsqu’il aura vu et même, plus encore lorsqu’il aura touché le Christ et contrôlé qu’il ne s’agit pas d’une supercherie. 

 

La suite de l’histoire, nous la connaissons : Jésus va réapparaître et inviter Thomas à toucher ses plaies. Mais il ne lui faudra même pas aller jusque là (l’évangile de Jean ne nous dit pas qu’il l’ait fait) : Thomas va exprimer alors une véritable confession de foi et s’exclamer, face au Ressuscité : « Mon Seigneur et mon Dieu ».

 

Et Jésus d’ajouter cette phrase : « Parce que tu m’as vu, tu as cru. Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! »

 

Frères et sœurs, aujourd’hui, c’est nous qui sommes concernés et qui sommes bénéficiaires de cette béatitude. En sommes nous pleinement conscients ?

 

Nous ne pouvons l’être en tous cas que si nous sommes certains de la présence réelle bien qu’invisible du Christ parmi nous et en nous.

Nous ne pouvons l’être que si nous faisons nôtre la mission qu’Il confie à ses disciples d’aller et de proclamer son Evangile.

Nous ne pouvons l’être aussi que si nous laissons agir en nous cet Esprit de Dieu qu’il souffle sur nos existences.

Alors, nous prendrons toute la mesure de cette béatitude qui nous promet, même dans les plus grandes difficultés de notre tâche de chrétiens, un bonheur qui n’est qu’un avant goût de celui que nous goûterons lorsque nous serons dans le Royaume. Heureux serons-nous, ici et maintenant déjà, nous qui avons cru sans avoir vu.

 

Mais pour goûter vraiment à ce bonheur, il ne s’agit pas de nous arrêter à une foi passive ni même à une foi confessante : il s’agit de nous diriger résolument vers une foi active, celle-là même qui s’inspire de l’attitude centrale du Christ qui réside dans le pardon.

 

Comme à ses Disciples, Jésus nous dit ce matin: « ceux à qui vous remettrez leurs fautes, elles leur seront remises. Ceux à qui vous les retiendrez, elles leur seront retenues ».

 

A nous de bien entendre cette phrase : il s’agit moins d’un pouvoir que de compassion et de responsabilité. Il s’agit d’une « co-solidarité » dans la réception de notre salut. C’est sans doute cette phrase du Notre Père qui l’exprime le mieux : « Pardonne-nous nos offenses COMME nous-mêmes nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ». Puissions nous, avec l’aide du Saint Esprit, nous atteler à la concrétiser dans nos vies de tous les jours. Nous aurons alors accompli l’essentiel de notre mission et nous pourrons alors, en vérité, être au bénéfice du bonheur promis !

08:05 Écrit par Pasteur J.-M. Demarque dans Prédications | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

prédication du premier avril 2007

ÉVANGILE

Luc 19/28-40          Parole de Vie

28        Jésus monte à Jérusalem

29        Il arrive près de Bethphagé et de Béthanie, vers la colline appelée

« Mont des Oliviers ». Il envoie deux disciples en leur disant :

30    Allez dans le village qui est devant vous.

Quand vous serez entrés, vous trouverez un petit âne attaché.

Personne ne s’est jamais assis sur lui.  Détachez-le et amenez-le ici.

31        Quelqu’un va peut-être vous demander pourquoi vous détachez cet âne.

Vous répondrez que le Seigneur en a besoin.

32        Les deux disciples partent et ils trouvent les choses comme Jésus leur a dit.

33        Ils détachent le petit âne, et les propriétaires de l’animal demandent

Pourquoi est-ce que vous détachez ce petit âne ?

34        Les disciples répondent : Le Seigneur en a besoin !

35        Ils amènent l’âne près de Jésus, ils mettent des vêtements sur l’âne,

Et ils font monter Jésus dessus.

36        Jésus avance et les gens étendent des vêtements sur la route devant lui.

37        Jésus arrive sur le chemin qui descend du Mont de Oliviers.

Alors toute la foule des disciples est pleine de joie.

Ils se mettent à chanter la bonté de Dieu d’une voix forte.

Oui, ils ont vu Jésus faire de grandes choses.

38    Ils disent : Que Dieu bénisse le roi qui vient en son nom !

Paix dans le ciel et gloire à Dieu au plus haut des cieux !

39        Quelques pharisiens sont dans la foule. Ils disent à Jésus :

Maître, fais taire tes disciples !

40    Jésus répond :

Je vous le dis, s’ils se taisent, les pierres crieront !

 

 

PREDICATION

 

Les jeux sont faits ! Pour la dernière fois de sa vie d’homme, Jésus entre à Jérusalem pour y entamer la terrible semaine de sa Passion.

Un lecteur non averti, qui prendrait connaissance du texte pour la première fois ne saurait s’attendre au dénouement final : l’entrée de Jésus dans la cité sainte est victorieuse, il y est accueilli en héros, et même en roi ! Ce qui dérange ou inquiète certains groupes constitués de l’époque : les pharisiens notamment semblent gênés du tapage produit par cette entrée triomphale : « maître, fais taire tes disciples ! » Mais ils se heurtent à la réponse de Jésus : « s’ils se taisent, les pierres crieront ». Une réponse un peu énigmatique, sans doute, mais qui ne signifie rien d’autre que l’inexorable : l’histoire, celle de notre salut, est en marche : rien ni personne ne pourra désormais l’arrêter. Et Jésus le sait, dans les moindres détails. Cette même foule qui l’accueille dans la joie et dans un enthousiasme délirant va, dans quelques jours non seulement le rejeter, mais encore va réclamer sa mort en la faisant endosser par des païens !

 

A la fin de la dernière guerre mondiale, lorsque les troupes américaines arrivèrent dans nos villes et villages, elles furent elles aussi accueillies en libératrices par une foule de gens qui criaient leur reconnaissance. Moins de trente ans après, durant la guerre du Vietnam, la même foule se retournait agressivement contre ses libérateurs, faisant fleurir sur les murs cette petite phrase qui disait « US go home ».  Une situation tendue, qui valut à Michel Sardou une chanson qui rappelait : « si les ricains n’étaient pas là, nous serions tous en Germanie à parler de je ne sais quoi, à saluer je ne sais qui »…

 

Les foules sont versatiles. C’est un fait bien connu, qui se vérifie presque toujours à tous les niveaux : elles sont promptes à rejeter le soir celui ou celle qu’elles ont reçu dans l’enthousiasme le matin ! C’est ainsi, cela se répète souvent, et on n’y peut pas grand-chose !

 

Pourtant, Jésus, Lui, il aurait pu. Mais il n’a rien fait, il n’a même pratiquement rien dit. Pourquoi ? Cela ne semble pas, à nos yeux humains, avoir beaucoup de sens. Et la réponse traditionnelle à cette question qui veut que ce soit pour que s’accomplissent les Ecritures ne solutionne pas le problème ! On semble entrer ici dans une logique de l’absurde !

 

Il y en a une, pourtant, de réponse. Mais elle ne figure pas dans le texte de Luc : elle est dans le passage de la lettre de Paul que nous avons lu avant, lorsqu’il dit, en parlant du Christ, que Lui qui était Dieu s’est dépouillé de sa nature divine pour prendre sur Lui notre nature humaine.

 

Dans le texte grec, il est dit « eauton ekenôsen » : « il se dépouilla Lui-même ». Encore faut-il bien comprendre ce dont parle Paul, et le replacer dans son contexte.

 

Dans nombre des cas, nous avons interprété ce passage comme le modèle par excellence de l’abaissement et de l’humilité, un modèle à suivre et à imiter à nos niveaux humains. Même si cette interprétation, en soi n’est pas fausse, même si elle a une évidente valeur morale ou éthique, elle s’éloigne de ce à quoi Paul devait penser.

 

Paul, devenu un jour disciple de « Rabbi Yeshouah ben Joseph » est d’abord et avant tout un juif cultivé, qui pense et réagit en juif.

C’est quelqu’un qui est pétri de la Bible hébraïque, quelqu’un qui est versé dans les Ecritures et dans leur interprétation juive, particulièrement riche et florissante à cette époque.

 

Or, dans le cadre de cette interprétation traditionnelle, il y a, au tout début, à propos du mystère de la création, un petit mot curieux qui revient : c’est le mot « Tsimtsoum ».

 

Qu’est-ce que le « tsimtsoum » ? C’est le retrait de Dieu, consentit par Lui pour permettre la mise en place de sa création. La meilleure façon pour l’expliquer clairement est sans doute celle du Grand Rabbin de Belgique, Albert Guigui. Elle a le mérite d’être aussi simple que claire : Voici une bouteille d’eau, remplie à ras-bord. Il est impossible d’y ajouter quoi que ce soit. Si je veux y mettre de la limonade, je dois d’abord vider la bouteille de son eau.

 

C’est ce qui s’est passé au moment de la création : Dieu emplissait tout l’univers et il n’y avait aucune place pour y ajouter quoi que ce soit.

Et si le texte de Genèse nous dit, dans la plupart de nos versions françaises : « Au commencement, Dieu créa », il faut souligner que c’est en fait une mauvaise traduction, une de ces traductions-trahisons  que les limites de notre langue nous imposent.

Il serait plus exact de traduire : « dans un commencement de quelque chose, Dieu créa » !

UN commencement, ce n’est pas LE commencement.

Cela implique qu’il y en ait eu au moins un autre avant. Du reste, l’Evangile selon Jean le dit assez explicitement : « Au commencement était le Verbe ».

L’histoire ne commence pas par la création, mais par le fait de la préexistence de Dieu.

Or, si Dieu est infini, il remplit tout, comme l’eau de ma bouteille,  et il n’y a pas la moindre place pour la création. Pour qu’elle puisse naître de Sa Parole, il faut qu’il lui ménage un espace, il faut qu’il se retire.

 

Toute l’histoire humaine s’inscrit dans ce retrait délibéré de Dieu, dans cette « kénose » initiale.

 

 

L’histoire du Salut est souvent et largement interprétée comme celle d’une création nouvelle, comme le fait de la restauration de la création dans son état initial de bonté, de beauté et perfection. Et cette création nouvelle n’est rendue possible que par un nouveau retrait de Dieu, un nouveau « tsimtsoum », une « kénose ».

 

Ceci nous fournit un éclairage nouveau sur l’apparente attitude d’humilité passive de Jésus lors de sa Passion.

Vue sous cet angle, il s’agit moins d’humilité au sens humain du terme, que d’un acte royal, d’un acte vraiment créateur comme seul Dieu peut le mettre en œuvre. Sous les apparences du Serviteur souffrant décrit par Esaïe se cache le vrai visage de Jésus, qui est celui de Dieu qui crée par amour la Terre nouvelle et les cieux nouveaux que nous attendons souvent comme promis dans un avenir plus ou moins lointain, voire hypothétique, et qui pourtant sont déjà pleinement existants et réalisés pour quiconque accepte de les discerner.

 

Il fallait que s’accomplissent les Ecritures : ce n’est pas une fatalité, mais quelque chose qui découle de la Volonté de Dieu, un pont qui joint les deux rives de deux commencements : celui du départ, relaté dans Genèse 1, et celui de l’arrivée, celui de la restauration, développé de manière grandiose dans le Prologue de l’Evangile selon Jean !

 

Mais ceci implique pour nous, qui le comprenons, une attitude nouvelle : Si Dieu, en consentant au travers du Christ à se retirer de nouveau pour permettre la « réinitialisation », le « reset » pour parler en termes informatiques, de sa création, cela signifie que celle-ci n’est plus une réalité à venir mais une réalité présente ! Tout est accompli !

Nous sommes déjà, ici et maintenant, des citoyens du Royaume.

 

La seule question essentielle, la seule question qui se pose à ce stade est : « en sommes-nous conscients et convaincus ? »

 

Si nous répondons « oui » à cette question, comment se fait-il que nos actes le reflètent parfois si peu ?

Ce n’est pourtant ni hors de notre portée, ni au-delà de nos moyens. La clé de ceci se trouve elle aussi au premier chapitre de la Genèse : lorsque Dieu crée l’homme, il ne le fait pas, comme dans les cosmogonies païennes, pour se faire plaisir ni pour faire joli : il le fait par pur amour, pour donner une mission à celui qu’il crée à son image et à sa ressemblance : celle de gérer la terre, de devenir son partenaire, son « pro-créateur ». Et pour réaliser cette œuvre, il se retire, il laisse à l’homme un espace de liberté et de  choix.

 

Et nous, quelle place laissons-nous vraiment, nous les citoyens du Royaume, à l’autre, à l’étranger ?

 

Lui laisserons nous un peu de place à notre table, dans nos Eglises ?

 

Nous connaissons fort bien les paroles de ce cantique.
Mais qu’en faisons-nous réellement, comment les vivons nous ? Il ne s’agit pas d’offrir un surplus de ce que nous possédons, mais à l’image et à la ressemblance de Dieu, d’accepter de nous retirer pour qu’il trouve un lieu et un droit d’existence.

Ce n’est que dans ce cadre que nous pouvons comprendre comment et pourquoi le Christ s’est « dépouillé » de sa nature divine. Ce n’est aussi que dans ce cadre que nous pouvons et devons nous atteler à l’imiter. C’est moins une question de simple humilité qu’une question d’amour.

 

Que cette semaine sainte qui s’ouvre aujourd’hui devant nous soit tout entière placée sous ce signe !

08:03 Écrit par Pasteur J.-M. Demarque dans Prédications | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

31.03.2007

Prédication du dimanche 25 mars 2007

Jean 8//1-11    

1     Jésus va au Mont des Oliviers.

Le lendemain matin, de bonne heure, il retourne dans le Temple,

et tout le monde vient près de lui. Jésus s’assoit et se met à enseigner.

3            Les maîtres de la Loi et les pharisiens amenèrent une femme

et ils la placent devant tout le monde. 

On vient de la surprendre en train de tromper son mari.

4      Les maîtres de la Loi et les pharisiens disent à Jésus :

« Maître, on a surprit cette femme juste au moment où elle trompait son mari.

5      Moïse nous a commandé de tuer ces femmes-là à coups de pierres.

Et toi, qu’est-ce que tu dis ? »

6            Ils disaient cela pour lui tendre un piège.

En effet, ils veulent avoir une raison pour l’accuser.

Mais Jésus se baisse et se met à faire des traits sur le sol, avec son doigt.

7      Les maîtres de la Loi et les pharisiens continuent à l’interroger.

Alors Jésus leur dit : Parmi vous, celui qui est sans péché,

qu’il lui jette la première pierre !

8      Ensuite, Jésus se baisse de nouveau et se remet à faire des traits sur le sol.

9      Quand les gens entendent ces paroles, ils ‘sen vont l’un après l’autre,

les plus vieux d’abord.

Jésus reste seul avec la femme, et elle est toujours devant lui.

10    Jésus se redresse et lui dit : « Où sont-ils ? Personne ne t’a condamnée ? »

11    La femme lui répond : « Personne, Seigneur ».

Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas.

Tu peux t’en aller, et maintenant, ne fais plus de péché. »

 

PREDICATION

 

La Presse télévisée, radiophonique ou écrite fait régulièrement état de cas de lapidation de femmes adultères dans certaines régions du globe, essentiellement dans des pays musulmans extrémistes, tels que le Soudan. Ceux qui connaissent Amnesty International savent le nombre de pétitions lancées par cette association pour surseoir à une peine aussi atroce que barbare.

De notre côté, nous les occidentaux, nous sommes tous profondément choqués par ces pratiques que nous jugeons –et le mot est faible- inhumaines.

 

Pourtant, au-delà de toute considération éthique, si cette peine subsiste dans un certain Islam radical, c’est qu’elle trouve son origine dans un Livre que les Musulmans reçoivent comme Inspiré, au même titre d’ailleurs que les quatre Evangiles. Et ce Livre, c’est la Bible Juive, celle que nous appelons communément l’Ancien Testament

 

A l’époque où ces textes de Loi concernant les femmes adultères sont rédigés, l’adultère est considéré comme le plus grand des crimes, et particulièrement l’adultère féminin. Qu’un homme commette un meurtre, s’il en a les moyens, il pourra toujours s’en sortir en réparant matériellement son crime. Mais si une femme commet l’adultère, il n’y a pour elle d’autre issue que celle de la lapidation…

 

Les maîtres de la Loi et les Pharisiens sont parfaitement au clair de ceci, et c’est bien pour tenter de piéger Jésus qu’il lui amènent cette femme en lui demandant : « et toi, qu’est-ce que tu dis à propos de la Loi ». Ils savent à quel point le Christ, en parfait « rabbi » de son époque sait manier les textes et faire jouer l’immense jurisprudence de la Loi Orale de son époque, cette Loi qui sera par après codifiée dans la Mishnah et la Guémara, et qui sera couchée par écrit dans le Talmud. Nous en connaissons le fonctionnement presque caricatural :

« L’Ecriture en telle matière, dit ceci ; Rabbi Shiméon, en cette matière dit que ; Rabbi Hannaniah, lui, dit ceci. Mais Rabbi Joseph dit que…etc. »

Toute la Loi est ainsi mise en discussion, et, selon les circonstances, on trouve toujours des excuses au fautif pour alléger sa peine. C’est la base, aujourd’hui encore, de tout système judiciaire démocratique, qui laisse aux avocats d’un prévenu la possibilité de s’en sortir à moindre frais en faisant jouer les cas de jurisprudence.

 

Seul l’adultère féminin, dans la Bible, ne répond pas à ces critères : la peine prévue est la lapidation. Point final.

 

Les Maîtres de la Loi le savent, mais ils s’attendent à ce que Jésus « invente » une possibilité d’atténuer la peine, ce qui le perdrait dans tous les cas. Leur question est d’ailleurs aussi insidieuse que vague : c’est un avis qu’ils lui demandent : « qu’en penses-tu ? ».

 

Et ils s’attendent, le connaissant, à ce qu’il leur dise au moins que ce n’est « pas bien », qu’il faut savoir pardonner, offrir une nouvelle chance ou que sais-je encore.

 

S’il se laisse aller dans cette direction, il est perdu, puisque c’est le seul cas où la loi est absolument rigide et immuable : c’est celle qui a été gravée dans la pierre par le doigt même de Dieu !

 

Jésus ne répond pas selon leurs attentes : il répond en Juif, avec une phrase qui va totalement les piéger : la Loi c’est la Loi ! Dura lex, sed lex ! Il faut donc l’appliquer. Par conséquent, la femme doit être lapidée. Et donc, que ce soit celui d’entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre !

 

S’il avait dit « que ce soit celui d’entre vous qui n’a jamais connu l’adultère », il s’en serait sans doute au moins trouvé un qui aurait pu commencer le supplice. Un célibataire, peut-être ? d’autant que Jésus, dans un autre évangile, celui de Matthieu, avait déjà annoncé la couleur en disant que celui qui regarde une femme avec de « mauvaises pensées » ou plus simplement « avec une idée derrière la tête » avait déjà commis ce crime. Les hommes sont les hommes et Jésus, homme lui-même, sait de quoi il parle !

 

Bref, voila ses piégeurs pris à leur propre piège. Et Luc de nous dire, laconiquement, qu’ils s’en vont…

 

La femme reste seule avec Jésus qui lui dit simplement : va, et ne pêche plus. Elle est pardonnée, totalement, et restaurée dans une perspective de vie qui lui offre celle de changer, de ne plus sombrer dans le mal.

 

Entre temps, pendant que les rangs des « Maîtres de la Loi s’amenuisaient, Jésus s’est accroupi et s’est mis à écrire sur le sable… C’est le seul moment où les Evangiles rapportent une écriture autographe du Christ. Et les exégètes de tous les temps se sont perdus en conjectures pour savoir ce qu’il avait bien pu écrire. Je n’ai évidemment pas non plus la réponse, mais je crois qu’une piste est possible dans la comparaison : la Loi de Dieu, selon la tradition biblique, a été écrite dans la pierre par le doigt même du Créateur. Ce qui est gravé dans la pierre est immuable. Mais Jésus, qui est Dieu, écrit, lui dans le Sable ! Le sable, s’il est aussi un minéral, est par nature mouvant, changeant. Ce qui est écrit à sa surface peut aisément être changé, voire même effacé !

 

Le péché de l’homme, qui le voue à la perdition, répond aussi à ce critère : s’il est bien inscrit à sa charge, il peut être totalement effacé par la Grâce de Dieu !

Quelque ait pu être sa faute, si grande et grave soit-elle, un homme, quel qu’il soit, aura toujours aux yeux de Dieu, la possibilité de repartir de zéro, d’aller et de ne plus pécher !

 

C’est sans doute la plus grande et la plus belle leçon qui nous soit donnée par ce texte.

 

Mais il en est une autre, qui lui est directement corollaire :

 

C’est celle du pardon absolu, que nous devons, nous humains, être à même de donner, surtout si, en tant que chrétiens, nous sommes cohérents avec les enseignements de Celui que nous appelons « notre Maître » !

 

Si lui pardonne, et surtout s’il nous pardonne à nous, qui sommes nous pour oser si souvent condamner qui que ce soit.

 

Imaginez que cette parole du Christ deviennent le leitmotiv de nos actions : « que celui qui est SANS PECHE lui jette la première pierre » : qui, dans ce cas, pourrait encore porter un jugement ou condamner un autre homme ?

 

Sans doute est-ce utopique, surtout dans notre société moderne. Mais ce ne l’est que parce que nous faisons trop souvent totale abstraction de la Grâce.

 

Celui qui a commis une faute est déclaré, par nos lois et nos règles, « coupable » -et il l’est effectivement- et par conséquent il doit payer. Nous n’imaginons même pas que nous pourrions lui dire « VA, et NE PECHE PLUS ». Pourtant c’est bien ce que nous dit le Christ, jour après jour, au fil quotidien de nos nombreuses chutes et de nos écarts, chaque fois que nous venons demander son pardon. Et j’oserais même dire lorsque nous n’imaginons même pas lui demander : la femme adultère, pas plus que celui que l’on appelle, par euphémisme le « Bon Larron » n’avaient pas demandé le pardon qu’ils ont pourtant reçu.

 

Bien sûr, vous m’objecterez que ce que je dis ici est, dans nombre de cas de la pratique courante, impraticable : j’imagine aussi très mal un tribunal agir avec autant de mansuétude envers un criminel ou un gangster. Mais pourtant, si on réfléchit bien, un Tribunal n’est pas là pour faire la morale : il n’est là que pour faire payer au fautif une dette envers la société, dette évaluée en peine pénale sur base d’une gradation établie au préalable. Ce qui, soit dit en passant fait de tout condamné un homme ou une femme qui se réhabilite au fil de sa peine et à l’égard duquel nul n’a le droit d’y ajouter en portant à son égard le moindre jugement de valeur.

C’est ce qu’en droit on appelle « l’autorité de la chose jugée »

Et celui ou celle qui sort de prison devrait pouvoir redémarrer dans la vie avec les mêmes chances que n’importe qui. Ce n’est malheureusement pas le cas !

 

D’autre part, si nous sommes devant une impossibilité de pardon dans nombre de cas qui relèvent du pénal, nous l’avons cette possibilité, et cette responsabilité, pour tout ce qui concerne notre propre personne. Nous le rappelons d’ailleurs, sans malheureusement vraiment en prendre la mesure, lorsque dans le Notre Père nous disons : « pardonne nous nos offenses COMME nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ».

« Comme », ici, signifie deux choses : une affirmation d’abord : nous pardonnons effectivement. Et une comparaison ensuite : pardonne nous de la manière dont nous pardonnons…

Les deux choses sont liées : je crois que, quoi que nous ayons pus commettre, lorsque nous comparaîtrons devant le Tribunal de Dieu, nous serons effectivement pardonnés dans la mesure où nous-mêmes nous aurons exercé cette capacité nous-mêmes, de notre vivant, à l’égard de tous les autres humains qui sont nos frères. « il lui sera beaucoup pardonné car elle a beaucoup aimé ! »

 

Puissions-nous, à quelques encablures de la Fête de Pâques qui consacre notre pardon et notre espérance d’une vie nouvelle, nous souvenir de ceci et nous efforcer de l’appliquer déjà dans les plus petites choses : elles sont les fondement de l’édifice que le Seigneur nous demande de bâtir pour lui et pour l’édification de tous les hommes qu’il aime infiniment.

06:15 Écrit par Pasteur J.-M. Demarque dans Prédications | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

Prédication du dimanche 18 mars 2007

Luc 15/1-3.11-32    

1          Les collecteurs d'impôts et autres gens de mauvaise réputation s'approchaient tous de Jésus pour l'écouter.

Les pharisiens et le maître de la loi s'indignaient entre eux et disaient:

Il fait bon accueil aux gens de mauvaise réputation et mange avec eux !

3          Jésus leur dit alors cette parabole:   

11        Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père:

"Mon Père, donne-moi la part de notre fortune qui doit me revenir".

Alors le Père partagea sa fortune entre ses deux fils.

13        Peu de jours après, le plus jeune fils vendit sa part de propriété et partit avec son argent pour un pays éloigné. Là, il vécut dans le désordre et dissipa ainsi sa fortune.

14        Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays,

et il commença à manquer du nécessaire.

15        Il alla donc se mettre au service de l'un des habitants du pays,

qui l'envoya dans les champs garder les cochons.

16        Il aurait bien voulu se nourrir des fruits du caroubier qui mangeaient les cochons,

mais personne ne lui en donnait.

17        Alors il se mit à réfléchir sur sa situation et se dit:

"Tous les ouvriers chez mon père ont plus de nourriture qu'ils n'en peuvent manger,

tandis que moi, ici, je meurs de faim !"

18        Je vais partir pour retourner chez mon père et je lui dirai:

"Mon père, j'ai péché contre Dieu et contre toi,

19        je ne suis plus digne que tu me regardes comme ton fils.

Traite-moi donc comme l'un de tes ouvriers.

20        Et il partit pour retourner chez son père.

Comme il était encore loin de la maison, son père le vit et en eut profondément pitié; il courut à sa rencontre, le serra contre lui et l'embrassa.

21        Le fils lui dit alors: "Mon père, j'ai péché contre Dieu et contre toi,

je ne suis plus digne que tu me regardes comme ton fils".

22        Mais le père dit à ses serviteurs: "Dépêchez-vous d'apporter la plus belle robe et mettez-la lui; passez-lui une bague au doigt et des chaussures aux pieds.

23        Amenez le veau que nous avons engraissé et tuez-le, faisons un joyeux repas,

24        car mon fils que voici était comme mort et il est revenu à la vie, il était perdu et je l'ai retrouvé." Et une joyeuse fête commença.

25        Pendant ce temps, le fils aîné de cet homme était aux champs.

Lorsqu'il revint et fut près de la maison, il entendit un bruit de musique et de danses.

26        Il appela un des serviteurs et lui demanda ce que cela signifiait.

27        Le serviteur lui répondit: "Ton frère est revenu, et ton père a fait tuer le veau que nous avons engraissé, parce qu'il a retrouvé son fils en bonne santé".

28        Le fils aîné se mit alors en colère et refusa d'entrer dans la maison.

Son père sortit pour l'inviter à rentrer.

29        Mais le fils répondit à son père: "Ecoute, il y a de nombreuses années que je te sers

et je n'ai jamais désobéi à l'un de tes ordres.

Pourtant, tu ne m'as jamais donné même un chevreau

pour que je fasse un joyeux repas avec mes amis.

30        Mais quand ton fils que voilà revient, lui qui a dépensé entièrement ta fortune avec des prostituées, pour lui tu fais tuer le veau que nous avons engraissé !"

31        Le père lui dit: "Mon enfant, tu es tous les toujours avec moi,

et tout ce que je possède est aussi à toi.

32        Mais nous devions faire une joyeuse fête et être heureux, car ton frère que voici était comme mort et il est revenu à la vie. Il était perdu et je l'ai retrouvé."


PREDICATION

 

Jésus se trouve aujourd’hui dans une situation scabreuse… Il est en route vers Jérusalem et, en chemin, il a dû s’arrêter une fois de plus pour se reposer, à son habitude, chez des gens qui , de par leur mode de vie, sont très loin de faire l’unanimité chez les défenseurs d’une foi juive rigide et pure. Les controverses se font de plus en plus fréquentes, ainsi que les mises en cause de son ministère et les accrochages avec les tenants de la bienséance religieuse.

 

Aujourd’hui, ce sont des collecteurs d’impôts et d’autres gens mal famés qui constituent l’auditoire de Jésus, ce qui suscite la colère des scribes et des pharisiens.

Mais Jésus les connaît et il ne se démonte pas : il leur oppose une parabole, c'est-à-dire une histoire qui contient à la fois un enseignement et une morale, une histoire qui ne concerne pas que ses acteurs mais s’adresse aussi et surtout à ses auditeurs…

 

Une histoire qui relève d’un fait divers, banal, comme ceux qu’on peut trouver à foison dans une certaine presse de nos jours :

 

Un fils de famille aisée, le cadet de deux, décide un beau jour de partir à l’aventure et de courir le monde. Comme il n’a pas l’intention de revenir, il va trouver son père et fait jouer un article de loi qui lui permet, du vivant de celui-ci, de toucher sa part d’héritage. Une part qui doit être importante –nous sommes dans une famille riche- et qui lui permettra de mener à bien son projet.

 

Son père accepte, et le voila parti… Et le voila surtout dilapidant son avoir et se retrouvant très vite sans le sous, sans la moindre ressource, loin de sa maison.

C’est alors pour lui la dégringolade, la descente aux enfers, à un point tel que lui, qui est juif, va devoir se résoudre non seulement à garder des animaux impurs –des porcs en l’occurrence- mais encore à espérer pouvoir partager leur nourriture, ce que son employeur ne lui permet même pas…

Cette fois il touche le fond, il n’y a plus pour lui aucun espoir d’avenir. C’est alors qu’il songe à une solution, la seule qui soit pour lui : il pourrait rebrousser chemin, revenir chez son père, et lui demander de le prendre à son service comme le dernier de ses serviteurs. Il connaît son père, il sait qu’il traite son personnel avec justice, et que ses employés sont au moins nourris… Et le voila qui prend le chemin du retour.

 

Son père, de son côté, s’il a agit envers lui de manière légale, en acceptant de le laisser partir avec sa part d’héritage, a surtout agit par amour, tout d’abord d’ailleurs en lui laissant sa liberté. Un père qui aurait retenu son fils contre son gré n’aurait pas vraiment agit par amour ! Mais cela, le fils ne le sait pas encore, pourtant il va très vite s’en apercevoir : depuis son départ, il ne se passe pas un jour sans que le père se rende sur la route, guettant le retour de ce fils qu’il serait prêt à accueillir à bras ouvert et à restaurer dans son état de fils. C’est effectivement ce qui va se passer : dès qu’il l’apercevra, il l’accueillera et fera préparer pour lui une grande fête !

 

Du même coup, le « fait divers », l’histoire banale du départ prend une autre tournure : elle devient choquante, voire même immorale, et on comprend fort bien la réaction du fils aîné qui est colère contre son père et se sent lésé. D’autant qu’on apprend de sa bouche que si, lui, il a toujours consciencieusement servi son père, ce dernier n’a jamais organisé pour lui la moindre fête !

 

Pourtant, c’est vrai que cette histoire est banale : c’est la nôtre à tous, ici présents ce matin, c’est celle de tous les chrétiens du monde qui sont les turbulents fils cadets de Dieu !

 

A tous, à chacun, Dieu nous promet une part immense d’héritage qui se concrétise dans une vie en plénitude de joie et de bonheur. Mais nous aimerions tant pouvoir en disposer tout de suite, immédiatement. Alors, comme il nous aime au point de nous laisser totalement libres et de ne pas chercher à nous retenir, souvent il nous arrive, à nous aussi, de partir à l’aventure loin de lui, forts de cet héritage que nous dilapidons dans la recherche de bonheurs autant terrestres qu’immédiats et éphémères.

Et il nous arrive alors les mêmes déconvenues, les mêmes déboires que ceux qui minent l’existence du fils prodigue ! Plus nous nous éloignons de Dieu dans notre quête de bonheur matériel et de pseudo liberté, plus notre avoir s’amenuise, plus notre précarité spirituelle grandit. ET nous en arrivons parfois à un tel point de non retour qu’il nous faut parfois atteindre le fond pour que nous n’ayons plus d’autre solution que de revenir en arrière, de faire, comme on dit en hébreu, « teshouvah » pour revenir à Dieu dans la nudité et la repentance.

 

Mais Dieu, lui, nous attend toujours au seuil de sa maison, guettant notre retour avec amour et impatience, et est toujours prêt à nous tendre les bras pour, non seulement nous accueillir dans le pardon et la paix, mais encore et surtout nous restaurer dans notre état initial et plénier de fils et de filles.

 

Cette parabole nous donne deux leçons essentielles :

 

La première, c’est que, quoi q’un homme, quoi qu’un chrétien ait pu faire ou commettre dans son existence, même si ses actes sont passibles de la justice humaine qui ne se traduit généralement qu’en termes de condamnation et de peine, il aura toujours la possibilité de revenir à Dieu, sans que ce dernier le condamne ni ne lui demande des comptes.

 

Et ceci est vrai, est une règle absolue à tous les niveaux : imaginons les situations les plus extrêmes : Qu’un Michel Fourniret, un Marc Dutroux, Un Andras Pandy se convertissent vraiment du fond de leur prison, qu’ils décident vraiment de s’abandonner à la totale grâce de Dieu et de revenir à Lui, ils seront à l’instant même totalement pardonnés pour les horreurs qu’ils ont commises et, sans la moindre contrepartie, restaurés dans leur qualité de fils promis à l’héritage du Royaume ! Et même, si sous le coup des lois humaines, ils passeront le reste de leurs jours en prison, ils pourront être, par cette grâce inouïe, totalement et pleinement transformés. J’oserais même dire « transfigurés ».

 

Ceci vaut aussi pour tout homme qui place sa confiance en Christ, quelle que soit son histoire ou son existence : Dieu, qui a donné ce qu’il avait de plus cher pour le salut de l’humanité, à savoir son fils unique, ne fait pas la moindre différence envers quiconque et attend de chacun de nous son retour avec amour et impatience. Il est prêt à pardonner à chacun, sans poser la moindre condition, pourvu que chacun, du fond parfois d’une misère morale et spirituelle terrible fasse cette démarche de revenir à lui !

 

Ce qui revient à pouvoir affirmer deux choses :

 

1°. Il n’y a pour personne de situation sans issue.

2°. Personne n’a non plus à juger qui que ce soit, ni surtout à condamner moralement un autre être humain.

Nous sommes tous, et je dis bien TOUS, au bénéfice de l’amour et de la miséricorde parfaits de Dieu !

 

La seconde chose nous concerne tout autant : c’est l’attitude du fils aîné, une attitude humainement compréhensible, qui n’est pas d’ailleurs sans points communs avec celles des ouvriers qui ont travaillé tous le jour et s’insurgent devant le fait que leur patron rétribue de la même manière ceux qui n’ont oeuvré qu’une heure. Certains chrétiens ont la fâcheuse tendance de catégoriser et de reléguer ceux qui ne vivent pas, selon eux, en conformité avec les prescriptions évangéliques dans le tiroir des condamnés. Ces mêmes chrétiens ne savent accepter que ceux qui ne vivent ni ne pensent comme eux aient, auprès de Dieu, la même valeur et le même statut qu’eux. A fortiori ne savent-ils accepter que quelqu’un qui a mené une « mauvaise vie » puisse, à son terme, être accueilli et reçu par le Père comme Sauvé.

C’est un trait de psychologie humaine, qui se rattache à des conceptions logiques selon lesquelles, dans notre monde en tout cas, chacun reçoit le salaire de son travail, grand ou petit selon les choses accomplie. C’est de ce fait qu’à découlé et que découle encore dans certaines églises ou communautés qui ne sont pas que catholiques, la « théologie des œuvres ». Selon cette dernière, chacun devrait recevoir en fonction de ce qu’il a été ou de ce qu’il a fait dans son existence.

Mais Dieu n’est pas, humainement parlant, logique ! Dieu aime tout homme, quel qu’il soit, de manière également totale et parfaite. Et lorsque nous péchons, lorsque nous commettons des fautes, il n’y a pas pour lui de gradation dans ces dernières. Bien sûr, selon ce que nous pouvons commettre, nous en subissons nous-même, ici-bas, les conséquences. Mais ce n’est nullement lui qui nous les fait subir comme punitions. Pour lui, la faute, quelle qu’elle soit n’a pour conséquence que de le faire souffrir dans son cœur de père et il n’attend et n’espère qu’une chose, comme le père de la parabole : nous voir revenir à lui, pour nous serrer dans ses bras et laisser éclater toute sa joie en offrant une grande fête pour notre retour !

 

Ceci est tellement extraordinaire, tellement inattendu et si peu logique que je me demande si le titre communément donné à cette parabole du « fils prodigue » est bien choisi et si on ne devrait pas plutôt lui donner celui de « Parabole du Père prodigue » ! Dieu n’a aucune limite dans son amour ni dans son pardon pour tout homme qui revient à lui. Contrairement à notre justice humaine qui se contente de punir et de demander réparation, il ne fait , lui, que restaurer le coupable dans un état de juste. Il est celui, et le seul qui justifie les pécheurs que nous sommes !

 

Nous sommes, aujourd’hui, dans notre marche vers Pâques, à la moitié de montre chemin, au sein d’un dimanche que la liturgie appelle celui de la « laetare ». Un mot que dans nombre de nos régions nous associons généralement au carnaval et dont nous oublions trop souvent le sens profond qui est celui de la joie intérieure, de la jubilation que fait naître dans le cœur de l’homme cette certitude qu’il peut acquérir d’être totalement et définitivement sauvé, totalement et pleinement aimé de Dieu qui ne le condamne pas mais l’accueille dans l’infinie tendresse de son cœur.

Symboliquement parlant, si le « carême », cette période de quarante jour avant pâques a pour les chrétiens une connotation négative qui rappelle la traversée du désert, ce rappel de la Joie de Dieu, au milieu de celui-ci est un double signe : notre vie ici bas est souvent parsemée d’échecs, de difficultés de tous ordres, mais elle nous mène, à terme, vers ce qui sera un jour notre Pâque, bien plus que notre fin : le jour où nous entrerons chacune et chacun de plain pied dans le Royaume promis, pour notre vie et notre joie éternelle. Le second signe, c’est celui de la joie, d’une joie peut-être encore incomplète ou imparfaite, mais que nous pouvons cependant vivre d’ores et déjà dans notre traversée du désert : celle de savoir que les promesses de Dieu sont certaines et que rien, comme le dit si bien Paul dans sa lettre aux chrétiens de Rome, rien ni personne ne pourra jamais nous couper de l’amour que Dieu a pour nous.

 

Forts de ceci, frères et sœurs, quelle qu’ait pu être jusqu’ici notre histoire, ne tardons pas à faire comme le fils cadet de la Parabole, volte face et retour vers la maison où notre père nous attend les bras ouverts. Nous n’y serons tous reçus que de manière égale, avec amour, dans la joie et l’apaisement.

06:13 Écrit par Pasteur J.-M. Demarque dans Prédications | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

12.03.2007

Prédication du dimanche 4 mars 2007

3e lecture Luc 9/28-36                      Parole de Vie   

28            (Environ huit jours plus tard),

Jésus emmène avec lui Pierre, Jean et Jacques

et il monte avec eux sur la montagne pour prier.

29    Pendant que Jésus prie, son visage change,

et son vêtement devient blanc comme la lumière de l’éclair.

29            Soudain, il y a deux hommes qui parlent avec lui.

C’est Moïse et Elie.

31    On les voit entourés de la gloire de Dieu.

        Ils parlent avec Jésus de sa mort prochaine à Jérusalem.

32            Pierre et ceux qui sont avec lui dorment profondément.

Quand ils se réveillent,

ils voient la gloire de Jésus et les deux hommes qui sont avec lui.

33    Au moment où Moïse et Elie vont quitter Jésus, Pierre lui dit :

Maître, c’est une bonne chose pour nous d’être ici.

Nous allons faire trois abris :   un pour toi, un pour Moïse et un pour Elie. Mais Pierre ne sait pas ce qu’il dit.

33            Pendant qu’il parle, un nuage arrive

et il les couvre de son ombre.

Au moment où ils entrent dans le nuage, les disciples ont peur.

35            Une voix vient du nuage et dit : 

Celui-ci est mon Fils, c’est lui que j’ai choisi. Ecoutez-le !

36    Quand la voix parle, Jésus se retrouve seul.

Les disciples gardent le silence,

et, ces jours-là, ils n’ont raconté à personne ce qu’ils ont vu.

 

 

PREDICATION

 

L’épisode de la transfiguration revient chaque année dans le temps préparatoire à la fête de Pâques. C’est un passage de l’Evangile un peu étrange, teinté de merveilleux. C’est aussi un passage très riche qui fait beaucoup plus que nous raconter une belle histoire.

Essayons donc d’y voir plus clair et de découvrir le sens que ce texte veut nous transmettre pour notre vie d’aujourd’hui…

 

Jésus se retire dans la montagne pour prier. Cette fois, il n’est plus seul, contrairement à sa retraite au désert : il se fait accompagner par trois de ses apôtres, et pas n’importe lesquels : Pierre ainsi que Jacques et Jean, les deux Fils de Zébédée, qu’il a surnommé les « fils du tonnerre », en raison de leur caractère bouillant. Sur ce plan, Pierre l’impulsif ne leur cède en rien.

 

On peut se demander, pourquoi, en cette circonstance particulière, il choisit justement ces trois-là, qui ne sont pas, loin s’en faut les plus spirituels de la troupe ? Peut-être craint-il de les laisser livrés à eux-mêmes et préfère-t-il les garder près de lui ? Ou bien veut-il, en raison de leur impulsivité leur montrer quelque chose, leur donner une leçon de sagesse et de patience ?

Toujours est-il qu’ils montent avec lui et que, la marche les ayant sans doute fatigués, ils sombrent dans un profond sommeil. C’est presque une habitude chez eux : Jésus prie et ils dorment…

 

A leur réveil, ils voient Jésus dans sa gloire, dialoguant avec Elie et Moïse.

Moïse, c’est pour Israël le premier législateur, le premier guide, celui qui va mener son peuple de l’esclavage d’Egypte à la liberté de la Terre Promise. Elie, c’est le prophète monté au ciel sur un char de feu, et dont les Juifs de l’époque de Jésus espéraient le retour comme annonciateur de la venue du Messie. Et voici que justement, leur maître leur apparaît dans toute la gloire de ce qu’il est vraiment : le Fils de Dieu, Dieu lui-même, qui se révèle à eux comme un Messie encore bien plus grand, bien plus fort et puissant que tout ce qu’ils avaient pu imaginer. Pierre, Jacques et Jean avaient sans doute déjà compris qui était Jésus, mais ils ne le percevaient qu’avec la sensibilité humaine de l’époque, celle qui attendait un messie guerrier, envoyé de Dieu pour rétablir le Royaume d’Israël en puissance, pour lui restituer sa gloire passée. Et ils auraient bien voulu précipiter les choses ! Ils auraient été si fiers d’en être les acteurs ! Ici, face à ce qu’ils voient de leurs propres yeux, ils comprennent soudain que Jésus est bien plus que le Messie qu’ils imaginaient. Ils se disent aussi, sans aucun doute, que tout ce qu’ils espéraient depuis si longtemps est enfin arrivé, enfin accompli, et ils ne voudraient pour rien au monde que cela cesse. Ils sont dans la montagne, ils perçoivent les dimensions de la révélation qui leur est faite et ils voudraient bien rester là, dans cette ambiance et ne plus avoir à redescendre dans la plaine. Ils sont sur un petit nuage, comme on dit, et ils ne veulent plus remettre les pieds sur terre, ni être à nouveau confrontés aux réalités du quotidien : « nous allons rester ici et faire trois abris : un pour toi, un pour moïse, un pour Elie »…

 

Luc nous dit, sans doute avec une certaine pointe d’humour, que « Pierre ne savait pas ce qu’il disait »…

 

Voila une expérience que tous, en tant que chrétiens, nous connaissons bien : nous avons dans notre vie de foi des moments forts, des temps d’exaltation qui nous déconnectent parfois des réalités du quotidien.

Ce sont en soi de bonnes choses. Cela peut être des périodes de notre vie durant lesquelles nous percevons plus tangiblement la proximité de Dieu et son amour pour nous. Ce peut être une grâce qui nous est donnée dans des moments difficiles. Nous pouvons vivre cela aussi lors de retraites, lors de temps d’enseignements.

Nous le vivons aussi, d’une certaine manière dans nos cultes : Une liturgie bien construite, des cantiques que nous aimons chanter ensemble, des textes qui nous parlent et semblent s’adresser directement à notre vécu, une prédication dans laquelle on se retrouve, qui répond à certaines de nos questions ou de nos attentes, et nous voila, en quelque sorte « transfigurés » : nos soucis de la semaine passent au second plan, nous nous sentons « regonflés », nos batteries se rechargent et nous aimerions tellement que cela dure, que cela ne cesse pas. Mais nous savons pourtant que dès le lendemain, il nous faudra nous replonger dans les difficultés du monde, y faire face, faire « avec ».

Et nous savons que nous serons de nouveau face à ces choses que nous avons oubliées pour une heure, qu’il nous faudra de nouveau, encore et encore en affronter la réalité.

Peut-être pourtant, fort de ce que nous avons reçus, pourrons nous l’aborder différemment.

 

Prenons garde cependant de ne pas quitter un piège pour un autre ! Je m’explique :

 

Le piège qui nous guette dans nos temps forts est relativement facile à discerner et, pour peu que nous sachions en tirer certaines leçons, facile à éviter : c’est celui du statisme et du repli sur soi : on est bien en église, en communauté. On reçoit de bonnes choses et on aime à se les partager entre nous. Mais ces moments ne sont cependant, comme je le disais plus haut de manière imagée, que des temps de ressourcement. Notre mission n’est pas à vivre intra muros, elle se situe à l’extérieur. Le chrétien, s’il doit avoir, comme on dit, « la tête au ciel », doit aussi et surtout avoir les pieds sur terre et vivre cette foi qu’il reçoit à l’extérieur, dans les joies comme dans les peines du quotidien !

Bien sûr, ce serait plus facile de pouvoir vivre entre nous, ce serait sans doute le rêve de plusieurs de pouvoir bâtir une société exclusivement chrétienne et de construire un monde « évangélique » au sens strict du terme. Et puis, quelque part, cela ne répondrait-il pas à cette injonction du Christ qui nous dit : « ne soyez pas du monde » ? C’est ce que tentent parfois plus ou moins consciemment de vivre certains chrétiens : on ne se fréquente qu’entre gens qui partagent une même foi, pour ne pas dire une même théologie, on vit un esprit de groupe dont est exclu quiconque ne répond pas à certains critères. On estime alors que les tenants des autres fois, ou les athées sont dans l’erreur totale, n’ont rien à nous apporter et on évite d’aller vers eux, de dialoguer, de partager… On oublie totalement l’autre versant de l’injonction du Christ qui nous dit aussi « soyez DANS le monde » ! On est si bien sur la montagne ! Pourquoi aller prendre le risque de se corrompre ou d’être incompris dans la plaine ? Ceux qui s’y trouvent n’ont qu’à monter eux aussi ! Pourquoi descendrions-nous ?

 

Peut-être, simplement, dans une volonté d’imiter le Christ : si Dieu avait tenu ce raisonnement, aucun homme n’aurait pu être sauvé : nous serions tous restés dans la plaine de notre péché. Mais lui, il a su prendre le risque de s’abaisser, de descendre de « sa montagne » et de venir jusqu’à nous. Et par Jésus il nous demande de faire de même : c’est dehors, c’est dans la « plaine du monde » que nous avons à vivre notre vraie mission. Pas sur la montagne de nos cultes ou de nos temps forts qui n’ont de sens que celui de notre nécessaire ressourcement.

 

Le second piège découle du premier et est, lui, plus insidieux. Il consiste à croire que, dans la vie de tous les jours, Dieu régit et dirige toutes choses. Outre le fait qu’une telle manière de penser fait fi de notre liberté, elle induit des comportements parfois comiques sans doute, mais parfois aussi dangereux. C’est comique, par exemple, d’entendre comme je l’évoquais la semaine dernière, des gens qui pensent que Dieu leur réserve une place de parking, ou qu’il suscite une météo favorable pour leurs activités communautaires.

Ce l’est beaucoup moins lorsque, dans ce cadre de pensée on croit ou on fait croire que les soucis quotidiens, les ennuis de santé, les deuils ou toute autre mauvaise chose soit le fruit de comportements « non chrétiens » ou qu’à l’inverse, réussite et choses agréables sont la rétribution de nos actes conformes à notre foi.

Toute vie est faite d’une succession de joies et de peines. Il y a des drames , des catastrophes, des choses inexplicables qui peuvent survenir et il n’est pas bon, je le crois, de tout attribuer à Dieu. Dieu n’a certainement pas voulu qu’une maman tue ses cinq enfants avant de tenter de se donner la mort. Dieu ne veut la maladie ni la souffrance ni la mort de personne. Et il ne bénit pas la réussite de ceux qui font fortune en vendant des armes, en entretenant des conflits ou en commercialisant de la drogue.

S’il est effectivement présent partout et en tout ce que nous vivons, ce n’est pas lui qui dirige notre vie : c’est nous ! C’est notre responsabilité et notre liberté. Et c’est notre mission à nous chrétiens de le démontrer et de le dire haut et fort en acceptant de descendre de nos nuages et d’aller vivre dans la plaine, parmi les autres hommes qui sont nos frères et qui sont tous, même s’ils l’ignorent, fils et filles d’un même père, fils et filles de Dieu. D’un Dieu qui ne fait aucune différence entre eux quant à l’amour qu’il leur porte.

Forts de ceci, nous devons absolument adopter une attitude qui soit en conformité avec celle de celui qui nous mandate : nous n’avons ni à juger les autres, ni à les condamner, quoi qu’ils aient pu faire. Lorsque des faits divers horribles, comme celui évoqué plus haut font l’actualité, nous n’avons pas à hurler avec les loups mais à demander le pardon et la paix de Dieu pour ceux qui les commettent. La meilleure façon de le faire ou d’y arriver, c’est d’essayer de nous mettre à leur place, même si c’est difficilement concevable.

 

Notre mission est aussi d’est d’accepter d’admettre que le fait d’être chrétiens ne nous vaccine pas contre le mal : nous pouvons tous le subir, et nous pouvons tous le commettre !

 

Mais, forts de notre foi, nous pouvons et devons aussi vivre notre vie DANS le monde, en en étant partie prenante pour lui apporter cette espérance qui nous anime et dont tous les hommes ont tant besoin : une espérance qui permet de croire en un mieux toujours possible, même dans les cas où, à vues humaines, il n’y a plus d’espoir. C’est le trésor que nous recevons lors de nos rencontres avec Dieu sur les montagnes de nos transfigurations, qui n’a de valeur que si nous prenons la résolution d’aller le porter dans la plaine.

Puissions-nous, dans notre marche vers Pâques, vivre plus intensément la proximité de Dieu pour que cette proximité nous pousse à aller vers tous nos frères, à descendre dans leur plaine pour nous faire proche d’eux, comme des maillons d’une chaîne qui puissent les rattacher à Dieu. C’est aussi le sens de cette Parole qui dit « tu aimeras ton prochain comme toi-même » : le prochain ne sera jamais dans ce sens celui qui nous ressemble ou qui est comme nous, mais le différent de qui nous-mêmes nous nous approchons. Et une fois encore, ce « différent », cet autre n’est pas avec nous sur la montagne : il est dans la plaine et nous avons le devoir de descendre l’y chercher.

09:41 Écrit par Pasteur J.-M. Demarque dans Prédications | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

27.02.2007

FONDAMENTALISME CHRETIEN : DANGER !

Les intégrismes


Les chrétiens - XXe siècle
Etats-Unis : quand la Bible fait loi

Les fondamentalistes protestants exercent outre-Atlantique une influence constante sur la vie politique et sociale. Pour autant, les Américains sont-ils prêts à lâcher The Desperate Housewives pour retourner à La Petite Maison dans la prairie ?

Par Sébastien Fath

La Bible seule ! La Bible dit ! C'est en écho au Sola Scriptura des réformateurs que les protestants les plus radicaux scandent aujourd'hui leurs mantras militants. La science peut plaider pour Darwin, la génétique percer le secret de l'ADN, mais seule la Bible, Parole de Dieu, doit pour eux avoir le dernier mot. Cette insistance obsessionnelle sur les fondements de l'autorité biblique nous rappelle que la radicalité religieuse, chez les protestants, s'exprime moins par l'intégrisme que par le fondamentalisme.

Le fondamentalisme, c'est la manière protestante d'être radical, de pousser à l'extrême un engagement chrétien voulu comme total et sans concessions. Au contraire de l'intégrisme catholique, qui se rattache à une tradition, le fondamentalisme se rattache avant tout à un texte, la Bible, reçue comme inerrante, c'est-à-dire sans erreurs dans ses manuscrits originaux. D'où vient ce mouvement ? Quelle est son histoire ? Quelles stratégies en réseaux a-t-il développées pour peser aujourd'hui sur les affaires du monde ?

Le mot « fondamentalisme » est né au début du XXe siècle en terrain protestant nord-américain. Le terme commence à se répandre aux lendemains de la Première Guerre mondiale, mais le mouvement qu'il désigne préexiste. Il est apparu aux Etats-Unis en opposition aux développements du modernisme théologique. Entre 1910 et 1915, douze fascicules, tirés à trois millions d'exemplaires, sont publiés sous le titre suivant : The Fundamentals : A Testimony to the Truth. Ils comprennent une centaine d'articles théologiques, écrits par les protestants évangéliques les plus en vue de l'époque. Parmi eux, de nombreuses dénominations protestantes sont représentées : on y rencontre le théologien écossais James Orr, le professeur presbytérien à Princeton Warfield, l'évangéliste Torrey, le théologien baptiste du Sud Mullin, ou l'évêque anglican Moule.

Convaincus que les progrès de l'exégèse moderne et du libéralisme menacent de saper les contenus traditionnels de la foi chrétienne, ces auteurs entendent défendre les points fondamentaux de la foi. Parmi ceux-ci, la divinité et l'incarnation de Jésus, Fils de Dieu, la naissance virginale du Sauveur, sa mort expiatoire sur la Croix pour le salut des humains, la résurrection corporelle, la réalité du péché, qui sépare de Dieu et rend l'expiation nécessaire, le salut par la Grâce (et non par les efforts humains), et l'autorité de la Bible, « Parole inspirée de Dieu ». L'unité de ces fascicules n'est pas complète, loin s'en faut. En réalité, les auteurs divergent sur bien des points secondaires, mais ils se retrouvent autour de la nécessité d'une plate-forme commune pour stopper ce qu'ils pensent être un processus de démolition des vérités chrétiennes traditionnelles. Leur positionnement est alors essentiellement théologique, sans grande ambition sociétale et politique.

C'est en référence à ces fascicules et à ce large cercle d'auteurs que s'est structuré le premier fondamentalisme protestant américain, aux ramifications internationales. Porté par plusieurs millions d'Américains soucieux de défendre les enseignements chrétiens traditionnels, ce protofondamentalisme est multiple : maîtres d'oeuvre du Fundamentalist Project, référence en la matière, Martin Marty et Scott Appleby préfèrent même parler de « fondamentalismes protestants ».

Le courant est diffus, disparate, sans unité confessionnelle, comme trans-frontière. Dans la logique protestante, qui relativise l'institution ecclésiale au profit de la relation directe de l'individu avec Dieu, ce fondamentalisme n'a rien d'une armée disciplinée au service d'une sainte cause. Par ailleurs, il n'a pas défendu, à l'origine, de ligne séparatiste, contre-culturelle. Les premiers fondamentalistes entendent au contraire convaincre l'ensemble des chrétiens, l'emporter à l'intérieur des grandes Eglises et dénominations protestantes existantes et terrasser partout le libéralisme théologique comme saint Georges tue le dragon.

C'est dans ce but de conquête qu'est créée la World's Christian Fundamentals Association, en 1919, un an avant que le terme de fondamentalisme entre en usage à la suite de Curtis Lee Laws, éditeur du Watchman Examiner (périodique baptiste). Mais plus dure est la chute. Le rêve de planter le drapeau victorieux de la pureté biblique sur tous les clochers et campus chrétiens s'est fracassé contre le réel, et le courant fondamentaliste, aux Etats-Unis, son principal bastion, comme dans le reste du monde, a graduellement connu une radicalisation qui l'a conduit à renoncer au projet initial. Abandonnant l'espoir de régénérer le protestantisme dans son ensemble, les fondamentalistes ont choisi une option de plus en plus isolationniste, hostile au « monde ».

Quel fut le détonateur de la crise ? Comment cette réaction orthodoxe, aux accents proches du rôle alors joué par le magistère romain dans la crise moderniste catholique, s'est-elle muée en un fondamentalisme vindicatif et dénonciateur dont les médias se repaissent aujourd'hui ? C'est au milieu des années 1920 que s'est amorcé ce basculement, à l'occasion du fameux « procès du singe ». Hostiles à la théorie de l'évolution des espèces de Darwin, les fondamentalistes ont alors voulu faire de la condamnation d'un enseignant évolutionniste, prononcée à Dayton (Tennessee) un symbole de leur influence. Ils gagnent certes leur procès, sous l'impulsion de l'ancien vice-président des Etats-Unis, le démocrate William Jennings Bryan (1860-1925). Mais ils perdent la bataille médiatique. Plus grave encore que les foudres de l'opinion, ils s'attirent le ridicule. Stigmatisés dans la presse, ils passent désormais pour d'obscurantistes bigots hostiles au progrès scientifique.

Dès lors, la cause est entendue pour les premiers fondamentalistes. Après un tel échec dans la conquête de l'opinion, nulle illusion à entretenir sur la conversion de la société tout entière. Finie l'offensive générale au grand jour, place aux tranchées, aux sous-cultures de résistance, réfugiées dans un séparatisme résolu qui relègue le « monde » et ses « péchés » à bonne distance. Poursuivie dans les années 1930, la radicalisation du mouvement fondamentaliste a entraîné des fractures internes. Tirant les conséquences du procès du singe, certains leaders du courant choisissent une stratégie séparatiste. La presse séculière est mauvaise ? Qu'à cela ne tienne, on crée des quotidiens et des périodiques fondamentalistes. L'école publique n'est plus ce qu'elle était ? On la quitte et on fonde ses établissements, du jardin d'enfant à l'université. La radio, puis la télévision menacent les bonnes moeurs ? On crée à leur place les médias audiovisuels demandés par les publics fondamentalistes.

Echouant à transformer l'ensemble de la culture, les fondamentalistes ont choisi l'option de consolider la leur, en nourrissant leurs réseaux locaux de structures alternatives. Mais cette optique contre-culturelle, adossée à une rhétorique dénonciatrice, ne plaît pas à tout le monde. Bien des protestants, compagnons de route du premier fondamentalisme, n'apprécient pas ce nouveau séparatisme, jugé trop belliqueux. Ils souhaitent défendre une doctrine orthodoxe, mais sans politique de séparation et de confrontation agressive avec la culture ambiante.

C'est au sein de ce public critique que se sont affirmées, à partir de 1943 (avec la création de la National Association of Evangelicals), les organisations évangéliques - et non pas « évangélistes », terme impropre. Ces évangéliques sont très puissants aujourd'hui aux Etats-Unis, où ils représentent plus de 70 millions d'Américains, mais aussi dans le monde : au moins 200 millions d'individus sans compter les pentecôtistes, qui feraient au moins doubler la statistique. Mais ils ne peuvent pas être tous assimilés à des fondamentalistes ou des intégristes. Parmi les présidents américains qui se réclament de cette orientation, on compte aussi bien George W. Bush que Bill Clinton ou Jimmy Carter. Si tous les fondamentalistes protestants sont évangéliques, dont ils constituent l'aile radicale, tous les évangéliques ne sont pas fondamentalistes. Cette différenciation s'est faite dans les années 1930-1940 ; et, depuis la Seconde Guerre mondiale, la fracture entre les deux a tendance à s'accroître.

Tandis que les protestants évangéliques s'engagent de plus en plus fermement sur les sentiers oecuméniques, aboutissant à la signature d'un premier document théologique majeur au printemps 1994 avec les représentants du catholicisme américain (Evangelicals and Catholics Together), les fondamentalistes, au contraire, accentuent leur séparatisme avec les autres chrétiens, en durcissant trois éléments qui deviennent leurs signes de ralliement et les piliers de leur mouvement.

Le premier trait consiste en une eschatologie particulière. Elle est à caractère prémillénariste et largement marquée par une vision dispensationaliste de l'Histoire. Pour les fondamentalistes, celle-ci va de mal en pis : seul le retour de Christ, instaurant le Millenium (règne de 1 000 ans), pourvoira à l'attente des élus. D'où une vision pessimiste du monde, qui nourrit les réflexes contre-culturels. A cette conception prémillénariste s'ajoute l'impact du dispensationalisme, doctrine qui découpe l'histoire en sept « dispensations » durant lesquelles Dieu agit à chaque fois de manière spécifique. Selon cette doctrine, qui s'appuie sur la traduction Scofield de la Bible (1909), nous vivons aujourd'hui l'avant-dernière « dispensation », marquée par le « rétablissement d'Israël », prélude immédiat au retour du Christ en gloire. D'où le soutien appuyé des fondamentalistes américains à Israël, envisagé comme conforme au plan de Dieu.

Le deuxième trait qui caractérise le fondamentalisme du dernier demi-siècle est l'inerrance de la Bible. Déjà affirmé précédemment, ce critère postule la Bible « sans erreurs ». Il devient alors obsessionnel. Contrairement à une idée reçue, ce principe d'inerrance ne signifie pas que les versions actuelles de la Bible soient considérées sans erreurs. L'interprétation n'est pas non plus complètement « littérale », car l'exégèse des textes (et leur hiérarchisation sélective) est tout autant pratiquée dans les rangs fondamentalistes qu'ailleurs. Cependant, la valorisation extrême de ce principe d'inerrance entraîne une méfiance croissante pour tout recours aux sciences humaines dans l'interprétation des textes bibliques, stérilisant le débat intellectuel et éthique (notamment sur la question évolutionniste) au nom d'arguments d'autorité. Si « la Bible dit », il faut s'exécuter, sous peine de dévier de la vérité et de s'exposer au courroux divin.

Enfin, la dernière caractéristique de l'évolution fondamentaliste depuis 1945 est l'essor d'une idéologie séparatiste, appuyée sur le verset biblique de la Seconde Epître aux Corinthiens (6, 17) : « Sortez donc d'entre ces gens-là, et mettez-vous à l'écart, dit le Seigneur ; ne touchez à rien d'impur. Et moi, je vous accueillerai. » Elle postule le principe suivant : « Aucune collaboration avec ceux qui collaborent avec les libéraux. » Ils s'opposent frontalement sur ce terrain aux protestants évangéliques, dénonçant par exemple l'apostasie du prédicateur évangélique Billy Graham, qui associe des catholiques dans ses croisades depuis la fin des années 1950. Ces ouvertures oecuméniques passent, aux yeux des fondamentalistes, pour une grave compromission, voire une trahison. Les fondamentalistes post-1945 ont renoncé de fait à toute tentative de transformer les dénominations existantes de l'intérieur, préférant faire bande à part et multiplier leurs propres structures de défense et de formation, portées en particulier par les strictes universités sudistes Bob Jones, Liberty University ou Regent University.

On observe cependant une inflexion au cours des années 1970. Les fondamentalistes sortent alors de leur isolement, non pas pour réinvestir les grandes dénominations, dont ils sont plus que jamais séparés, mais pour influer sur la politique. Depuis 1979, des figures comme les télévangélistes Jerry Falwell (fondateur de la Moral Majority), Pat Robertson (fondateur de la Christian Coalition) ou Ralph Reed (qui incarne la relève de la Nouvelle Droite chrétienne) ont défrayé la chronique par leurs efforts répétés pour faire progresser à Washington leur agenda conservateur. Mais l'hypothétique « majorité morale » qu'ils invoquent s'est réduite à un poids direct d'environ deux millions d'électeurs : suffisant pour peser sur les élections, mais bien trop faible pour infléchir la législation fédérale ou faire triompher un candidat maison. Parmi les fruits de la sécularisation et de la libéralisation de la société états-unienne depuis les années 1960, ni l'avortement, ni la banalisation de l'homosexualité, ni la multiplication des divorces, ni l'abandon de la prière à l'école n'ont subi de remise en cause frontale, que la majorité des Américains n'accepterait pas.

Si les fondamentalistes sont tellement bruyants aujourd'hui, ce n'est pas parce qu'ils sont plus puissants, c'est au contraire parce que le mouvement dominant de la société leur échappe de plus en plus. Quand l'Amérique de La Petite Maison dans la prairie reflétait davantage leurs valeurs, on les entendait moins. C'est parce qu'ils perdent du terrain qu'ils protestent, et non l'inverse. Dans l'Amérique de Desperate Housewives, le fondamentalisme reste bien vivant et exerce une influence partielle, au-delà de son périmètre, sur 70 millions d'Américains. Mais face à la libéralisation de la société, il n'en a pas moins échoué dans sa tentative de renverser la vapeur.



Chercheur au CNRS, chargé de conférences à l'Ecole pratique des hautes études, il a publié Dieu bénisse l'Amérique. La religion de la Maison Blanche (Seuil, 2004), Militants de la Bible aux Etats-Unis. Evangéliques et fondamentalistes du Sud (Autrement, 2004), et Du ghetto au réseau. Le protestantisme évangélique en France, 1800-2005 (Labor et Fides, 2005).

Comprendre
Eschatologie
Théorie des fins dernières de l'homme et du monde.
Inerrance
Infaillibilité de la Bible. Si le Saint-Esprit est bien l'auteur premier de l'Ecriture, celle-ci ne saurait nous induire en erreur en quoi que ce soit : l'infaillibilité de la Bible est celle de Dieu lui-même.


Dispensationalisme
Ce néologisme, répandu plutôt dans le monde anglophone, provient de l'idée que l'histoire du monde est divisée en sept âges, ou dispensations. Nous sommes censés vivre actuellement la fin du sixième âge, attendant simplement le retour de Jésus qui inaugurera l'âge final, le glorieux règne millénariste, une période de mille ans. Ce retour sera précédé de l'enlèvement au ciel des vrais croyants (le ravissement), de sept années de grandes épreuves (la tribulation) et d'une guerre au Moyen-Orient qui culminera dans la grande bataille d'Harmagedôn (Ap, 16,16), juste avant le retour de Jésus. Ce schéma très élaboré est censé provenir de la Bible. En fait, il a été imaginé au siècle dernier en Angleterre par John Nelson Darby (1800-1882), un des fondateurs des Frères de Plymouth. C.D.

10:28 Écrit par Pasteur J.-M. Demarque dans Théologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

26.02.2007

Prédication du 25 février 2007

LUC 4/1-13     

      Jésus, rempli du St esprit, revint du Jourdain et fut conduit par l'Esprit dans le désert.   Il y fut tenté par le diable pendant 40 jours.

Il ne mangea rien durant ces jours-là et, quand ils furent passés, il eut faim.

3    Le diable lui dit alors : "Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de se changer en pain".  Jésus lui répondit :

"L'Ecriture déclare - l'homme ne vivra pas de pain seulement.

5    Le diable l'emmena plus haut,

il lui fit voir en un instant tous les royaumes de la terre et lui dit:

- Je te donnerai toute cette puissance et la richesse de ces royaumes:

tout cela m'a été remis et je peux le donner à qui je veux.

Si donc tu te mets à genoux devant moi, tout sera à toi.

8           Jésus lui répondit: - L'Ecriture déclare:

"adore le Seigneur ton Dieu et sers-le, lui seul".

9           Le diable le conduisit ensuite à Jérusalem, au sommet du temple, et lui dit :

Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi d'ici en bas; car l'Ecriture déclare:

"Dieu ordonnera à ses anges de te garder ». Et encore : "Ils te porteront de leurs mains pour éviter que ton pied ne heurte une pierre".

12  Jésus lui répondit : - L'Ecriture déclare :

"Ne mets pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu."

13  Après avoir achevé de tenter Jésus de toutes les manières,

le diable s'éloigna de lui jusqu'à une autre occasion.

 

PRÉDICATION   

 

En ce premier dimanche  du Carême, le texte du deutéronome et celui de Luc nous rappellent deux événements importants, tous deux liés au désert : celui de la libération de l’esclavage d’Egypte, fait prépondérant pour Israël et son histoire, et celui de la tentation de Jésus. Deux quarantaines, l’une en années, l’autre en jours, qui chacune inaugurent quelque chose de nouveau et de déterminant.

 

Le thème du désert, dans toute la Bible, revient de nombreuses fois aussi, à des moments-clés de l’histoire d’Israël et de celle du Salut. Il a marqué des générations de croyants, il a quelquefois déterminé des choix de vie et il reste, pour nos contemporains, chargé d’un symbolisme souvent lié à certains passages de la vie de l’homme, liés à la précarité mais souvent sous-tendus par une espérance de temps meilleurs.

Ne disons-nous pas, lors des périodes difficiles de notre existence, que nous sommes plongés dans « une traversée du désert » ?

Périodes de soucis, d’angoisse, liées à des problèmes quotidiens, des fatigues, des dépressions, des temps de maladie, de désillusions, des « passages à vide », que tous nous espérons passagers et dont tous nous souhaitoins et espérons voir se terminer et déboucher sur de nouveaux départs, de nouvelles espérances.

Généralement, on ne choisit pas ces moments-là : on aurait plutôt tendance à les fuir.

Pourtant à bien y regarder, ils apparaissent, dans les Ecritures, soit comme des passages obligés, des temps d’épreuves, difficile certes à accepter, mais qui débouchent toujours sur un mieux pour la personne, sur une vie transformée et rendue plus forte par l’épreuve.

Dans le cas de la « retraite » du Christ, de sa « quarantaine » au désert, il s’agit même d’un choix délibéré ou en tout cas d’une obéissance consentie librement à la volonté de Dieu :  Luc nous rapporte en effet, qu’après son baptême dans le Jourdain, «    Jésus, rempli du St esprit, revint du Jourdain et fut conduit par l'Esprit dans le désert.   Il y fut tenté par le diable pendant 40 jours. Il ne mangea rien durant ces jours-là et, quand ils furent passés, il eut faim. « 

 

Le passage est pour le moins curieux : Jésus, au Jourdain, vient de vivre le moment le plus fort de son existence : il vient d’être, lors de son baptême par Jean, reconnu comme le « Fils bien aimé de Dieu », reconnu explicitement, devant une foule de gens, comme le Messie d’Israël. Son ministère public vient de s’ouvrir sous les meilleurs auspices qui soient et, s’il s’appuyait sur ce moment là pour asseoir sa réputation, on serait en droit de penser que tout est dit, que tout est accompli. Mais dans ce cas, en vérité, rien, pour notre humanité n’aurait pu se passer sur le plan de son Salut : Jésus aurait pu être reconnu et accepté comme le Messie promis depuis le tréfonds des tempos bibliques, il aurait sans doute pu rétablir en puissance le Royaume d’Israël, mais pour nous, les hommes, rien n’aurait vraiment été changé : nous serions resté emprisonnés à tout jamais par le poids d’un péché que nous n’aurions jamais pu, de nous-mêmes, effacer.

 

Alors l’Esprit intervient et pousse Jésus au désert pour, nous dit Luc « y être tenté par le Diable ».

Curieux esprit en vérité, fort éloigné, avouons-le, de la conception commune que nous en avons en tant que chrétiens : nous l’assimilons volontiers à un esprit de joie, un esprit d’allégresse, un esprit de paix, mais bien rarement à celui qui nous pousse à vivre les affres de la tentation ! Et pourtant, si nous prenions la peine d’analyser notre passé, nous nous rendrions sans doute compte qu’il est bien présent aussi dans les moments difficiles que nous traversons, et peut-être qu’il n’y est pas totalement étranger dans la mesure où se vérifie souvent cette expérience rendue par un verset biblique que nous connaissons bien : de tout mal Dieu peut faire surgir un bien !

 

Au désert, jésus va $etre confronté à trois types de « tentations » qui sont la base commune de toutes celles que nous sommes parfois amenés à éprouver dans nos existences. Le chiffre « quarante » n’est d’ailleurs pas étranger à cela : il symbolise la durée moyenne de la vie de l’homme en ces temps bibliques.

 

La première de ces tentations, de ces mises à l’épreuve, est celle du confort le plus élémentaire, celle de nos besoins les plus immédiats : tu as faim : change ces pierres en pain et rassasie-toi. Pense d’abord à toi, comble tes besoins les plus élémentaires. On pourrait, avec une touche d’humour, ajouter à cela un slogan publicitaire connu : « parce que tu le vaux bien » ! Et puis, après tout, ne dit-on pas aussi que « charité bien ordonnée commence par soi-même ? »

 

La seconde est plus insidieuse : elle dépasse les besoins immédiats et débouche sur la prise de pouvoir sur les autres : « regarde les royaumes de la terre : je te les donnes si tu le veux ».  Elle prend appui sur l’orgueil humain et sa propension inhérente à dominer aussi bien autrui que l’univers dans son ensemble. Elle trouve sans doute ses plus terribles applications modernes dans certaines dérives de la recherche scientifique actuelle qui vise plus à prendre la place de Dieu qu’à soulager l’humanité de ses véritables maux. C’est un retour au péché originel, un « remake » de la chute : Bien sûr les recherches médicales et leurs résultats permettre aujourd’hui à l’homme de doubler son espérance de vie : on vit couramment jusqu’à 80 ou 90 ans, on voit fleurir de plus en plus de centenaires et on sait que leur nombre ira croissant durant les années à venir. Mais ceci a un coût que nous payons tous : celui du vieillissement des populations, celui de l’accroissement exponentiel du nombre d’habitants, celui de l’apparition de nouvelles maladies… Et si l’on regarde les sommes colossales dépensées pour ce type de recherches, pour celles qui vont vers une quête effrénée de la vie éternelle contrôlée par l’homme (je pense à la bio-génétique par exemple, aux recherches sur la cryogénisation, etc), ou pour une hypothétique colonisation d’autres systèmes dans l’univers, on peut être pris de vertige et, en tous les cas se demander ce que l’on fait réellement face à des fléaux bien réels et immédiats qui sont la faim dans le monde, les injustices sociales, les guerres, les épidémies, les catastrophes en tout genre. Si l’argent consacré par ces nouveaux docteurs Faust à leurs recherches revenait à soigner ces différents fléaux, il est certains qu’on pourrait en venir à bout et que l’humanité pourrait enfin vivre de manière plus juste et plus harmonieuse. Moins longtemps peut être : mais un auteur n’a-t-il pas dit très justement que la qualité d’une vie ne se mesurait lµpas à sa durée mais à son intensité ?

 

La troisième tentation, enfin, est la pire de toutes, la plus perverse aussi : elle consiste à mettre dieu à l’épreuve. Oh, je sais que tous, sans doute nous dirons, et sans doute aussi très sincèrement, qu’elle ne nous concerne pas : nous sommes, il est vrai, parfois soumis à la tentation, parfois plus ou moins enclins à y céder, mais nous ne tenterions certainement pas Dieu. Du reste, nous n’en sommes pas capables !

 

En sommes-nous si sûrs ?

 

Pour les croyants que nous sommes, la bible regorge pourtant d’allégations qui, mal comprises ou mal interprétées peuvent se transformer en tentations de ce type : « Dieu est avec nous », « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? », ou encore , comme dans ce passage de Luc : « Il a donné ordre à ses anges de te garder en toutes tes voies »…

Autant d’affirmations qui sont justes, tant qu’elles sont sous la mouvance de la volonté réelle de Dieu, mais qui peuvent engendrer les pires dérives si nouis les reprenons à notre compte, si nous nous les approprions.

Quelques exemples parmi d’autres, à commencer par le Christ : S’il avait cédé à cette tentation (et aux autres !) il aurait évidemment pu rétablir en force la puissance d’Israël. Mais que serait-il advenu ensuite ? Sans doute une succession de guerres, de conquêtes, de bains de sang de toutes sortes . Aurait-il alors pu accomplir sa vraie mission ? Certainement pas, et cela aurait définitivement provoqué notre chute.

Au moyen age, des milliers d’hommes se sont levés au cri de « Dieu le veut » pour aller libérer le tombeau du Christ. 2tait-ce la volonté de Dieu ? Certainement pas ! Et cela s’est soldé, en Europe, en Espagne et en Terre Sainte par le massacre de populations entières, juives et arabes.

Il y a 60 ans à peine, des armées ont déferlé sur le monde pour tenter d’y instaurer un « ordre nouveau ». Leurs soldats avaient une devise gravée sur leur ceinturon : « Dieu est avec nous ». Leur folie a généré la mort de millions de personnes, dont celle de six millions de juifs.

De même, plus près de nous, aujourd’hui, en Israël et un peu partout dans le monde, des fous se font sauter dans des bus, ou avec des avions dans des tours au nom de cette prétendue volonté divine, forts de se croire sous son couvert…

 

Bien sûr, vous me direz que ce sont là des cas extrêmes, des exemples excessifs qui dénotent bien sûr de mauvaises et sinitrres interprétations de la présence ou de la volonté de Dieu. Mais en quoi sommes nous concernés, en quoi peut ont dire de nous que nous « tombions aussi dans le panneau » ?

 

Je répondrai, sans hésiter, à bien des égards, et si cela se passe à des échelles dérisoires, cela induit en nous des attitudes au moins aussi graves, qui peuvent parfois être lourdes de conséquences pour nous comme pour les autres !

 

Certains chrétiens, parce qu’ils sont sincèrement convaincus que Dieu remplit leur existence, n’hésitent pas à le mettre ou à le voir partout. Les exemples que je donne ici sont, sans doute, assez caricaturaux, mais ils n’en sont pas moins réels. Ils sont aussi vrais et vécus : J’avais un copain de fac, dans les années ’90 qui trouvait souvent une place de parking à la rue des Bollandistes : il était persuadé que c’était en réponse à sa prière et même que Dieu avait chargé un ange de la lui réserver. Cela ne l’a pas empêché, un jour, de devoir aller rechercher sa voiture à la fourrière…

Il y a aussi des chrétiens qui s’imaginent qu’ils ne seront jamais malades, qui pensent que ceux qui le sont sont des pécheurs, punis pour leurs fautes. Jusqu’au jour où ils sont eux-mêmes frappés..  Auraient-ils oubliés qu’eux aussi sont des pécheurs, comme tous les autres hommes ?

Il y a ceux qui croient qu’en cette matière, ou en matière de soucis de tous ordres, la prière suffit. Pas besoin de médecins ni de médicaments puisque Dieu est « celui qui guérit ». Oublient-ils que la guérison qui nous est effecvtivement proposée est avant tout celle de notre être intérieur, que c’est d’abord une guérison spirituelle qui concerne notre avenir en tant qu’êtres voués à partager un jour la vie de Dieu ? Oublient-ils tout simplement cette sagesse populaire biblique qui dit « aide-toi et le ciel t’aidera ? »

Tout ceci pourrait prêter à sourire si les conséquences de tels actes ne pouvaient parfois être tragiques : si nous négligeons notre part de libre arbitre et de choix dans notre vie quotidienne, si nous optons pour la facilité qui consioste à remettre les commandes de notre vie à Dieu, non seulement nous nous aliénons, nous devenons de potentiels assistés, mais nous l’enfermons, Lui, dans un rôle qu’il n’a pas et qu’il ne peut avoir : nous en faisons un tyran régissant tous les instants de notre vie. Nous nous coupons de toute liberté de choix, nous devenons des pantins sans volonté propre et sans avenir.

De telles attitudes sont radicalement opposée à l’action réelle de Dieu dans nos vies : Il veut, lui, le bien et le bonheur de tous les hommes , pour autant qu’ils l’acceptent et y consentent eux-mêmes. Et ce bonheur là ne peut faire l’économie des conséquences de nos actes ni celles de nos péchés. Il est, pour chgacun de nous des temps d’épreuve qui sont inhérents à notre nature humaine. Nous ne saurions les éviter, que nous les ayons ou non directement mérités. Mais ces temps sont aussi des moments où, d’une manière ou d’une autre nous pouvons faire le point sur notre existence . C’est au départ de ce « point » que nous pouvons opter pour un changement de cap, une remise en question qui nous rapproche vraiment du plan particulier que Dieu a pour chacun de nous.

 

Jésus, bien que Dieu lui-même, en revêtant notre humanité, passe lui aussi, avant d’entrer vraiment dans son ministère, par cette remise en question. Et si ce temps est dur pour lui, s’il ne l’élude pas, il débouche, après un combat rude et certain, sur la découverte du sens de sa mission.

Ne nous étonnons donc plus que ce soit l’Esprit qui le pousse au désert pour y être tenté. Souvenons-nous nous aussi que la tentation, l’épreuve sont , si nous les comprenons bien et si nous ne nous laissons pas dominer par elles, les moyens salutaires utilisés par Dieu pour nous faire venir ou revenir à Lui.

 

Dans le Notre Père, nous ne demandons pas, comme cela figure parfois dans certaines traductions d’être « gardés de la tentation », mais de ne pas y être soumis ce n’est pas tout à fait la même chose ! sachons nous en souvenir, sachons nous souvenir aussi de Jésus au désert : il est présent dans ceux de nos vies et, si nopus prenons la peine de l’écouter vraiment, il nous en fera sortir pour aller à sa suite sur ses propres voies. Que cela soit notre désir et notre volonté en ces temps qui nous mènent vers Pâques !

08:34 Écrit par Pasteur J.-M. Demarque dans Prédications | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

prédication du 11 février 2007

EVANGILE                                                Luc 6/17-26 

17  Jésus descendit de la colline avec ses disciples et s'arrêta en un endroit plat, où se trouvaient un grand nombre de disciples.

Il y avait aussi une foule immense de gens de toute la Judée,

de Jérusalem et des villes de la côte, Tyr et Sidon.

18  Ils étaient venus pour l'entendre et se faire guérir de leurs maladies.

Ceux que tourmentait un esprit mauvais étaient guéris.

19  Tout le monde cherchait à le toucher,

parce qu'une force sortait de lui et les guérissait tous.

20  Jésus regarda alors ses disciples et dit:

heureux, vous qui êtes pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous !

21 heureux, vous qui avez faim maintenant,

car vous aurez de la nourriture  en abondance.

Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez !

22  Heureux êtes-vous si les hommes vous haïssent, s'ils vous rejettent,

vous insultent et disent du mal de vous, à cause du Fils de l'homme.

23      Réjouissez-vous quand cela arrivera et sautez de joie, car une grande récompense vous attend dans le ciel.

C'est ainsi, en effet, que les ancêtres maltraitaient les prophètes.

24  Mais malheur à vous qui êtes riches, car vous avez déjà eu votre bonheur !

25  Malheur à vous qui avez tout en abondance maintenant, car vous aurez faim !

Malheur à vous qui riez maintenant,

car vous serez dans la tristesse et vous pleurerez !

26  Malheur à vous si tous les hommes disent du bien de vous,

car c'est ainsi que leurs ancêtres agissaient avec les faux prophètes.

 

 

 

 


PREDICATION

 

Les béatitudes !

Un enseignement abrupt, difficile à comprendre et surtout à encaisser, qui nous est livré avec des variantes chez Matthieu et chez Luc.

Le texte de Luc est sans doute plus direct, plus abrupt : il ne s’occupe ni de précisions ni de détails, il est plus « généraliste » et surtout, il est immédiatement suivi de « contre béatitudes », d’annonces de malheurs destinés à ceux qui n’entrent pas dans la difficile catégorie des « heureux ».

Chez Matthieu, les pauvres le sont « en esprit » ; ceux qui ont faim et soif l’ont de justice. A la limite, nous qui sommes humains, nous pourrions encore fort bien nous en accommoder, voire même nous en orgueillir : après tout, être pauvre en esprit n’implique pas nécessairement la pauvreté matérielle, et avoir faim et soif de justice peut rejoindre nos idéaux et même être exaltant…

Luc, lui, semble bien parler de vraie pauvreté et de vraie faim : c’est beaucoup plus dur et difficile à vivre. Du reste, on est en droit de se poser la question : est-ce possible, est-ce acceptable que d’enseigner de telles choses ? Objectivement, littéralement, il n’y a qu’une réponse : non !

Pourtant, pris de la sorte, ce type d’enseignement a fait, à diverses époques de l’histoire, les choux gras d’une hiérarchie ecclésiastique qui, vivant dans l’opulence, avait tout intérêt à endormir le peuple des fidèles et à le maintenir dans une pauvreté ou un état de dénuement parfois extrême. Vous êtes pauvres, vous manquez de tout, vous souffrez, vous avez faim, on vous persécute ? Tant mieux pour vous puisque le Christ déclare « heureux » ceux qui sont dans vos situations ! Un discours qui peut agir comme une drogue et qui comme une drogue peut pousser certains au « misérabilisme » Ce qui fera dire un jour à un Karl Marx que « l’Eglise est l’opium du peuple » !

A bien lire les évangiles et à replacer les « béatitudes » dans le contexte général de l’enseignement libérateur du Christ, on comprend vite que ce n’est pas du tout de cela dont il s’agit : Jésus ne fait l’apologie ni de la pauvreté, ni de la misère, ni du chagrin : il fait bien celle du bonheur, ou plutôt de bonheurs au pluriel, qui sont non seulement réels mais sont en outre à rechercher comme les seuls vrais, les seuls durables.

Jérémie, dans la première lecture faite ce matin, fait sans nulle doute référence au Psaume 1, celui qui ouvre le grand Livre des prières d’Israël.

Ce Psaume, bien connu, commence par ce verset : heureux l’homme qui ne s’assied pas au ban des moqueurs, celui qui médite la Thora jour et nuit…et il continue en disant : il est comme un arbre planté au bord d’une eau vive, qui ne se fane pas, qui porte du fruit »…

Il y a deux choses importantes à souligner à propos de ce passage : d’abord, littéralement, le texte ne dit pas « heureux l’homme » mais bien « bonheurs de l’homme ». Bonheurs est au pluriel et même, plus exactement au duel. Un peu comme si l’auteur sacré voulait souligner le fait que ces bonheurs sont de deux types : l’un, immédiat, à saisir et à éprouver d’ores et déjà durant notre « passage terrestre », et qui débouche sur la plénitude d’un autre bonheur, relevant de la promesse de Dieu, que ceux qui s’attachent à ses commandements éprouveront ensuite, pour toujours, dans son royaume.

Ensuite, l’arbre n’est pas « planté » mais bien « transplanté » comme l’indique précisément le verbe hébreu « shatoul ». Si un arbre, dans une forêt, peut fort bien se planter tout seul au départ d’une graine tombée des branches de son « père », il ne saurait en aucun cas se « transplanter ». Pour ce faire, il lui faut bénéficier d’une action extérieure. On peut la matérialiser ici par la foi et par la conversion, le changement qu’elle peut susciter dans le cœur de tout homme.

Ces précisions sont importantes si nous voulons comprendre la portée des « béatitudes ».

 

Nous avons naturellement, en tant qu’êtres humains, une conception du bonheur souvent immédiate et matérialiste. Si nous posons la question autour de nous, auprès de nos collègues ou de connaissances, nous obtiendrons le plus fréquemment les réponses suivantes, avec plus ou moins de nuances : « le bonheur, c’est avoir la santé, du travail, de l’argent, du confort… C’est avoir suffisamment de sécurités matérielles pour éviter la peur du lendemain, pour assurer son avenir et celui de ses proches… C’est profiter au maximum des bonnes choses de la vie, avoir des amis, être heureux en ménage et en amour, avoir des enfants qui réussissent, etc… » On pourrait évidemment allonger la liste presque à l’infini. Mais on s’aperçoit aussi que ce bonheur, ou ces bonheurs-là, ces bonheurs humains sont d’une part passagers (comme on dit de manière populaire, « on ne les emporte pas dans la tombe) et que d’autre part, ils sont à l’opposé des bonheurs proposés par les béatitudes.

Une bonne image de ceci se trouve, je le pense, chez les gens qui gagnent au Lotto : La plupart réagissent de deux façons différentes : soit ils placent l’argent et le font fructifier, pour l’accumuler, et auquel cas ils ne sont guère plus avancés qu’avant puisqu’ils n’en profitent pas vraiment (c’est un peu l’histoire du riche fermier qui accumule le fruit de ses moissons et ne sait pas qu’il va mourir le lendemain), soit ils « claquent » tout rapidement et se retrouvent très vite dans une situation difficile (c’est l’histoire du fils prodigue). Quelle que soit l’attitude envisagée, elle débouche sur une négation du vrai bonheur et le seul moyen d’atteindre ce dernier réside dans un changement de point de vue, dans une conversion, dans une transplantation sur un autre niveau de valeurs. Sur celui des valeurs qui durent et vont au-delà de notre finitude humaine.

 

Jésus ne nous invite pas à vivre des situations pénibles pour atteindre le vrai bonheur, mais à nous déraciner de tout ce qui entrave notre croissance spirituelle, à dépasser des situations sans doute parfois difficiles pour progresser vers un bonheur promis qui non seulement sera total mais ne finira jamais. 

 

On ne peut pas être transplanté si on refuse d’être déraciné. Et ce déracinement-là, qui est essentiel à notre vie de foi, n’est pas l’action d’un instant mais de toute une vie. Nous ne pouvons pas devenir de vrais disciples si nous disons à Jésus, à l’instar du jeune homme riche : « je te suivrai, mais laisse moi d’abord régler mes affaires ». Nous ne pouvons pas non plus vivre pleinement l’évangile en faisant l’économie des risques qui lui sont inhérents. Et ces risques-là, nous les connaissons tous : ils sont largement évoqués et énumérés dans les béatitudes : on peut les résumer dans le rejet, la moquerie, voir la haine de ceux qui sont résolument du monde et tiennent à le rester.

 

De ce point de vue, la vie chrétienne authentique est bien faite de pauvreté, de remise en question, d’épreuves parfois douloureuses et, si elle se résumait à cela, il faut bien l’avouer, elle n’aurait aucun attrait.

 

Mais elle dépasse ces épreuves car elle est tout entière sous-tendue par l’espérance que nous avons en nous et qui nous fait acquérir la certitude du bonheur promis. Et cette certitude-là, lorsqu’elle est bien ancrée en nous, peut nous permettre d’être d’ores et déjà heureux, malgré les difficultés que nous pouvons rencontrer sur notre route : comme dans le premier Psaume, le bonheur auquel nous sommes appelés est double : il est pour maintenant et pour demain. Mais nous ne pouvons en prendre la mesure que si nous remettons quotidiennement notre attitude en question, en la replaçant sous l’enseignement de l’Evangile. Il est l’eau vive au bord de laquelle nous avons sans cesse à nous laisser transplanter si nous voulons que notre feuillage ne flétrisse pas et si nous désirons réellement porter de bons fruits.

C’est, sans nulle doute une discipline difficile, mais c’est la seule par laquelle nous pourrons vraiment, pleinement et en toutes circonstances être proclamés à notre tour « heureux » ! Dans le cas contraire, si nous nous attachons aux valeurs humaines, si nous refusons d’être déracinés pour être transplantés, nous risquons fort de voir un jour nos « bonheurs » humains remplacés à jamais par leur contraire, lorsque nous aurons à rendre compte de ce qu’aura été notre vie. Et du reste, nous ne pourrons alors que constater que nous sommes, durant cette dernière, « passés à côté » de l’essentiel.

Un autre Psaume résume fort bien le choix que nous avons çà faire aujourd’hui : « j’ai mis deux chemins devant toi : celui de la mort, et celui de la vie : choisis la vie ! »

Puissions-nous nous-mêmes faire le bon choix ce matin et prendre résolument le chemin de la vie, même s’il est étroit et difficile : c’est le sul qui puisse nous rendre heureux à jamais !

08:32 Écrit par Pasteur J.-M. Demarque dans Prédications | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

09.02.2007

Prédication du 4 février 2007

EVANGILE                                      Luc 5/1-11                 

1   Un jour, Jésus se tenait au bord du Lac de Génésareth et la foule se pressait autour de lui pour écouter la parole de Dieu.

1         Il vit deux barques sur la rive:

les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets.

2         Jésus monta dans l'une des barques, qui appartenait à Simon,

et pria celui-ci de s'éloigner un peu du bord.

Jésus s'assit dans la barque et se mit à enseigner la foule.

3         Quand il eut fini de parler, il dit à Simon:  

-    Avance la barque à un endroit où l'eau est profonde,

puis, toi et tes compagnons, jetez vos filets pour pêcher.

4         Simon lui répondit:

-    Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre.

Mais puisque tu me dis de le faire, je jetterai les filets. 

Ils les jetèrent donc et prirent une si grande quantité de poissons que leurs filets commençaient à se rompre.

7   Ils firent alors signe à leurs compagnons qui étaient dans l'autre barque de venir les aider. Ceux-ci vinrent et ils remplirent les deux barques de tant de poissons qu'elles s'enfon­çaient dans l'eau.

8   Quand Simon vit cela, il se mit à genoux devant Jésus et dit:

Eloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. 

Simon était en effet saisi de crainte,

ainsi que tous ceux qui étaient avec lui,

à cause de la grande quantité de poissons qu'ils avaient pris.

10 Il en était de même des compagnons de Simon, Jacques, et Jean, les fils de Zébédée.

Mais Jésus dit à Simon:

N'aie pas peur; dès maintenant,

ce sont des hommes que tu prendras.

11 Ils ramenèrent alors leurs barques à terre,

laissèrent tout et suivirent Jésus.

 

                                                                                  

 


PREDICATION

 

Le moins qu’on puisse dire, à la lecture des premiers versets de ce passage de Luc que nous venons d’entendre, c’est qu’il nous met en présence d’un homme qui se mêle de ce qui ne le regarde pas et qui fait preuve d’une autorité presque révoltante.

A quai, en bord du Lac de Génésareth, des marins pêcheurs viennent de rentrer bredouilles après une longue nuit de labeur. Ils sont certainement fatigués et pourtant leur journée n’est pas finie : malgré l’échec de la pêche, ils doivent maintenant nettoyer et ranger leurs filets…

Sans demander la permission, sans aucun préambule, Jésus monte à bord d’une des barques et ordonne à Simon, son capitaine, de gagner la haute mer. Allez faire la même chose à Ostende, et vous verrez ce qui vous arrivera !

Mais Simon obéit sans rien dire, sans même poser de questions : sans doute la réputation de Jésus l’a-t-elle précédé.

Cela nous étonne, mais dans ce contexte, ce n’est pas si curieux que cela : aujourd’hui encore, en Israël, certains rabbins très populaires obtiennent très facilement de la population qu’elle leur obéisse de manière aussi directe. Certains même usent ou mésusent de ce pouvoir pour faire pression sur des décisions officielles, voire, hélàs, pour influencer le Gouvernement.

Jésus, lui, ne désire que prendre un peu de recul par rapport à la foule qui le suit et qu’il enseigne. Mais il ne s’arrête pas là : il ordonne à Pierre d’avancer en eau profonde et de jeter les filets. Ici, évidemment, le pêcheur réagit : lui et ses hommes ont travaillé toute la nuit sans rien prendre, alors il trouve cet ordre de Jésus absurde, et il ne se gêne pas pour le lui dire ! Tous les pêcheurs savent que c’est la nuit qu’on fait les meilleures prises : alors, s’ils sont rentrés bredouilles de cette pêche nocturne, a fortiori vont-ils le faire le jour !

Pourtant Pierre obéit, et s’ensuit un phénomène que nous connaissons sous le nom de « pêche miraculeuse ». Jamais ces hommes n’ont pris autant de poissons !

Un miracle, je l’ai rappelé il n’y a pas si longtemps, c’est toujours un fait étonnant, merveilleux, irrationnel et inexplicable.

Mais ici, nous sommes plus en face d’un « signe » qu’en face d’un « simple miracle : derrière lui, il y a une importante symbolique qu’il nous faut essayer de relever si nous voulons bien comprendre en quoi il nous concerne aujourd’hui.

Il y a d’abord ce fait que Jésus embarque sans prévenir ni demander la moindre permission dans la vie d’hommes qui ne sont certainement pas des modèles de foi : marins, ils sont certainement plus superstitieux que croyants, et ils sont aussi considérés par le reste de la population comme des gens peu fréquentables, parce qu’affrontant la mer, souvent associée au mal, et manipulant des animaux morts.

C’est, je le pense, une image importante pour nous :  A notre époque moderne, nombre de chrétiens ont tendance à croire que Jésus n’agit que dans l’existence de ceux qui s’efforcent de vivre de manière correcte, selon les normes établies de la foi. Or, outre quie c’est une idée fausse, c’est aussi un paradoxe flagrant : Il le dit lui-même : « je ne suis pas venu pour les bien-portants, mais pour les malades » et « Je ne suis pas venu pour les justes, mais pour les pécheurs » !

Depuis son incarnation, depuis la croix et la résurrection, jésus est entré dans la vie de tous les hommes, et il n’est pas moins présent chez ceux que nous considérons parfois comme des mécréants que chez des chrétiens authentiques. Ce n’est que la manifestation de cette présence qui dépend de la docilité et de l’obéissance des humains…

Il est aussi présent dans l’Eglise, quelle qu’elle soit, quelle que soit sa dénomination. Ce n’est pas pour rien que, depuis très longtemps, les chrétiens ont associé cette dernière à l’image de la barque, image d’ailleurs reprise comme sigle de l’œcuménisme. Et dans ce cadre là, l’ordre donné par Jésus « d’avancer en eaux profondes » concerne bien l’Eglise, tant dans son ensemble, dans son niveau universel qu’à son niveau confessionnel ou local.

Nous avons-nous aussi, en tant que communauté, à obéir à cet ordre, et c’est de notre obéissance que dépendent les fruits de notre pêche.

Qu’est-ce à dire, concrètement ?

Dans la pensée juive, je le rappelle, la mer reçoit une connotation très négative : c’est un lieu dangereux, un milieu hostile que l’on s’imagine peuplé de forces mauvaises et de monstres terribles. Si on transpose un peu, on peut dire que, pour nous chrétiens, elle correspond à la perception négative que nous pouvons avoir parfois du monde. Nombre de chrétiens bien-pensants croient bon de s’en préserver, considérant que ce n’est pas là leur place. Parce que Jésus a dit, entre autre : « ne soyez pas du monde ». Il a pourtant dit aussi : « Soyez DANS le monde », c'est-à-dire : « soyez-y présents » !

Le monde est, par excellence notre lieu de pêche. Nous sommes nous aussi, comme les disciples, appelés à devenir des « pêcheurs d’hommes ». Et quand on pêche, il faut savoir se rendre dans les lieux où il y a du poisson !

Evidemment, il est plus facile, plus sécurisant aussi de rester à terre et de se contenter d’apporter l’évangile à des chrétiens : c’est ce que font beaucoup d’églises ou de mouvements, qui drainent  volontiers des foules de croyants mais qui pour rien au monde ne prendraient le risque de s’approcher des autres, de ceux qui en ont pourtant le plus besoin ! Car il y a un risque, et même des risques, qui sont loin d’être négligeables.

Enumérons-en quelques uns :

Risque de ne pas être reçus, d’être sujet aux railleries, à la persécution. Risque de « perdre notre temps », ou notre énergie, de n’obtenir que de maigres résultats, voire pas de résultats du tout. Risque  aussi plus inquiétant, de nous corrompre au contact du « monde »…

Alors, très souvent, trop souvent même, nos communautés se referment sur elles mêmes et préfèrent ce qu’elles croient être la voie de la sagesse !

Il y a pourtant tant de choses à faire et a entreprendre !

Comme chrétiens, nous avons à être présents au monde et à la société qui nous entoure. Pour ce faire, nous devons oser quitter les rives de nos sécurités et oser nous aventurer en eaux profondes pour y jeter nos filets, sans nous arrêter ni à de possibles échecs passés, ni à l’apparente irrationalité de ce que nous pouvons poser comme gestes.

Venir au culte, lire sa Bible chez soi, participer aux activités spirituelles de l’Eglise, ce sont des choses importantes, certes. Mais offrir aussi d’autres activités plus « profanes », s’investir dans des groupes sportifs ou culturels, vivre son quotidien en chrétiens, ne pas craindre de se positionner dans la société, œuvrer sur des plans sociaux, tout cela est aussi important, sinon plus car c’est en mettant en œuvre de tels moyens que nous pouvons avoir le plus l’occasion de toucher la pensée et le cœur de ceux qui en ont vraiment besoin. Et ce sont parfois, sinon souvent, nos activités les moins traditionnelles et les moins religieuses qui amèneront des hommes ou des femmes, sinon à rejoindre le troupeau, du moins à réfléchir et à se poser des questions essentielles pour l’existence. Peut-être parce qu’ils réaliseront que, finalement, les chrétiens que nous sommes ne sont pas différents d’eux, à ceci près que nous possédons, nous, une espérance qui lorsqu’on la comprend ne peut être qu’enviable.

Comme Dieu, en Jésus a accepté de mettre sa vie dans la nôtre en s’incarnant et en devenant lui-même un homme en Jésus, nous devons nous aussi mettre notre vie dans celle des autres. De tous les autres.

Si Jésus s’(était contenté d’enseigner et de prononcer de belles paroles à des juifs convaincus, l’humanité entière serait passée à côté de son salut. Il a, au contraire, toujours été à la rencontre des parias, des pécheurs, des païens, de tous ceux qui, sans souvent le savoir, avaient le plus besoin d’une conversion profonde. Et jamais il n’a forcé la main à qui que ce soit, jamais il n’a jugé ni condamné aucun de ses interlocuteurs.

C’est cela aussi, « avancer en eau profonde » : c’est prendre le risque de l’inconnu, aller là où n’irait pas de nous-mêmes, en réponse à un ordre que nous pouvons parfois considérer comme absurde mais auquel nous obéirons parce qu’il vient du Christ qui est présent avec nous dans l’aventure.

Nous serons dans ce cas toujours étonnés des fruits que nous pourrons récolter.

Ne craignons donc pas d’innover dans nos façons d’agir et, en tous les cas, agissons, même si pour ce faire nous devons nous investir dans des secteurs dits « profanes » : rien de ce qui a trait à l’humain ne saurait être considéré comme tel, puisque chaque homme, quel qu’il soit, est une créature de Dieu, objet de son amour total et inconditionnel.

09:28 Écrit par Pasteur J.-M. Demarque dans Prédications | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

Prédication du 28 janvier 2007

EVANGILE

          Luc 4/21-30                                      

 

21   Alors Jésus se mit à leur dire: "Ce passage de l'Ecriture s'est réalisé aujourd'hui, au moment même où vous l'avez entendu lire.

 

22   Tous exprimaient leur admiration à l'égard de Jésus et s'étonnaient des paroles agréables qu'il prononçait. Ils disaient: "N'est-ce pas le fils de Joseph ?"

 

23   Jésus leur dit: 'Vous allez certainement me citer ce proverbe: 'Médecin, guéris-toi toi-même.' Vous me direz aussi: 'Nous avons appris tout ce que tu as fait à Capernaüm, accomplis les mêmes choses ici, dans ta propre ville.'

 

       Puis il ajouta: "Je vous le déclare,

       c'est la vérité: aucun prophète n'est bien reçu dans sa ville natale.

25   Je vous l'affirme, il est certain qu'il y avait beaucoup de veuves en Israël à l'époque d'Elie, lorsque la pluie ne tomba pas pendant trois ans et demi et qu'une grande famine s'étendit sur tout le pays.

26   Pourtant, Dieu n'envoya Elie chez aucune d'elles,

       mais seulement chez une veuve qui vivait à Sarepta, dans la région de Sidon.

27   Il y avait aussi beaucoup de lépreux en Israël à l'époque du prophète Elisée;

       pourtant aucun d'eux ne fut guéri, mais seulement Naaman le Syrien."

 

28   Tous, dans la synagogue, furent remplis de colère lorsqu'ils entendirent ces mots.

 

29   Ils se levèrent, l'entraînèrent hors de la ville et le menèrent au sommet de la colline sur laquelle leur ville était bâtie, afin de le précipiter dans le vide.

 

30   Mais il passa au milieu d'eux et s'en alla.

 

 

 


PREDICATION

 

Les deux premiers versets de la première lecture que nous avons entendue, dans le Livre de Jérémie, surtout pris hors contexte, ont de quoi nous étonner, voire même nous révolter : A les entendre, on pourrait penser que Jérémie a été « programmé », que tout libre arbitre lui a été ôté, qu’il n’a pas le choix ! Dieu ne lui dit-il pas qu’il l’a « destiné », dès avant sa naissance, à le servir selon un plan tracé et établi par lui ? Voila qui apporte de l’eau au moulin de tous ceux qui, à la manière de ces philosophes antiques que l’on appelait les Stoïciens, où à celle d’un certain Islam, pensent que tout est écrit, que notre vie est toute tracée, et que nous n’avons aucune liberté face à cette chose que nous appelons notre « Destin ».

 

Si c’était le cas, nous ne serions que des pions sur un échiquier, ou à tout le moins les jouets d’un marionnettiste qui nous ferait évoluer à sa guise sur la grande scène de la vie. Triste vie que nous aurions en vérité, dans laquelle nous serions totalement déshumanisés, dépersonnalisés.

Nous ne serions plus que de pitoyables pantins, manipulés par notre propriétaire, incapables d’échapper à ses caprices…

 

Fort heureusement, et nous le savons au fond de nous-mêmes, ce n’est pas le cas : notre Dieu n’est ni lointain, ni tyrannique, ni impersonnel : au contraire, s’il a des plans pour nous, s’il désire nous utiliser pour servir ses projets de Salut, ils est aussi quelqu’un qui accepte le dialogue, quelqu’un qui, malgré ce qu’il est, malgré sa différence radicale et sa toute puissance, accepte d’entrer en dialogue avec chacun de nous.

 

C’est ce qui apparaît dans la suite du texte : Jérémie oppose ses propres arguments face à la proposition de Dieu, et un peu à la manière de Moïse, il répond : « Je suis trop jeune pour parler en public » !

 

Israël vit à l’époque une situation « géopolitique » particulièrement scabreuse : le petit pays est pris en tenaille entre deux grandes puissances : l’Egypte et l’Assyrie. Le jour où ces deux-là entreront en guère, c’est sur son territoire que risque de se produire le choc, avec tout ce que cela comporte de souffrances, de misère. Alors, la seule question que se posent les dirigeants du Peuple Elu, c’est de savoir avec laquelle des deux il serait le plus sage de s’allier, pour limiter au maximum les dégâts !

Dans ce contexte de tensions extrêmes, Jérémie sait, et il a très certainement raison, que personne ne va prendre en compte les paroles du jeune homme qu’il est. Pis encore, il risque de passer pour un fauteur de trouble, un « empêcheur de danser en rond », ou en tout cas pour un incompétent qui se mèle de choses qui ne le regardent pas, et d’en subir les conséquences. Alors il discute, il argumente pour essayer d’échapper à une mission pour l’accomplissement de laquelle il ne semble pas être fait. Et dans le fond, il a raison : ce n’est pas son rôle, il n’est pas fait pour cela, il n’en a ni la capacité ni les moyens…

 

C’est un petit peu ce qui se passe souvent dans l’esprit de nombreux chrétiens face aux attentes de l’Eglise où face à celles de la Communauté. C’est aussi, plus largement, notre réaction première devant certaines choses de la vie que nous n’acceptons pas, mais envers lesquelles nous restons silencieux ou passifs, parce que nous estimons que ce n’est pas notre rôle de les dénoncer ni de les faire cesser.

 

Lorsqu’en 1942, les Nazis décrétèrent chez nous la « chasse aux Juifs », un Cardinal Belge déclara qu’il fallait que les catholiques veillent à préserver les Juifs belges, mais que la question de la sauvegarde de tous les autres, les apatrides, les réfugiés, ne concernait pa les belges mais seulement les allemands et qu’il ne fallait pas, pour la sécurité du pays, s’en mêler. Le résultat de ce refus d’implication se soldat par la mort de 55.000 personnes. Un chiffre qui eut sans doute été beaucoup plus élevé encore si certains n’avaient écouté la voix de leur conscience pour cacher des enfants, ou des adultes, au péril de leur vie. Ceux-là avaient-ils plus de capacité que ceux qui se sont tus ? Non ! Mais ils ont su se dépasser !

Et si, à l’hiver 1954, un jeune prêtre prénommé Pierre n’avait décidé d’affronter à la fois sa hierarchie et l’inertie de ses contemporains, des milliers de pauvres gens seraient morts de faim, de froid, et on n’aurait jamais entendu parler des « chiffonniers d’Emmaüs », ni de l’Abbé Pierre, des milliers de consciences ne se seraient pas ouvertes aux difficultés des SDF, et la situation de ces derniers serait encore plus catastrophique qu’elle ne l’est aujourd’hui. En avait-il les moyens ? Etait-il fait pour cela ? Certainement pas : mais il a obéi à sa conscience et il savait la force de cet amour que Paul décrit si bien au chapitre 13 de sa première lettre aux Corinthiens !

 

Et puis, il y a nous, aujourd’hui : face aux questions posées, aux appels de nos communautés qui ont besoin de personnes qui s’y investissent pleinement, n’avons-nous pas parfois, pour ne pas dire souvent, la même attitude que celle de Jérémie lorsque nous disons : « je ne suis pas fait pour cela » ; « je ne suis pas fait pour ces choses, je n’ai pas la formation requise, ce n’est pas dans mes cordes, ce n’est pas ma tasse de thé, ce n’est pas mon truc… »

C’est fou le nombre d’arguments, souvent fondés d’ailleurs, que nous pouvons parfois trouver pour échapper à la petite voix intérieure qui nous appelle à nous lever. C’est incroyable de voir comme nous sommes souvent plus enclins à dire « Seigneur suscite des ouvriers pour ton Eglise » qu’à lui répondre, à l’instar de Samuel ou de Marie : « Parle, Seigneur, ton Serviteur écoute » ou « me voici, qu’il me soit fait selon ta volonté ».

 

Bien sûr, nous sommes humains, et notre attitude est conforme aux normes de cette humanité. Mais Celui qui nous appelle n’est pas, Lui, un homme : Il est celui qui, selon l’expression d’un Saint Augustin, reprise par Calvin, « Donne ce qu’il ordonne » !

Il nous appelle à des choses qui souvent nous dépassent ou sortent du cadre de nos capacités, mais qui, en même temps nous donne les outils et les moyens de les réaliser, même si, a priori nous ne percevons pas la présence de ces dons en nous.

 

C’est l’essence même de la vocation : elle n’est pas l’apanage de certains mais le dénominateur commun de tous les croyants : si nous croyons en Dieu, si nous sommes capables de l’écouter vraiment, si nous sommes attentifs à ce qu’il nous dit, nous pourrons nous apercevoir qu’il nous demande moins d’intercéder en faveur d’une amélioration de notre monde que d’y participer en nous y investissant selon le plan qu’il a pour lui et qui ne sera jamais hors de portée de celui qui répond à son appel.

 

Tout ceci est vrai aussi au niveau de la vie d’une communauté : devant certaines carences (et il y en a dans toutes le communautés, sinon elles ne seraient pas humaines) nous avons souvent tendance à dire « il faut faire ceci » ou « il n’y à qu’à faire cela ». Or, « Yves Faut » et Jack Ka » sont deux frères qui sont souvent à l’origine d’une multitude d’échecs ou de projets avortés. Au lieu de faire appel à leur action très hypothétique, nous aurions tout intérêt à nous investir et à faire nous-mêmes leur tâche. Que nous y soyons ou non aptes ou préparés n’a, finalement que peu d’importance : si  nous savons discerner, dans nos priorités, celles qui relèvent d’un vrai projet de Dieu, le Seigneur Lui-même pourvoira à nos manques et à nos besoins.

Sera-ce pour autant facile ? Certainement pas ! Du reste, Jérémie en fera la difficile expérience qui lui fera s’exclamer parfois : « Seigneur, tu m’as eu, et je me suis laissé avoir » : cri du cœur d’un homme face à ses propres limites, confronté à son impossibilité humaine de faire évoluer les choses !

Cri que souvent nous sommes amenés à pousser devant les échecs apparents de nos entreprises.

Jésus lui-même, après sa prédication à la synagogue, et face aux réactions hostiles qu’elle avait suscité, aurait pu le dire.  Mais Luc nous montre qu’il passe outre, qu’il est décidé à aller de l’avant, contre vents et marées : « il passa au milieu d'eux et s'en alla. »

Ce qu’il fait, ce qu’il dit sous la mouvance de la volonté de Dieu ne passe pas ? Qu’importe, il « passe à travers » et il continue : il s’en va, il ne fuit pas : il « va de l’avant » !

Ne nous laissons pas décourager par des échecs apparents. Ne refusons pas notre mission en disant que nous n’en sommes pas capables ou que nous n’y sommes pas préparés : si ce que nous entreprenons entre vraiment dans le plan de Dieu, si c’est vraiment un appel ou une vocation qui nous vient de Lui, nous recevrons, en temps utile, les outils et les capacités nécessaires pour les mener à bien : Jérémie n’est nullement appelé à parler en son nom propre : c’est à porter la Parole même de Dieu qu’il est invité. Cette Parole-là se suffit à elle-même. Peu importent les qualités de celui qui la prononce en son Nom : si elle vient vraiment de Lui, elle contient la force nécessaire à sa réalisation. « Tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, vous l’obtiendrez ! »

 

Sachons nous souvenir de ceci si nous prenons conscience de choses à réaliser dans notre vie quotidienne, celle de l’Eglise ou celle de notre communauté : cette prise de conscience est un appel direct de Dieu à le servir : n’allons pas y chercher des solutions externes mais sachons, en toute simplicité, y répondre nous-mêmes : Dieu fera le reste !

Qui que nous soyons, quelle que soit notre histoire, quel que soit notre bagage, quels que soient nos moyens, nous recevons tous, en tant que chrétiens, une vocation similaire : nous sommes appelés à être « prophètes ». Ne nos méprenons pas sur ce mot ni sur les acceptions communes et souvent merveilleuses qu’il peut recouvrir : il s’agit pour nous d’être des porteiurs de la Parole accomplie de Dieu, porteurs de l’Evangile. D’être, ou de devenir ses témoins, des hommes et des femmes qui agissent en son nom, en fonction de ce que nous recevons d’essentiel de sa part : cet amour total et plénier décrit par l’Apôtre Paul. Ce n’est pas un amour humain : nous n’en sommes ni dignes ni capables : mais nous pouvons et devons en être les instruments pour le transmettre au monde.

09:26 Écrit par Pasteur J.-M. Demarque dans Prédications | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

22.01.2007

Prédications de la Semaine de Prière pour l'Unité des Chrétiens

1° : Prédication à l'église de l'Immaculée Conception à Braine le Comte, le samedi 20 janvier,

lors de la Messe:

 

TEXTE  : 1 Corinthiens 12/12-31                           

 

12  (En effet,) le Christ est comme un seul corps qui possède plusieurs parties;

ce corps reste un, bien qu'il se compose de différentes parties.

13  Et nous tous, les Juifs ou les non Juifs, les esclaves ou les hommes libres,

Tous nous avons été baptisés pour former un seul corps par le même Esprit Saint et nous avons tous eu à boire de ce seul esprit.

14  Le corps ne se compose pas d'une seule partie, mais de plusieurs.

15  Si le pied disait: "Je ne suis pas une main, donc je n'appartiens pas au corps", il ne cesserait pas pour autant d'être une partie du corps. (16) Et si l'oreille disait: "je ne suis pas un œil, donc je n'appartiens pas au corps", elle ne cesserait pas pour autant d'être une partie du corps.  (17) Si tout le corps n'était qu'un œil, comment pourrait-il entendre ? Et s'il n'était qu'une oreille, comment pourrait-il sentir les odeurs ?

18  En réalité, Dieu a disposé chacune des parties du corps comme Il l'a voulu.

19  Il n'y aurait pas de corps s'il ne se trouvait en tout qu'une seule partie!

20  En fait, il y a plusieurs parties et un seul corps.

21  L’œil ne peut donc pas dire à la main: "Je n'ai pas besoin de toi !"

      Et la tête ne peut pas dire  non plus aux pieds: "Je n'ai pas besoin de vous !"

22  Bien au contraire, les parties du corps qui paraissent les plus faibles son indispensables;

23  celles que nous estimons le moins, nous les entourons de plus de soin que les autres; celles dont il n'est pas convenable de parler sont traitées avec des égards particuliers

24  qu'il n'est pas nécessaire d'accorder aux parties plus convenables de notre corps. Dieu a disposé le corps de manière à donner plus d'honneur aux parties qui en manquent:

25  ainsi, il n'y a pas de division dans le corps, mais les différentes parties ont toutes un égal souci les unes des autres.

26 Si une partie du corps souffre, les autres souffrent avec elle;

si une partie est honorée, toutes les autres se réjouissent avec elle.

27  Vous tous, vous êtes le corps du Christ,

et chacun de vous est une partie de ce corps.

28  C'est ainsi que, dans l'Eglise, Dieu a établi en premier lieu des apôtres, en deuxième lieu des prophètes et en troisième lieu des enseignants; ensuite, il y a ceux qui accomplissent  des miracles, puis ceux qui ont le pouvoir de guérir les malades, ceux qui viennent en aide aux autres, ceux qui dirigent les autres, ceux qui ont le don de parler en langues inconnues.

29  Tous ne sont pas apôtres, ou prophètes, ou enseignants. Tous n'ont pas le pouvoir d'accomplir des miracles,  ou de guérir les malades, ou de parler en des langues inconnues, ou d'interpréter ces langues.

31  Désirez donc les dons les plus importants.

Mais je vais vous enseigner maintenant le chemin de l'amour,

c'est le plus important !

 

 

PREDICATION

 

Lorsque l’Apôtre Paul écrit sa première lettre aux  chrétiens de Corinthe, il est motivé par un double souci : les Corinthiens sont des grecs, empreints d’une culture très différente de celle du Judaïsme et, si certains ont adhéré à cette foi nouvelle, issue de la foi juive, ils s’en démarquent très vite à bien des égards. De plus, en tant que grecs, ils manifestent une distance assez marquée vis-à-vis des autres églises, principalement de celles des origines encore toutes proches et qui sont, elles, essentiellement juives. Différences de culture, différences de points de vue, différences de théologie… autant de fossés qui déjà se creusent entre les jeunes communautés et qui laissent pressentir la naissance d’un mal qui deviendra vite récurrent dans l’histoire de l’Eglise : celui de la division !

Paul, qui est lui-même le fruit d’un brassage culturel (citoyen romain, il est né à Tarse, a étudié le judaïsme sous la férule de Gamaliel, à Jérusalem, puis a finalement adhéré à l’enseignement d’un autre maître juif : Jésus de Nazareth)  est certainement bien placé pour évaluer ce risque de division et pour trouver des arguments qui puissent le limiter, voire l’éviter.

Il va alors faire appel à un langage imagé, et c’est ainsi qu’il développe, au chapitre 12 de sa lettre, cette métaphore du corps que nous connaissons bien, tellement bien même que souvent nous n’en percevons plus les implications actuelles !

 

Nous avons tous un corps, et nous savons fort bien par expérience qu’une douleur localisée à l’une de ses parties nous envahit parfois tout entiers. Un mal de tête, une rage de dents, un coup de marteau sur les doigts, des crampes d’estomac, un choc dans les tibias provoquent autant de douleurs qui envahissent tout notre être.

 Nous savons aussi que, si certains de nos organes sont vitaux, comme le cœur, le cerveau, les reins ou le foie, il peut devenir aussi très difficile de vivre si nous  perdons ne serait-ce qu’un doigt ou une main… il n’y a pas une seule partie de notre corps, si infime ou humble soit elle qui ne remplisse une ou des fonctions sans lesquelles nous nous trouvons « diminués ».  Nous avons été créés comme un tout cohérent où chaque organe a sa place et joue un rôle essentiel. Et pourtant, chaque organe est aussi très différent d’un autre, de par ses fonctions, sa structure et son fonctionnement. Ce n’est que lorsque tous fonctionnent normalement et en harmonie que l’on peut dire de nous que nous sommes « en bonne santé ». Et ce n’est qu’à cette condition qu’un homme peut pleinement se réaliser et accomplir ce pour quoi il est sur terre…

 

L’Eglise, selon la vision de Paul, est aussi un corps. Un corps dont la tête est le Christ. S’adressant aux Corinthiens il conclut sa métaphore en leur disant : « Vous êtes le corps du Christ ! ». Mais cette interpellation ne vaut pas que pour eux : elle s’adresse aujourd’hui à tous les chrétiens. Nous sommes, je suis, vous êtes le Corps du Christ !

 

Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire ?

 

La tête, c’est le cerveau. C’est, pour parler en langage moderne, le processeur central qui commande le bon fonctionnement de toute la machine. A l’intérieur de celle-ci, connectés au processeur, il y a différents appareils, qui ont des fonctions diverses, mais qui tous sont essentiels : disque dur, lecteurs de disques, de cartes, carte mère, carte vidéo, barrettes mémoire, etc…

 

L’ensemble ne fonctionne que grâce à un logiciel de base, (Windows pour la plupart des PC) qui est le même pour assumer le fonctionnement de tous les différents programmes que l’on peut installer dans l’ordinateur et qui très souvent sont complémentaires. Il n’y a pas un seul de ces programmes qui puisse fonctionner hors de l’action du processeur central, ni sans se référer au logiciel de base.

 

Dans notre métaphore moderne, le processeur central, c’est le Christ, le logiciel de base, c’est l’Evangile, les programmes, ce sont nos visions particulières de la foi, qui portent comme étiquettes nos diverses appellations : catholiques romains, orthodoxes grecs ou russes, coptes, melkites, Réformés, Luthériens, Evangéliques, Pentecôtistes, etc…Comme une suite bureautique qui contient différents programmes , ces « programmes » se complètent et permettent au programme de base de donner toute sa capacité, pour autant qu’ils soient tous utilisés de manière judicieuse. On peut écrire un texte avec un tableur. Mais c’est plûtôt le rôle d’un traitement de texte. On peut aussi créer une feuille de calcul avec un traitement de texte, mais c’est plutôt la spécialité d’un tableur. Si on veut produire un document contenant du texte et des feuilles de calcul, il faudra utiliser les deux programmes et les assoicier. Même s’ils sont différents, ils sont complémentaires et indispensable à la production d’un document qui soit parfait !

 

C’est exactement la même chose en ce qui concerne l’Eglise : A ceci près que sur notre boîtier, il n’est pas inscrit « Intel inside », mais « Christ inside », et que nous ne tournons pas sous « Windows » mais sous l’Evangile. Chaque chrétien est un des organes de la machine, et chacun doit fonctionner au mieux selon le programme qui lui est attribué, tout en restant ouvert à la communication et à la collaboration avec les autres. Ce n’est qu’ainsi que la « machine » sera pleinement productive…

 

Bien sûr, nous sommes différents ! Mais nous ne pouvons fonctionner valablement sans un processeur unique, ni sans un programme de base commun. Nous ne saurions nous définir comme chrétiens, hors du Christ et de son Evangile !

 

Quelque soit le sous-programme que nous gérons nous ne pouvons pas non plus nous passer les uns des autres sans mettre en péril le fonctionnement harmonieux de la machine, sans entraver sa pleine productivité. Sans risquer de la « planter ».

 

Dans cette optique, je crois profondément que l’Unité de l’Eglise est une réalité, qu’elle n’est pas à faire ni à construire par les hommes, pas plus qu’elle ne doit viser à l’uniformité : si l’Eglise, dans son ensemble ne se réfère qu’à son seul et unique chef qui est le Christ, et ne base ses différents modes de fonctionnement que sur un unique programme central, que sont les Evangiles, elle est, en vérité, déjà pleinement « Une », même si ses membres appartiennent à des confessions diverses et fonctionnent parfois selon des modalités différentes.

 

Je ne pense pas que ce soient vraiment des questions liturgiques, ni même des théologies différentes ou des spiritualités diverses qui peuvent réellement séparer des chrétiens dignes de ce nom. Si le Christ et l’Evangile sont concrètement et réellement au centre de nos vies et de celle de nos églises, alors nous sommes un, et nous le sommes vraiment, comme le dit le cantique, « dans un lien d’amour ». Comprises dans ce cadre-là, nos manières de dire ou d’agir, si différentes puissent-elles être quelquefois, ne sauraient être des obstacles à cette unité qui vient de Dieu.

 

Personnellement, bien sûr, je suis Protestant, de tendance Réformée, et je revendique cette appartenance que j’ai librement choisie, parce qu’elle répondait le mieux à ma manière de vivre la foi, à mes aspirations personnelles et, aussi, à mon tempérament. Mais je me sens avant tout chrétien, et je me sens « à la maison » tout autant avec des catholiques, qu’avec des orthodoxes, des évangéliques, des pentecôtistes, des baptistes ou des charismatiques.

Certains diront (et certains le disent d’ailleurs !) que c’est du syncrétisme : je leur répondrai qu’ils parlent de choses qu’ils ignorent. Je me sens « à la maison » partout où je perçois la présence du Christ, et là où je retrouve le centre commun de l’Evangile. Le reste n’a pour moi aucune importance.

 

Lorsque j’étais étudiant en théologie, j’avais un professeur, purement et strictement Réformé, qui nous disait souvent : « Nous n’avons qu’un seul médiateur et intercesseur : Jésus, le Christ . D’autres chrétiens passent par la médiation de Marie ou des saints : ce n’est pas essentiel : simplement, ils prennent un chemin un peu plus long pour arriver au Christ. Mais le résultat final est le même. Ne vous arrêtez jamais, ne vous bloquez pas devant d’autres expressions de la foi chrétienne. L’essentiel c’est que le Christ soit présent, et que l’on mette en application le message de son Evangile ». Et souvent il ajoutait : « nous avons aussi beaucoup de choses à recevoir, à partager et à apprendre des autres façons de vivre la foi chrétienne ».

 

Nous pouvons tous, quelle que soit notre appartenance ecclésiale ou théologique, entretenir des liens vraiment fraternels entre nous : il y a plus de choses essentielles qui nous rassemblent que de choses accessoires qui nous séparent.

Centrés sur le Christ et sur son Evangile, nous pouvons, j’en suis convaincu, non seulement nous soutenir mutuellement dans la prière et partager les trésors de nos diverses spiritualités, mais nous pouvons plus encore : en vivant cette unité essentielle entre nous, nous avons la capacité d’offrir au monde qui en a tellement besoin, l’image de frères et de sœurs, différents, certes, mais qui marchent ensemble, la main dans la main, pour lui apporter un message de paix et de rédemption qui soit en harmonie avec celui de Jésus.

Ce n’est qu’en prenant conscience de cela, et en ne nous limitant pas aux quelques jours d’une semaine annuelle de prière pour l’unité des chrétiens que nous concrétiserons la supplication du Christ à son Père, en Jean 17 : « Père, qu’ils soient Un, pour que le Monde croie que tu m’as envoyé ». C’est aussi l’essentiel de notre mission commune, et la condition sine qua non de sa réalisation.

 

Amen

 

08:09 Écrit par Pasteur J.-M. Demarque dans Prédications | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

16.01.2007

Credo Laïque

Credo laïque

Marianne Putallaz, La Pastourelle
 
    Je crois en la vie reçue gratuitement.
    Je crois en la Source de cette vie,
    présence aimante qui nous accompagne
    depuis notre naissance jusqu'à notre mort et au-delà encore.

    Je crois en la Création tout entière
    qui nous est prêtée : elle nous porte et nous nourrit.
    Je crois en l'être humain, homme, femme et enfant
    à qui cette création a été confiée.
    Nous en sommes les gérants
    et nous portons la responsabilité de la maintenir vivante et saine
    pour celles et ceux qui nous succéderont.

    Je crois qu'en chacun de nous est déposée une plénitude
    qui ne demande qu'à être découverte et développée
    afin que nous portions des fruits de paix et de liberté, de bonté et de beauté.

    Je crois que la force nous est donnée
    pour accomplir ce à quoi chacun de nous est appelé.
    Je crois que l'Esprit agit en nous.
    Il vient nous libérer de nos peurs et de nos angoisses.
    Je crois que nos faiblesses nous apprennent l'humilité
    et nous invitent ainsi à ne juger personne.

    Je crois que notre foi se renouvelle chaque jour :
    elle puise ses racines dans les chercheuses et les chercheurs de sens
    qui nous ont précédés.
    Elle est le fruit d'un lieu et d'une culture donnés.
    Elle est appelée à se transfigurer.
    Je crois que le doute est nécessaire pour ne jamais nous sentir arrivés
    car tout chemin se fait en marchant.

    Je crois qu'aucune tradition religieuse ou laïque
    ne détient la Vérité pleine et entière.
    Je crois au contraire que les religions et les sociétés de par leur incomplétude
    ont à travailler en solidarité pour défendre une éthique planétaire commune
    sans laquelle nous courrons à notre anéantissement.

    Je crois enfin que "l'Homme passe l'Homme"
    car malgré toutes nos faiblesses, nos égoïsmes et nos manques
    nous portons en nous plus grand que nous.
    Et cela m'est un émerveillement perpétuel.

09:33 Écrit par Pasteur J.-M. Demarque dans Théologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

Confession de Foi de Théolib

Profession de Foi de Théolib

En Grec, "hérésie" désigne un choix, quel qu'il soit.
Est par conséquent "hérétique" quiconque choisit ce qu'il veut croire.

Je ne croirai jamais que Christ est mort pour moi ;
je veux croire qu'il est vivant pour nous tous.
Je ne croirai jamais en un dieu qui serait là pour nous juger ;
je veux croire en Dieu qui nous accepte tels que nous sommes
Je ne croirai jamais que l'enfant qui vient de naître
porte le poids d'un péché qui eut lieu des millénaires avant sa venue au monde.
Je veux croire en la positivité de la vie,
au geste inaugural de commencement absolu,
présent en toute naissance.
Je ne croirai jamais qu'il nous faudrait souffrir pour mériter demain un paradis ;
je veux croire au bonheur de la vie,
à la fragilité de l'existence,
à la possibilité toujours donnée d'accéder à la vie éternelle.
Je ne croirai jamais aux histoires de double nature,
de trinité ou d'immaculée conception ;
je veux croire à l'appel de notre Dieu, à la dignité humaine,
à la liberté souveraine de la conscience.
Je ne croirai jamais que la nature soit mauvaise et que le corps soit méprisable;
je veux croire que Dieu nous a donné la chance de la vie,
la joie du corps fait pour aimer, le risque de la rencontre,
l'espérance de ce qui vient.
Je ne croirai jamais en un Dieu qui ne serait présent que pour les seuls chrétiens;
je veux croire que Dieu est à l'oeuvre dans toutes les cultures
qu'il parle au coeur de l'homme,
sans se soucier des frontières artificielles
dans lesquelles nous nous emprisonnons.
Je ne croirai jamais que la résignation et l'obéissance soient des vertus;
je ne peux croire qu'à la tendresse partagée, à l'avenir toujours ouvert,
à ce Royaume qu'il nous faut construire, aux côtés de notre Dieu.
Je ne croirai jamais que la volonté soit le dernier mot de la foi,
que le savoir soit l'objectif de la vie,
que les oeuvres soient la mesure de l'homme;
j'espère en ta présence et je te nomme Dieu
- C'est ainsi que tu es là
et je te dis ma reconnaissance.
Amen

09:30 Écrit par Pasteur J.-M. Demarque dans Théologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

Une foi à repenser

Une foi à repenser

 
Théodore Monod

    Le titre de cet article est emprunté à l'un des chapitres de mon livre Sortie de secours. Je désire vous soumettre quelques remarques relatives à la façon dont un apprenti chrétien tente de vivre sa foi, au milieu de difficultés certaines (des points de vue intellectuel et historique par exemple), mais aussi avec le souci de rester fidèle à l'enseignement du Jésus des évangiles. Celui-ci reste pour moi le centre, autour duquel sont venus se greffer un certain nombre de formules ou de développements ultérieurs.
    Nous verrons que les textes bibliques soulèvent, pour l'historien comme pour l'exégète, un certain nombre de questions. Il est bon de savoir les aborder avec courage, comme il est bon, quand nous n'avons aucun savoir, d'oser avouer que l'on ne sait pas. Trop de personnages, au cours des siècles, ont affirmé avec beaucoup d'autorité des choses qu'ils estimaient connaître mais qui, en réalité, n'étaient pas mieux connues d'eux que de nous-mêmes !
    Nous sommes d'humbles croyants ; mais, quand nous nous heurtons à une difficulté majeure, nous sommes tentés de l'aborder de front, même si notre ignorance est totale. En bien des domaines le mystère prédomine. Il serait plus courageux d'avouer que les mots humains sont incapables d'exprimer l'inexprimable, que le silence est la seule réponse à certains grands problèmes. Je voudrais ici non pas les résoudre mais les évoquer rapidement.
    Il y va d'une démarche toute personnelle. La foi est une construction individuelle, dont nous sommes responsables. Si nous sommes libres, c'est pour utiliser cette liberté et en user. De même, la raison doit également être utilisée, peut-être en un domaine tout différent. Il faut distinguer deux styles de découverte de la vérité : d'une part, l'intuition, d'autre part, la déduction raisonnante. Il n'est pas question de négliger celle-ci. Elle doit avoir sa place dans l'édifice que nous construisons, celui de nos convictions religieuses.

1. Du bon usage des Ecritures

      J'aborde à présent un thème essentiel : le bon usage des Écritures. Nous, protestants, nous sommes imbibés de ce que nous appelons "l'Écriture Sainte". Nous y faisons fréquemment référence. Mais pour bien comprendre (ou tenter de comprendre) les Écritures, il faut essayer de les replacer dans le cadre historique qui fut le leur. Notre Bible n'est pas tombée du ciel comme le Coran. Pour commencer, ce n'est pas un livre : c'est une bibliothèque. La rédaction des différents textes qui la composent s'échelonne sur de nombreux siècles.
      Je sais bien que, dans le passé, il y eut des chrétiens pour penser que l'Écriture Sainte était inspirée par Dieu jusque dans le moindre détail. Une formule avait alors été proposée : "Jésus christ tout entier dans la Bible toute entière." Chacun a le droit d'accepter les formules qui lui semblent convenir. Mais je trouve celle-ci un peu risquée, car trouver Jésus christ dans le livre des Juges, en une période particulièrement barbare de l'histoire d'Israël, voilà qui me paraît difficile. De même, dans le livre d'Esther, l'histoire de cette jeune femme que l'on fait macérer dans des aromates avant de la livrer au sultan, cela ne me plaît guère. C'est un récit particulièrement violent et immoral. Il finit d'ailleurs par un pogrom exercé (une fois n'est pas coutume) sur les ennemis des Juifs.
      A la différence du Coran, le Nouveau Testament présente des variantes. Tels passages n'existent que dans certaines versions. C'est manifeste dans les évangiles. Prenons l'exemple de la première Béatitude. Dans la version de Matthieu, nous pouvons lire ceci : "Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux !" Mais dans l'évangile de Luc, le texte est différent : "Heureux vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous !". Voilà deux phrases dont le sens est très différent. Jésus a-t-il prononcé la formule que lui prête Matthieu ou celle qui figure dans l'évangile de Luc ? Personne ne le saura jamais. Cela ne présente peut-être pas une importance décisive. Nous pouvons cultiver une vie spirituelle intense, sans nous intéresser à de tels problèmes d'exégèse, de grammaire grecque ou hébraïque, mais l'existence de plusieurs versions nous autorise à effectuer un choix. Des textes comparables peuvent être différents. Il faut le garder en mémoire. Car on ne m'empêchera pas de chercher à connaître la vérité, de tenter de découvrir l'histoire des Écritures.
      1. a la question éthique
      La question éthique n'est pas moins importante. Ouvrons le Nouveau Testament et lisons : il est curieux de constater que l'on n'y trouve pas une parole pour condamner la guerre en tant qu'institution, pas un mot condamnant l'esclavage. Lisons l'épître de Paul à Philémon, propriétaire de l'esclave Onésime : Paul renvoie cet esclave à son maître en des termes certes charmants, tendres et évangéliques, mais l'institution elle-même de l'esclavage n'est nullement mise en cause.
      La guerre, l'esclavage, la torture, la cruauté envers les hommes et envers les animaux : pas un mot n'en est dit dans le Nouveau Testament. C'est un phénomène inexplicable, mais il en est ainsi : les rédacteurs de ces textes sacrés avaient adopté les idées de leur temps, du moins en certains domaines...
      Toutefois, imaginez que le Sermon sur la Montagne devienne la règle de vie de tous les humains, à commencer par les chrétiens : le lendemain, il n'y aurait plus ni guerre, ni esclavage, ni torture, ni cruauté. C'est là l'évidence. Mais bien des choses en nous nous empêchent d'appliquer à la lettre le Sermon sur la Montagne.
      Voilà pourquoi je n'ai jamais dit que le christianisme avait échoué ; j'ai toujours dit qu'il n'avait pas encore été essayé. Le jour où nous essaierons le christianisme, ce jour-là quelque chose se produira ; le monde changera. Pour l'instant, ce n'est pas le cas. Alors, soyons modestes !
      1. b la vie de Jésus
      Une autre difficulté, pour l'historien, concerne l'existence de Jésus lui-même. En fait, nous ne savons que bien peu de choses sur la vie de notre Seigneur. Dans L'homme venu de Nazareth, Daniel Marguerat écrit ceci : "Quel homme était Jésus ? petit ou élancé ? avait-il le parler sec, le geste rond ? était-il chauve ou barbu ? avait-on du plaisir à discuter avec lui ? savait-il qu'il allait mourir, et qu'on le ferait Dieu ? avait-il prévu que l'Église viendrait ?" Nous n'en savons rien...
      Voici un autre exemple : les évangiles de l'enfance ne sont présents que dans Matthieu et Luc. Marc, Jean et Paul n'en parlent pas. André Malet affirme : "Les évangiles de Noël semblent faits de trois traditions différentes, deux judaïques, la troisième hellénistique, rapprochées pour constituer un texte unique."
      Certains affirment que les récits de Noël sont dangereux pour la foi. C'est en effet parmi les chrétiens élevés dans la stricte orthodoxie que l'incroyance exerce principalement ses ravages. Pour nous, nous ne prétendons ni enseigner ni menacer la foi. Elle appartient à un autre ordre.
      1. c la relation de l'homme et du monde animal
      Un autre sujet difficile concerne l'attitude des Églises chrétiennes à l'égard du monde animal. Consultons la Bible : les animaux y sont mentionnés environ deux mille fois. On pourrait espérer y trouver des préceptes interdisant la cruauté à l'encontre des animaux. On y rencontre des maximes utilitaires : "Tu n'emmuselleras pas le boeuf qui foule le grain" ; "Quand tu déniches des oiseaux, prends soin d'épargner la mère" ; il n'est pas conseillé d'agir ainsi par pitié pour l'oiseau, mais dans l'espoir de disposer d'une autre nichée... Deux versets seulement suggèrent des devoirs possibles à l'égard des animaux. Le premier se trouve dans l'Ecclésiaste : "Qui pourrait prétendre que l'esprit de l'homme monte alors que l'esprit de l'animal descend ?" ; le second dans Jonas, lorsque Dieu questionne : "Comment pourrais-je ne pas pardonner à cette ville où il y a un nombre incroyable d'habitants et des animaux en grand nombre ?" Mais l'animal est le plus souvent considéré comme un objet.
      Autrefois, j'ai mené une recherche sur l'animal face à la pensée et à la morale chrétienne. J'ai étudié les Pères de l'Église dans l'abondante littérature patristique. Il existe deux patrologies, l'une grecque, l'autre latine. Elles représentent deux cents volumes. Les Pères de l'Église connaissaient fort bien la Bible.
      L'un d'eux, Isaac de Ninive, a dit au sixième siècle quelque chose d'admirable : "Je veux un coeur qui s'enflamme de charité pour la création entière, pour les hommes, pour les oiseaux, pour les bêtes, pour les démons, pour toutes les créatures. Priez aussi pour les animaux et même pour les reptiles, dignes eux aussi d'une pitié infinie."
      Mais peu de disciples, dans les Églises chrétiennes, se sont intéressés à ce problème. Les théologiens se montrent gênés par tout ce qui tend à créer une sympathie avec l'ensemble des êtres vivants, à réduire l'ampleur du gouffre qu'ils ont établi entre l'homme et les autres animaux. L'homme est, paraît-il, le roi de la création ; par conséquent il a tous les droits. Bien entendu, le roi n'est pas toujours un tyran. Il peut être bénéfique. Dans la pratique, il n'en fut pourtant pas ainsi.
      Dans la tradition biblique, au chapitre 9 de la Genèse, après la fin de l'épisode de l'Arche de Noé, on trouve ce terrible verset : "Soyez la terreur des êtres vivants, ils sont livrés entre vos mains..." Là commence, d'après la tradition judaïque, la carnivorité. Dans le jardin d'Éden, on ne mangeait pas les animaux ; on les nommait, ce n'était déjà pas si mal. Tout change à partir de ce moment relativement tardif. S'agit-il d'un commandement ou d'une constatation ?
      C'est un phénomène étrange, que les Églises chrétiennes refusent de s'intéresser à la condition animale. On a trouvé un évêque pour défendre la corrida, alors que plusieurs de ses prédécesseurs l'avaient courageusement combattue. L'un d'eux avait même décelé la honteuse complicité qu'apporte à la corrida la rencontre entre le sadisme et l'érotisme. Mais il est vrai que l'amateur de corrida est évêque de Nîmes...
      On a trouvé un autre évêque pour approuver la chasse, un théologien lyonnais pour approuver la chasse à courre, pourtant supprimée en Allemagne dès 1934, devant l'être prochainement en Belgique et, probablement, bientôt en Angleterre. L'Europe avance quand même peu à peu, mais la France reste cependant la lanterne rouge du continent.

    2. Dieu, mais lequel ?

      J'aborde un autre sujet. Quand quelqu'un disait à mon père, Wilfred Monod : "Je ne crois pas en Dieu," il répondait : "Mais en quel Dieu ne croyez-vous pas ?" C'est un problème considérable. On a vu des penseurs convaincus de la difficulté que représente l'emploi de ce nom. Marcel Hébert, prêtre symboliste mort en 1916, fut excommunié par l'Église romaine. Il avait adopté l'expression "Le Divin". R. Jefferies, athée mystique anglais, connu pour son livre La tristesse de mon coeur, affirma : "Il me faudrait quelqu'un de plus haut que Dieu."
      Ce problème ne peut être résolu à l'échelle du croyant individuel. Toutefois, ce dernier a le droit de réfléchir. Il s'agit de savoir si le Dieu de l'Univers, du Cosmos, de la nature est identique au Dieu de l'évangile, au Père de Jésus christ. Pour la plupart d'entre nous, la question ne se pose pas. Elle s'est posée à beaucoup de penseurs, donnant lieu à une réflexion approfondie sur le problème du dualisme. Celui-ci n'est pas nouveau : si l'armée perse avait vaincu à Salamines, l'Europe serait probablement acquise à une religion zoroastrienne, dualiste par définition, puisqu'admettant deux principes, un bon et un mauvais, se disputant l'empire du monde. Marcion, un penseur du début de l'ère chrétienne, se demandait si le Dieu de l'Ancien Testament était le même que celui du Nouveau. Ce fut un grand hérétique (du moins aux yeux de ceux qui ne le sont pas !).
      Mon père a également beaucoup médité ce problème. Il écrivit : "Le Dieu de la nature ne doit pas être identifié soit au point de vue moral, soit au point de vue métaphysique, avec le Dieu de l'évangile. Celui-ci est autre chose que l'Univers ; il est même quelqu'un d'autre que le créateur du firmament si on le déclare parfaitement bon. Il ne peut être omnipotent, du moins dans le monde soumis à notre observation."
      Les grands travaux théologiques sont les cathédrales de la pensée. Il n'en manque pas. Je songe à la Somme de Saint Thomas d'Aquin, à L'institution de Calvin, à la Dogmatique de Karl Barth, ou encore au Problème du Bien de Wilfred Monod. Cet ouvrage comprend trois volumes, totalisant 2718 pages. En sous-titre, on peut lire "Essai de Théodicée" et "Journal d'un Pasteur". C'est un livre qui mérite d'être étudié par ceux que préoccupe le problème de Dieu.
      Pourquoi Dieu serait-il nécessairement représenté par un vieillard à barbe blanche ? Il n'y a là aucune raison apparente. D'ailleurs, ni les Juifs, ni les Musulmans ne tolèrent la représentation de la divinité. Les chrétiens ont adopté tardivement une telle représentation. La Chapelle Sixtine a consenti à représenter l'irreprésentable : Dieu est devenu un vieillard à barbe blanche. Il aurait pu être totalement différent. Il est singulier que nous en soyons arrivés à de pareilles conceptions, indéfendables pour quiconque réfléchit. Cette image n'a aucune raison d'être, hormis la proximité du monde palestinien et du monde nomade, dans lequel l'autorité du chef est celle du vieillard, puisque le vieillard est le chef de la tribu. Pourquoi ne pas faire de Dieu un vieillard à l'image du chef tribal ? C'est probablement ainsi que cette idée est apparue. Mais pour quelle raison devrions-nous croire que Dieu est un personnage de cette sorte ?
      Devant des difficultés si nombreuses et si amples, le silence est peut-être la seule réponse possible. Étonnant effort de l'homme pour tenter de nommer l'innommable et de décrire l'indescriptible ! Pathétique destinée, puisqu'aucun effort de l'homme ne lui permettra de définir la divinité ! Lorsque nous sommes dans l'ignorance, ne serait-il pas plus honnête, plus courageux, d'avouer que nous ne savons pas ? L'au-delà, par exemple, la vie éternelle après la mort, qu'en savons-nous de précis ?
      Je distingue pour ma part savoir et espérer. Nos destins individuels nous diront quelque chose de l'au-delà. Mais il est possible d'espérer même lorsqu'on ne sait rien.
      Thoreau, l'auteur de Walden, avait construit une petite cabane au fond d'une forêt. Il vécut longtemps au milieu de la nature et décrivit ce qu'il voyait autour de lui. Comme il était en train de mourir, les bonnes gens de la petite ville de Concord le harcelèrent de questions sur l'au-delà. Il leur répondit simplement, avec infiniment d'esprit : "Un monde à la fois." On ne saurait mieux dire.

    3. Pour une théologie de la nature

      Quelle doctrine théologique devons-nous construire ? Beaucoup d'efforts ont été consacrés à cette tâche descriptive. Certains furent singuliers. Le Pasteur Babel de Genève a publié une Théologie de l'énergie. C'est un aspect de la question. Mais je voudrais qu'on travaille à une théologie de la nature. Ce sujet fut fortement négligé par la pensée chrétienne. Les apologistes ont abusé d'une description idyllique de la nature. Ils nous ont beaucoup parlé des petits oiseaux, des papillons, des fleurs ; voilà qui était charmant ! Cependant, ceux qui connaissent la nature savent qu'elle n'a rien d'idyllique. Il s'agit d'un monde particulièrement cruel, empli de sang et de brutalité.
      Les animaux herbivores sont constamment menacés par des prédateurs, lesquels n'hésitent pas à les dépecer vivants quand ils le peuvent. Nous disposons par exemple de terribles documents sur la chasse des lions. La nature est emplie d'horreur, de souffrance et de sang. Jeune encore, lorsque je commençais à m'intéresser à l'histoire naturelle, j'ai rencontré en Normandie un malheureux crapaud, dont le visage, la face était partiellement détruite par la croissance d'une larve de diptère. Certaines pondent dans les fosses nasale des crapauds ; la larve, en se développant, détruit une partie de la tête de ce malheureux animal. Songeons aussi aux parasites ! Les apologistes n'y pensaient pas. Ils ne savaient peut-être pas qu'il en existait. Or, les parasites composent un monde incroyable. Il s'en trouve partout. Il n'est pas une espèce animale qui ne connaisse ses parasites externes ou internes. Ces derniers peuvent causer des ravages physiques considérables, provoquant des souffrances qui ne le sont pas moins.
      Imaginer que tout provient de la volonté d'un Dieu miséricordieux, compatissant à l'égard de ses créatures, voilà qui paraît difficile à admettre, quand on contemple la vérité physique de l'affreux spectacle de la nature. Pour aborder de tels problèmes, peut-être faudrait-il posséder des connaissances, dont ne disposent pas la plupart d'entre nous.

    Conclusion. "Liberté" et "conscience", deux mots pour résumer la foi

      Je voudrais pour conclure insister sur deux mots qui représentent pour moi le coeur de la vie chrétienne : il s'agit des mots liberté et conscience.
      Alexandre Vinet disait : "Quand tous les périls seraient dans la liberté, toute la tranquillité dans la servitude, je préférerais encore la liberté, car la liberté c'est la vie et la servitude c'est la mort. Mais la liberté ne tire toute sa dignité que de son union avec l'obéissance." Comme Saint Paul, Vinet "veut l'homme libre, et pouvoir se donner librement à une juste cause au service d'un haut idéal. Une liberté qui n'obéit pas est un pur non-sens car c'est pour obéir que nous sommes libres." Liberté pour obéir aux injonctions de la conscience : voilà les mots-clefs pour le chrétien.
      Un épisode du voyage du Prince de Beauvau, visitant la prison de la Tour de Constance à Aigues-Mortes, illustre ce sujet. Le Chevalier de Bouflers fit à l'Académie française l'éloge du Prince. Voici le récit qu'il donna de ce voyage :
      "Nous voyons une grande salle privée d'air et de jour. Quatorze femmes y languissaient dans la misère, l'infection et les larmes. Le commandant eut peine à contenir son émotion et, pour la première fois, ces infortunées aperçurent la compassion sur un visage. je les vois encore, à cette apparition subite, tomber toutes à ses pieds, les inonder de pleurs, essayer des paroles, ne trouver que des sanglots ; puis enhardies par nos consolations, raconter toutes ensemble leur commune douleur. Hélas ! tout leur crime était d'avoir été élevées dans la même religion qu'Henry iv. La plus jeune de ces martyres avait cinquante ans. Elle en avait huit lorsqu'on l'avait arrêtée allant au prêche avec sa mère... Et la punition durait encore ! "Vous êtes libres !" leur dit d'une voix forte mais altérée celui à qui, dans un pareil moment, j'étais fier d'appartenir. Mais comme la plupart d'entre elles étaient sans ressources, sans expériences, sans famille peut-être, et ces pauvres captives, étonnées de la liberté comme des yeux opérés de la cataracte pourraient l'être du jour, comme elles risquaient d'être exposées à un autre genre d'infortune, leur libérateur ému d'une nouvelle compassion fit sur le champ pourvoir à leur besoins.
      Dirais-je le reste ? Monsieur de Beauvau avait obtenu comme une grâce singulière la permission de délivrer trois ou quatre de ces victimes. Il en délivra quatorze. Crime énorme selon certaines jurisprudences... Et voici le compte qu'il rendit au ministre : "La justice et l'humanité parlant également en faveur de ces infortunées, je ne me suis pas permis de choisir entre elles. Et après leur sortie de la Tour, je l'ai fait fermer dans l'espérance qu'elle ne s'ouvrira plus pour une semblable cause." Le ministre blâma cette conduite qu'il traitait d'abus de confiance et enjoignit au commandant de réparer sur le champ le bien qu'il venait de faire, faute de quoi il ne lui répondait pas de la conservation de sa place. La réponse du commandant fut que "le roi était maître de lui ôter le commandement que sa Majesté avait bien voulu lui confier mais non de l'empêcher de remplir ses devoirs selon sa conscience et selon son honneur." Voilà un bel exemple du respect de la conscience par un haut fonctionnaire. Il aurait pu accorder ses gestes à la raison d'État. C'eût été plus simple et probablement plus profitable. Mais il eut le courage de résister à la puissance royale, en l'occurrence celle de Louis xvi, en 1763-64. Il était libre ; il a obéi à sa conscience. C'est un exemple peu commun qui, par la juxtaposition des notions de liberté et de conscience, résume l'ensemble des thèmes concernant le protestant d'aujourd'hui.
      Ces deux piliers peuvent résumer notre adhésion aux vérités évangéliques et à la foi chrétienne la plus authentique, celle du Sermon sur la Montagne.
      Article publié in Théolib 98/2.

    09:27 Écrit par Pasteur J.-M. Demarque dans Théologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |